‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 47 sur 109 · Lawreince: Les deux cages · texte numérisé non relu

Lawreince: Les deux cages

Fuchs Ed.: L'élément érotique dans la caricature.

l’extase voluptueuse, et en varier les spasmes.

L’on mettait spécialement à contribution les sciences naturelles pour ce but spécial. Tout le Mesmérisme ne fut, en réalité, qu’une spéculation érotique. Quel délice pour les roués des deux sexes, d’être mis à même de se trouver en contact avec les célébrités amoureuses du monde et de ,, passer une nuit avec Cléopâtre 90. Picart: L’amour du paysan. ou Didon, ou de subir

l’assaut d’un Alexandre, ou d’un César". Les charlatans avisés trouvaient, naturellement leur Cléopâtre au Palais Royal et faisaient jouer le rôle d’Alexandre à quelque vigoureux boucher du faubourg St.-Antoine. Et quelqu’insensé que paraisse cet engouement, il est certain que toute la haute société sacrifiait avec enthousiasme à ces pratiques.

Toilette, parler, mouvements, tout n’était considéré que comme un adjuvant de la volupté. Un contemporain écrit: On ne peut voir une femme et parler avec elle sans être induit à des pensées érotiques. Tous les gestes des femmes du XVI IIe siècle contenaient quelqu’allusion sensuelle. La femme ne souhaitait que d’être considérée comme un instrument de jouissance. Par exemple, au cours des ballets, les danseuses montraient au public, par l’artifice ou plutôt le peu d’artifice de leur toilette, leurs appâts les plus secrets. A une époque où Louis XV était sur le retour d’âge et même encore sous Louis XVI, on eut beau ordonner que les danseuses portassent des pantalons, ces édits demeuraient lettre morte; et les libertins, munis de leurs lorgnons, continuèrent à repaître leurs regards de nudités obscènes. Le sujet de la plupart des comédies était, naturellement, de caractère érotique; des œuvres pornographiques furent souvent représentées sur des scènes privées, où l’on s’efforçait de reproduire dans leurs moindres détails des scènes d’orgie et de débauche. Le langage du XVIIIe siècle est tout saturé d’érotisme, il fourmille de pointes et d’allusions obscènes. Dans les milieux de roués on adorait se servir de termes crus, éhontés. La galante Madame de Saint Julien raconte qu’elle adorait, dans ses conversations avec de non moins galants abbés, ses voisins de table, à quelque souper fin, se servir des mots les plus abjects et que sa jolie bouche avait l’art de dire les indécences avec tant de charme, que ,,tous les hommes en devenaient fous". Tous les plaisirs même spirituels étaient entremêlés d’allusions érotiques, qui se faufilaient même dans les conversations savantes, les discussions théologiques. Tous les auteurs célèbres Voltaire, Rousseau, Diderot, Orbi lion fils, Piron, ,, aimaient le c avec fureur" comme il est

dit dans le poème satiricopornographique intitulé Le Petit fils d'Hercule.

En ce qui concerne la poésie du temps, on peut prétendre qu’elle était presque exclusivement pornographique. La littérature antireligieuse présentait un caractère nettement érotique, de même tous les écrits dirigés contre le régime royal. Le thème général de tous les contes était ,,que la vertu des dames ressemble fort aux rideaux des théâtres; car leurs jupons se lèvent chaque soir plutôt trois fois qu’une“.

Le plaisir avant tout, telle fut la devise. On vécut réellement les révoltantes œuvres du Marquis de Sade, et encore avant que ces dernières furent écrites. Une mode du temps consistait à se donner les joies de l’amour en présence de ses amis. C’est dans ce but que s’organisèrent ce qu’on appela les ,, bandes joyeuses11. Le duc de Fronsac, MM de Coigny, de Laveaupallière, de Vaudreuil, de Piemat en avaient formé une. Dans les soupers, imitant ceux des anciens, et leurs lits de table, on prenait à côté de soi sa maîtresse, et on la possédait publiquement. Et à ces orgies, on se montrait un ,, homme véritablement supérieur11 lorsqu’on y présentait sa maîtresse nue, ou même plus que nue, c’est à dire enveloppée de mousselines transparentes.

Si l’homme supérieur était un esprit tout à fait éminent, il livrait volontiers sa maîtresse à toutes les fantaisies voluptueuses de ses invités ou de ses compagnons d’orgie. Beaucoup de dames appartenant aux meilleurs classes de la société, adoraient se prêter à ce genre de fêtes. Ces divertissements bientôt devinrent furieusement à la mode et l’on arriva à se persuader que plus nombreuse était l’assistance, et plus intense devait être la durée du plaisir. Cela conduisit à la fondation de nombreux clubs érotiques secrets. Citons, parmi ceux-là: l’Ordre de Félicité, les Ordres des Aphrodites, la Société des Culottins et des Culottines. Et les femmes ne se montraient pas moins ferventes que les hommes à l’organisation de ses sociétés. La duchesse de Gesvres était la présidente de l’Ordre de la Méduse; seules les femmes nobles étaient admises aux orgies de ce club. On a conservé la liste d’un autre club de femmes, ayant pour objet la culture de toutes les perversions génitales, et dont le titre était d’une criante obscénité.

Il n’y avait qu’une seule sanction à toute cette vie d’éffrénée débauche, sanction très dure, il est vrai: la Vengeance de la nature, qui faisait vieux avant l’âge des milliers d’individus épuisés par tant d’excès, et les personnes, en tous cas, se comptaient qui n’avaient pas, au cours de leurs exploits érotiques, contracté

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