Rembrandt
Le moine dans le champ de blé.
73 ■ Caricature hollandaise du XV Ile siècle sur la vie débauchée des moines et des nonnes.
devenir célèbre en tant que chroniqueur anecdotique de son époque, Giovio ne laissait pas que d’être fameux par la nombreuse excentricité de ses débauches. La légende raconte qu’il n’y avait pas une seule romaine, bien de sa personne, qui eut franchi le seuil du confessional, sans que le galant Giovio ne l’ait entretenu des félicités de l’amour terrestre et invité à lui rendre visite en son palais épiscopal. Cette monnaie laisse deviner les mœurs de celui qu’elle commémore: son éffigie se compose d’attributs phalliques; le dieu Priape, pour ainsi-dire, l’anime tout entière. Cette forme particulière de symbolisme grotesque fut, comme nous le verrons encore à diverses reprises, très fréquemment employée plus tard. Nous ne savons naturellement pas si celle-ci fut la première du genre. Sur l’avers, cette monnaie représente Giovio, sous l’aspect d’un faune cornu. De semblables médailles furent consacrées à la plupart des papes notamment à Alexandre II, Léon X, Jules IL Toutes présentent un caractère nettement érotique; ainsi le pape Alexandre VI est figuré, comme un taureau colossal en plein rut.
C’est en Allemagne que se manifestait le plus volontiers l’esprit moralisateur et critique, au temps de la Renaissance. Prenons par exemple la petite gravure sur bois de Pierre Flôtner (fig. 69) et le très beau dessin, intitulé ,,le fol et la femme11 (voir la planche hors texte) qui est sans doute de la main de ce même auteur. Seule la Folie chante les louanges de la sensualité. Toutes les caricatures relatives à l’emploi de la ceinture de chasteté raillent l’indécence des femmes, la légèreté des hommes. ,,Sots, qui vous imaginez, parce que vous avez clos, au corps de vos femmes, avec une grille d’argent, l’entrée du Paradis terrestre, que vous pouvez être sûrs de leur chasteté. Vous n’en serez que plus cocus !“ Ainsi parle le caricaturiste et il a raison. Quelle morale absurde et enfantine que celle qui consistait à croire que la chasteté consistait uniquement dans l’empêchement matériel de la jouissance physique. L’emploi de la ceinture de chasteté servit au contraire à la sensualité, car, du moment où le mari ou l’amant se croyaient assurés de l’intangibi lité de leur femme ou de leur maîtresse, celle-ci trouvait bien plus facilement l’occasion de tromper leur vigilance endormie. Munie de cette ceinture, elle pouvait, sans que son seigneur et maître y trouvât à redire, flirter tant qu’elle voulait avec les amis de la maison, les étrangers sympathiques; elle pouvait se permettre, en leur présence, maint badinage amoureux, et se faire un jeu d’enflammer leurs sens: car le maître était tranquille, sachant que son droit de chasse se trouvait gardé, et la morale du temps n’exigeait pas autre chose que cette assurance. Mais la bonne épouse avait eu soin de se procurer une seconde clef qu’elle gardait soigneusement dans un tiroir secret, et elle ne demandait pas autre chose, en somme, que d’être cuirassée de la sorte par l’époux méfiant. Cuirasse muette et qui ne pouvait révéler à personne comment on éludait sa rigidité. Jusqu’à satiété, il lui est loisible de ,, prendre de cette bonne eau qui est si douce sans sucre“ comme dit Brantôme; et le défiant époux trouvera cependant la serrure intacte. La planche hors texte ci-jointe, et qui raille l’usage de cette ceinture de Vénus montre que son usage était également des plus répandus en Allemagne. Du reste aucun musée 11e présente une collection aussi variée et aussi complète de ces ceintures de chasteté, que ceux d’Allemagne où il n’est pas une collection (telle celle de Nuremberg) qui n’en contienne une demi-douzaine. Qui en furent
74 • Caricature hollandaise sur la vie débauchée des moines et nonnes au XVI le siècle.
les possesseurs? C’est ce qu’il serait intéressant d’établir. Datentelles ces ceintures du temps de la naïve chevalerie ou peut-être, plus prosaïquement les épais commerçants de Nuremberg, en fortifièrent leurs dignes moitiés, tandis qu’eux mêmes s’en allaient au loin, faire leur fructueux commerce: ainsi leurs épouses — ils le croyaient du moins — étaient obligées de rester à leur chaste foyer, et fermaient, bien malgré eux leur porte à tels hardis compagnons qui, traversant de fortune la ville, n’auraient pas boudé devant une couche hospitalière et bien garnie.
L’obscène a joué de son côté, un rôle prépondérant dans la caricature allemande. Toutefois si l’on recherchait les sujets truculents, ce n’était pas en se fondant sur l’axiome: naturalia non sunt turpia ; mais bien parce que l’on ne trouvait rien de plus bas et de plus insultant que ces naturalia, propices à exprimer le mépris envers une personne ou d’une institution. C’est pourquoi on faisait constamment usage de l’obscénité comme d’un puissant véhicule de polémique. La Renaissance trouve mille occasions de l’utiliser sous ces espèces, notamment dans les ardentes et cruelles controverses de la Reforme. ,,Qui donc a apporté
sur terre la honte néfaste des moines ?“ ,, C’est le diable qui les a ch du haut
de la potence. . .“. La réponse est concise et claire (voir fig. 66). Quel respect le bourgeois ou même le paysan peuvent-ils encore nourrir pour la papauté? On les représente (fig. 67 et 68) qui tournant vers le pontife leurs postérieurs fumants, et se servent de sa couronne pour y déposer leur déjections. Lucas Cranach fit ce dessin, et Luther le commenta; peu de caricatures ont, du temps de la Réforme, atteint la popularité énorme de cette image et de ce commentaire.
Ln Hollande, où le réalisme de la Renaissance triomphait dans la plastique esthétique, la plaisanterie érotique conformément au tempérament du Hollandais, amateur de badinages au gros sel, prend une place prépondérante dans l’art et elle joue plutôt rôle d’amuseuse que celui de moralisatrice satirique. Les Hollandais ont mis, avec uns saine et large volupté, dans leurs tableaux un puissant érotisme et une robuste et saine obscénité; et ils prenaient plaisir à orner de ces images, d’autant plus recherchées qu’elles étaient plus cyniques et obscènes, les murs de leurs demeures ,,où les faïences appendues regardent de leurs mille yeux innocents". Du reste les Hollandais avaient des raisons toutes spéciales de laisser ainsi partout éclater leur joie de vivre; ils étaient les créanciers du monde. Leur richesse était pour eux un motif puissant de se réjouir et plus les sommes étaient
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Illustration aux Contes de Lafontaine. L'original
Supplément à > L’élément érotique dans la caricature « par Edouard Fuchs.
I RACOMMODEUR DE MOULES
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trouve au Musée Carnevalel, Parts.
Edition C. W. Stem, Vienne. Impression privée.