A la cour du Roi Sardanapale
D’après une gravure (le Saenredam. Caricature sur a dépravation de la vie de cour au XV I le siècle.
La caricature purement érotique, à l’époque de la Renaissance, peut être considérée dans la plupart des cas comme un adjuvant des plaisirs des sens; la compagne obligée des réjouissances en Vénus, et qui se charge d’amener les joies voluptueuses à leur paroxysme. Mais cet art s’était encore assigné une autre tâche; l’artiste s’érigeait en quelque sorte en juge, en arbitre critique et railleur, qui choisissait à dessin la forme la plus hardie, car elle était aussi la plus claire. La glorification de la débauche, l’éloge du vice, ont gardé, comme nous l’avons indiqué dans l’introduction, les plis nobles, le calme majestueux, même dans les pires turbulences, tandis que les modernes laissent dans leurs veines bouillonner l’ardente passion. Les anciens représentent l’acte d’amour avec une grâce délicieuse, la Renaissance fait de cette image une sorte de manifeste ardent contre la pruderie, chaque geste, dans la gravure de Salviati célèbre le triomphe de la sensualité et chaque trait semble un accord de volupté enflammée et épanouie. ,,' Taisez-vous menteurs et hypocrites! La sensualité saine et puissante est ce qu’il y a de plus grand et de plus beau au monde, et ce n’est que lorsque vous laissez déborder la vôtre, o ascètes qu’elle devient quelque chose de laid et de bas! Vous faites du divin quelque chose d’animal! Nous admirons les camés antiques; nous rions à pleine gorge devant la gravure de Salviati. “ Qu’on remarque seulement un trait, dont Salviati a orné son Triomphe de Priape ; les deux amours, qui s’occupent à ouvrir tout grand le portail clos, au triomphateur, se bouchent le nez. C’est là de l’esprit du temps. Beccafumi s’inspira de cet état de chose, pour composer sa ,, Profanation du Parnasse1' (fig. 60). Les lauriers qui croissent au sommet du Parnasse se transforment en hommes qui s’étreignent avec une ardeur toute animale; les Muses indignées s’envolent, et s’éloignent les Dieux et les Symboles de la vraie Beauté et de la grandeur véritable. Le tableau intitulé ,, Moine et nonne dans une cellule" reproduction d’une peinture à l’huile, semble également imprégné des tendances satiriques. Une belle religieuse a suivi un jeune moine dans sa cellule (fig. 55) afin de s’y livrer à un copieux repas d’amour. Après qu’il l’a prise tendrement sur ses genoux, elle ne voit aucun inconvénient à ce qu’il libère d’une main hardie, les globes de ses seins, et qu’il se rende compte, de visu, si c’est ,,la pomme ou la poire". Sûre d’elle-même elle sait que la réponse à cette question sera, dans tous les cas à son honneur; elle écarte elle même les plis rigides de l’habit monastique afin que son ami puisse mieux à son aise poursuivre son inspection. On prendrait cette peinture pour une illustration de quelque conte de Boccace ou de PArétin. La monnaie caricaturale reproduite à la fig. 50, présente un spécimen de portrait satirique visant une personnalité du temps, en l’espèce l’évêque romain Giovio (1483 — 1552). Avant d’être promu évêque de Nocera, de