‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 30 sur 109 · Moine et religieuse · texte numérisé non relu

Moine et religieuse

D’après un tableau.

,,Un de mes amis me conta un jour en compagnie, cette histoire: un florentin de sa connaissance avait une très belle femme que poursuivaient nombre de galants. Quelques-uns lui donnaient souvent la nuit des sérénades (comme on dit) torches allumées, suivant l’usage, dans la rue devant la maison; le

mari, personnage très facétieux, éveillé une nuit par le son des trompettes, vint avec sa femme à la

fenêtre, et, apercevant cette foule de gens turbulents et folâtres, d’une voix tonnante il leur cria de regarder de son côté; tous les yeux se tournèrent aussitôt vers lui; alors il tira certain objet qu’il avait de taille fort respectable, et le montrant dressé en dehors de la fenêtre: ,,Ceux qui recherchent ma

femme," dit-il „prennent une peine bien inutilê, puisqu’ils me voient mieux fourni, pour lui faire plaisir qu’ils ne peuvent se vanter de l’être. J’espère donc qu’ils m’épargneront désormais l’ennui qu’ils me

donnent aujourd’hui". Cette plaisante sortie décida les galants à renoncer à leur vaine poursuite."

Quelle monstrueuse conception des bienséances, révèle cette petite scène d’intérieur, qui, au surplus, confirme pleinement ce que nous avancions au début du présent chapitre, touchant l’élément dominant de l’époque, la puissance sensuelle, lorsque nous comparions les hommes à des volcans d’ardeur érotique qui ne connaissaient d’autre loi que la satisfaction de leur désir.

Une autre coutume, bien caractéristique des mœurs, c’est l’usage, très répandu, des ceintures de chasteté, dans les familles bourgeoises et nobles du

XVIe siècle. Ce gardien sévère de l’honneur des femmes a été, il est vrai, légué par le moyen-âge à la Renaissance, mais c’est surtout au XVIe siècle qu’il a été employé.

Inventée par la morale de la chevalerie dont l’érotisme était plein de rudesse et de simplicité, elle servit au XVIe siècle de remède domestique contre le cocuage.

Question décisive en ce qui concerne la valeur morale de cet institution! dans quelles circonstances avait-on lieu d’assurer l’inviolabilité sexuelle d’une femme?

La logique la plus élémentaire dicte une réponse immédiate, encore en qu’à notre connaissance, celle qu’on a proposée jusqu’à présent soit absolument érronnée. L’hypothèse la plus accoutumée consiste en ceci, que les chevaliers, croyaiton, usaient de cette grille d’acier ou d’argent, pour sauvegarder leurs épouses des tentatives galantes auxquelles elles auraient pu se trouver en butte, pendant leur absence surtout, lorsqu’ils partaient pour les longues aventures des Croisades, ou bien encore lorsque ces dernieres voyageaient. Mais si cette explication se trouvait inexacte, leurs conceptions morales elles-mêmes ne se trouveraient nullement choquées de l’usage de cette ceinture vénérienne un peu particularisée. Or elle est certainement fausse. Cet instrument n’aurait jamais suffi à protéger efficacement les femmes contre une tentative éventuelle de viol. Il n’aurait été qu’un bien fragile obstacle à ces hardis et vigoureux compagnons, bandits de grande route, preneurs de villes et de bastilles. Entre les rudes doigts d’un de ces chevaliers habitués à manier sous la lourde cuirasse l’énorme lance des tournois, la frêle serrure d’argent n’aurait pas pesé plus lourd qu’une coquille d’œuf. Et il est absolument certain que la société de l’époque ne pouvait se faire là dessus, la moindre illusion. Ainsi les chevaliers qui imposaient à leur femme le port de la ceinture de chasteté, le faisaient en prévision d’un tout autre danger. Et ce danger était une trahison éventuelle, possible chaque jour, de la part de l’épouse ou de l’amante. Le chevalier se connaissant lui-même, et n’ignorant pas non plus l’âme brutale de ses compagnons, savait que peu de femmes pouvaient résister à leur désir, et il n’ignorait pas non plus que la résistance de ces dernières aux entreprises de quelqu’hôte sympatique, de quelque galant damoiseau ou de quelque chevalier de belle mine, ne serait rien moins que rigoureuse, pour peu que l’amant sut s’y prendre avec quelqu’ ingéniosité, et-surtout, saisir l’occasion propice qui s’offre toujours. C’était en

Page 1