‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 28 sur 109 · H. S. Beham: Le Fol et les femmes amoureuses · texte numérisé non relu

H. S. Beham: Le Fol et les femmes amoureuses

serait considérable. Mais qu’on observe qu’il est question, dans ce recueil d’autre chose que de badinages et de traits d’esprit érotiques: on nous y dépeint, sous des couleurs ultra-naturalistes, la vie et la moralité du temps. Citons, comme exemple caractéristique, la pièce intitulée: ,,De adolescentula quae virum de parvo priapo accusavit“ c’est-à-dire, en termes honnêtes: ,, D’une jeune femme qui accusa son mari d’être petitement monté. “

Un noble adolescent, d’une beauté remarquable, prit pour femme la fille de Néro de Pazzi, chevalier Florentin, homme éminent et distingué parmi ses contemporains. Quelques jours après, la jeune femme vint, comme il est d’usage, recevoir son père. Loin d’être gaie et rieuse comme les jeunes mariées, elle était triste et baissait la tête, toute pâle. Sa mère la prend à part dans sa chambre et lui demande si tout s’est bien passé. ,,Oh non“ répond la jeune fille, les larmes aux yeux ,,vous ne m’avez pas mariée à un homme; ce qui distingue l’homme lui manque, il n’a rien ou presque rien de ce pourquoi l’on se marie". La mère déplorant le malheur de sa fille communiqua la chose à son mari; petit à petit le bruit s’en répandit parmi les parents et les femmes qui avaient été invités au festin; toute la maison retentit de plaintes et de gémissements; cette belle jeune fille, dit-on partout, n’a pas été mariée mais sacrifiée. Enfin arrive le nouvel époux, en l’honneur de qui le repas était donné; il voit tous ces visages tristes et allongés, s’étonne de l’étrangeté du fait, et demande ce qu’il y a de nouveau. Personne n’osait dire tout haut la cause de l’affliction générale; enfin un parent s’y décide: ,, Votre femme" dit-il ,, prétend que vous êtes mal pourvu de ce qui caractérise le sexe masculin". Alors le jeune homme tout joyeux: Fuchs Ed.: L'élément érotique dans la caricature.

„Ce ne sera pas celà“ s’écria-t’il „qui vous chagrinera longtemps et qui troublera la gaieté de ce festin. J’aurai bientôt raison de cette accusation". Tout le monde, hommes et femmes, se mit à table; vers la fin du repas, le jeune marié se leva et dit: „Mes chers parents, je veux vous faire juges de l’accusation portée contre moi". Aussitôt il relève le court vêtement qui était de mode alors, et, educto Jormae egogiae Priapo, ac supra mensa posito, il demande à la compagnie, émerveillée d’un si grand et si nouveau spectacle, si vraiment il y avait de quoi se plaindre ou faire fi d’un tel sujet? La plupart des femmes auraient désiré que leurs maris fussent aussi bien pourvus, les hommes sentaient qu’ils avaient trouvé leur maître: tous se tournèrent vers la nouvelle épousée et lui reprochèrent vivement sa sottise.

„ Qu’avez-vous donc" dit-elle, „à me blâmer et à vous moquer de moi? Notre ânon, que j’ai vu l’autre jour à la campagne n’est qu’une bête, et il en a long, comme ça" (elle étendait le bras); „mon mari qui est un homme n’en a pas moitié autant". La naïve enfant croyait que les hommes étaient obligés d’en avoir plus que les bêtes.

La liberté des mœurs sexuelles de l’époque était mise à profit par tous. L’adultère était plus que jamais au fond des habitudes. Les poètes et les écrivains le magnifiaient. On n’admirait rien autant que l’exploit de telle épouse, ardente à l’amour, qui réussissait à déjouer toutes les précautions de son mari, et, bravant tous les périls, se roulait dans les délices de l’amour extra-conjugal, aux bras d’un galant, qui souvent n’était autre qu’un jeune et entreprenant confesseur. Les écrivains de l’époque racontent cela avec tant de naïveté, qu’ils nous persuadent que l’adultère est vraiment la chose la plus naturelle et la plus ordinaire du monde.

Au contraire, la femme qui se contente de l’étreinte d’un seul homme est tenue pour sotte et peu digne d’intérêt. Il faut observer, que suivant les mœurs de l’Italie, dont il est ici surtout question, il ne s’agit la plupart du temps que de femmes en puissance d’époux, car les jeunes filles, jusqu’à leurs épousailles, étaient tenues à l’écart de la galanterie et de l’amour. Mais dès le mariage célébré, toute femme était considérée comme une proie offerte aux entreprises masculines. Comme la cause prépondérante des unions se trouvait être purement quelqu’affinité sensuelle, il s’en suivait que la femme ne se contentait pas d’un rôle passif, et, au même titre que l’homme, se croyait en droit de discuter son plaisir, et, le cas échéant,

Page 1