‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 46 sur 109 · Caricature sur les moines fouetteurs de femmes · texte numérisé non relu

Caricature sur les moines fouetteurs de femmes

s’y montrent sexuellement aussi corrompues que les hommes. Il y avait des femmes de la plus haute société qui étaient aussi célèbres par leurs galanterie que les plus roués et qui s’étaient fait bâtir, comme eux, des ,, petites maisons". La duchesse de Polignac et la Comtesse d’Egmont se distinguaient particulièrement par la variété de leur luxure. Beaucoup de nobles dames avaient de véritables harems d’hommes, d’autres sacrifiait à des vices contre nature. Dans la collection des lettres adressées à la Gourdan, on en trouve une de Madame la Comtesse de N, datée du 3 Juin 1783, et conçue en ces termes brefs:

„Ce soir, comtesse (on appelait la Oourdan „la petite comtesse" à cause de la rue où elle habitait) envoyez-moi à ma petite maison deux jolies petites filles, mais que cela soit du bon et qu’elles aient la langue et les doigts bien déliés."

Les femmes de la haute aristocratie qui sans avoir de ,, petite maison" à elles, n’en éprouvaient pas moins un désir impérieux de perversions sexuelle, prenaient part à des orgies priapiques qui avaient souvent heu chez les entremetteuses de marque. Parmi celles qui n’étaient jamais rassasiées d’excentricités érotiques et qu’on était aussi sûr de rencontrer chez l’entremetteuse qu’aujourd’hui telle mondaine au bois, les rapports secrets de la police* citent la baronne de Burmann, la baronne de Basheim, la marquise de Pierrecourt etc. Il y avait encore

*) Ces rapports secrets de la police qui consistent, notamment en rapports journaliers des tenanciers de bordels sur le nom et l’état des visiteurs de leur établissement, se sont conservés en grand nombre, et divers auteurs modernes, en particulier B. Capon, y ont trouvé des précieux matériaux pour l’histoire documentaire de XVIII « siècle. Ce n’est pas à tort qu’on a dit qu’une histoire des mœurs du XVIII e siècle se trouve tout entière écrite dans les rapports de police conservés aux archives parisiennes.

une autre forme, plus discrète, du culte de Priape. L’entremetteuse Gourdan ne tenait pas seulement des bordels et des ,, petites maisons11, mais elle avait formé ce qu’on appelait la ,, légion11 constituée de femmes qui se tenaient toujours à sa disposition. Elle avait sur chacune de celle qui composaient cette ,, légion11 une notice intime et détaillée, énumérant leurs beautés particulières et leurs ,, caprices11 spéciaux. Des catalogues de ce genre se trouvaient couramment; il y en avait d’imprimés qu’elle adressait aux clients pour qu’ils y fissent leur choix. Citons par exemple le passage suivant, un vrai prospectus de réclame:

„Elle est une très jolie femme; son embonpoint fait plaisir, elle a deux globes charmants; l’amour a embelli chacun d’eux d’un bouton de rose qu’on serait tenté de croire sans épine; sa peau est fort douce, elle a des cuisses d’une blancheur éblouissante. “

On indiquait en outre la couleur des cheveux, la taille, d’autres détails spéciaux et naturellement le prix. La ,, légion11 de la Gourdan se composait surtout de danseuses et de coryphées de l’Opéra et de la Comédie Française, de blanchisseuses et de filles diverses, on y comptait aussi (mais c’étaient les morceaux de choix) de jolies bourgeoises et même des femmes de la noblesse; les prix se proportionnaient à la situation sociale. Les rapports de police nomment, parmi les nobles courtisanes, Madame de Saint Julien, de Saint Fornin, de Fresnay, de Beaupré, de Beauvoisin, etc. etc. 11 est à présumer qu’elles trouvaient à ce métier un plaisir de libertinage en même temps qu’un avantage pécuniaire; d’ailleurs il est inutile d’insister sur ce fait que la rénumération de ses complaisances dans la maison d’une entremetteuse, constituait souvent, un appoint sérieux et escompté, au budget de telle dame de la haute société. Nous voyons, dans les registres de la police, qu’une Madame de Senneville avait gagné, en une séance, au bordel vingt louis d’or, dont la moitié pour des complaisances envers une sieur Delalive, et l’autre, pour prix des faveurs accordées à un certain Marquis de Monroy.

En dehors de cette prostitution un peu brutale, il y avait encore, au XVI I Ie siècle, une forme de libertinage féminin qui passait pour le dernier mot du bon ton. Des centaines de femmes de l’ancien régime éprouvaient, disons au moins une fois l’an, le besoin urgent de se reposer des fades félicités conjugales, et de corser l’éternel menu de l’amour légitime, par une fantaisie un peu moins ordinaire. On satisfaisait aisément a un pareil désir, en participant à quelque souper galant arrangé par une discrète entremetteuse, en compagnie d’un fin abbé ou d’un étranger de marque. La sagacité masculine a proclamé il y a longtemps ,, Souvent femme varie11 et c’est même sur cet axiome qu’est fondé tout le libertinage. A ce temps la curiosité érotique des femmes disait , .chaque homme varie11. De telles menues aventures se nommaient communément des ,, passades11 et toute femme de goût ne manquait pas de s’en octroyer.

Les vices et les perversions auxquels se complaisait la société du XV IIIe siècle sont innombrables et indescriptibles; il n’y avait pas une dépravation qui n’eut ses fidèles des deux sexes, et ce siècle fournirait la plus riche matière à une Psychopat hia sexualis d’un Krafft Ebbing historien. Il y avait des bordels pour tous les genres passioncls; il y en avait même pour impuissants, pour ecclésiastiques, qui trouvaient dans ces maisons, toute la discrétion souhaitable. On découvrait chaque jour de nouveaux procédés, de nouvelles méthodes pour perfectionner et prolonger

Les I

Gravure galante très populaire de H

Supplément à » L'élément érotique dans la caricature « par Ed. Fuctis

nmes.

imberg peintre de la cour de Hanovre.

Edition C. IV. Stem, Vienne. Impression privée.

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