Satyre et chèvre
Groupe en marbre trouvé à Herculanum à la fin du i8ème siècle. L’original se trouve au cabinet secret du
Musée National de Naples.
pourquoi, à cette question ,,Que reconnait-on comme moral ?“ chaque époque a répondu différemment, selon l’état de sa culture générale, et en conformité avec sa situation matérielle, sa tradition historique.
Le meilleur moyen de se renseigner sur la dose de licence que les mœurs à une époque donnée, comportaient ou tout au moins toléraient, sera toujours de s’en référer à son acceptation du Nu. Notre morale moderne confond assez volontiers nudité et immoralité et les met au même plan.
Mais il faut remarquer que cette conception va à l’encontre du sentiment des peuples méridionaux, et des idées aussi de nos ancêtres. D’ailleurs la manière de voir à ce sujet a varié à toutes les époques et c’est elle qui a réglé les manifestations plus ou moins fraîches de l’Erotisme. Ainsi, le charme érotique que nous trouvons à la merveilleuse complication des dessous féminins, eut été lettre morte au moyen âge, lequel ignorait même l’usage de la chemise, et qui tel le Japon d’aujourd’hui ne taxait point de lubricité, la nudité. Et du moment ou le nu ne réveille en rien la sensualité, il cesse du coup d’être „immoral“.
Il s’ensuit que si l’édifice de l’Erotisme moderne comporte pour ainsi dire une infinité d’appartements, celui du Moyen âge ne comporte qu’un seul corps de logis.
De même un modique retroussis, un décolletage très discret, qui constituent dans le Nord d’éfficaces modes érotiques, n’obtiendront même pas un regard concupiscent, dans les contrées du Midi, où la nudité ne fut jamais obscène.
Au sud de l’Italie, par exemple ou dans les Balkans, la poitrine des femmes pour mille occasions journalières, apparait entièrement découverte, avec une tranquille impudeur, avec une entière sécurité sexuelle. '
Mais, aux Alhambras de Londres, que d’yeux s’allument derrière des lorgnettes avides, lorsqu’une seconde, par un geste savamment calculé, une danseuse laisse pointer la fraise de ses seins au maillot impénétrable et souple; de même: la toison des aisselles attire, sous les bras levés des nymphes de très luxurieux regards. Et, si même aux temps primitifs, l’homme a pu être sensible à des raffinements érotiques, c’était tout inconsciemment et non pas perversement comme l’homme moderne avec son analyse volontaire et avertie.
Ainsi, la soi-disant grossièreté des anciens, et leurs facéties érotiques s’expliquent abondamment; les plaisanteries ,,salées“ de nos pères qui roulent toujours sur la chose et l’acte sexuel, sont en somme les plus naturelles du monde et les seules qui montaient à leurs esprits sains.
Avec le développement intellectuel, se produisent en tout, le raffinement et la recherche, et, spécialement dans le ,, domaine" érotique, s’affirme une vélléité à varier et à prolonger la joie des sens. Ce qui n’est qu’un spasme animal, on tenta de la faire aboutir à l’œuvre d’art, et l’histoire nous montre, en effet, qu’à mesure que les modes voluptueuses se multiplient la badinage érotique augmente en ressources et devient, en même temps, plus indirect.
De tout ceci il résulte que dans des considérations historiques de cette sorte, on ne doit se servir qu’avec la plus grande circonspection du terme „ immoral". Chaque époque doit se mesurer à un autre. Et c’est la tâche d’une histoire des mœurs que de nous fournir, à cet effet, l’étalon de mesure. Les documents que