‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 48 sur 109 · Picart: L’amour du phynancier · texte numérisé non relu

Picart: L’amour du phynancier

quelque déplorable maladie vénérienne. La syphilis faisait rage, elle était chose si courante qu’on finissait par considérer ce mal comme un petit incident, presque inévitable, au métier de l’amour, on en riait. Les maîtresses passaient d’un amant à un autre, et transportaient de sexe en sexe le dangereux présent. La charmante danseuse d’Opéra, Bèze, au nom prédestiné, gratifia de la syphilis ainsi qu’en font foi les rapports policiers, le prince de Lambesc et le prince de Gremenée. Les époux la communiquaient fréquemment à leur femmes, lesquelles la passaient à divers abbés galants, avec lesquels, dans leur boudoirs, elles tâchaient de pimenter la monotonie conjugale. Pendant que le prince de Lamballe, peu de mois après son mariage, se faisait secrètement soigner des suites de cette maladie contractée avec l’une de ses innombrables maîtresses, sa jeune et délicieuse épouse, la princesse de Lamballe, recevait le ,,mal philosophique11 en cadeau des mains du

duc de Chartres en personne, qu’elle avait choisi pour l’éclairer sur la question de savoir „ce qui vaut mieux, du mariage ou de l’adultère !“

,, C’est l’épine des roses“ raillait cette époque insoucieuse, non, non, ce n’était point cela, mais l’abominable stigmate d’une civilisation pourrie.

On ne peut faire un pas à travers les temps de l’Absolutisme sans trouver des documents et des traits qui eussent fourni à un Juvénal matière à la plus sanglante de ses satires. Cette époque, néanmoins, si elle à produit mille ironistes, n’a point compté de Juvénal. C’est en vain qu’on chercherait, parmi les écrits du temps le pamphlet vengeur, la satire vigoureuse flétrissant cet abominable état de choses, ces mœurs de déliquescence; ce ne fut qu’en l’année 1789 que l’indignation des honnêtes gens se précisa et se manifesta.

On compte mille railleurs, sous l’ancien régime. Mais l’ironie même n’était qu’une sorte de condiment destiné à rendre la jouissance plus âpre et plus piquante, à lui communiquer un peu de la saveur du fruit un peu défendu. On se moquait bien de la morale, ce à quoi l’on tendait, c’était à faire parade d’esprit; le rire et la plaisanterie se repercutaient en échos priapiques; les satiriques ne fustigeaient point le dieu, ils le caressaient doucement, et le lauraient avec force piquantes louanges. Piron, et ses émules sont des exemples de cet état d’esprit, et leurs œuvres l’affirment:

Approche, embrasse moi, ne fais plus la farouche, L’amour est un plaisir et si juste, et si doux!

Serre moi de tes bras, mets ta langue en ma bouche, Aussi bien que ton cœur ouvre-moi les genoux.

ainsi chante tout le chœur, et l’écho lui répond:

Colin poussé d’amour folâtre, Regardait à son aise, un jour,

Les jambes plus blanches qu’albâtre, De Rose, objet de son amour, Tantôt il s’adresse à la gauche,

Tantôt la droite le débauche.

Je 11e sais plus, dit-il, laquelle regarder.

Une égale beauté fait un combat entre elles.

Ah! lui dit Rose, aussi, sans plus tarder,

Mettez vous entre deux, pour finir les querelles.

Piron, l’auteur de ces strophes, ne pouvait manquer de croire fermement que toute femme sensée avait cette mentalité-là. Un jour il passe près de deux

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