Tableau galant üe boucher
Exécuté pour le boudoir de la Marquise de Pompadour.
raffinés éxigaient qu’on lui donnât du plus complet, il lui fallait toute la nudité, l’intimité la plus absolue; il voulait qu’on lui montrât le ,, bijou" et c’est ce qu’il pouvait voir, enjolivé délicatement, sur les gravures, avant la lettre. On tirait, pour un cercle restreint d’amateurs, vingt, trente, jusqu’à cent épreuves, dont le prix était du reste quintuplé du tarif ordinaire; après quoi on donnait satisfaction à la coutume, on couvrait le ,, bijou" et l’on tirait alors la gravure sous son second aspect ,, après la lettre". On comprend, à la suite de ces explications que nombre de tableaux, destinés à être reproduits pour la gravure étaient peints spécialement pour satisfaire à ce double but et à se prêter aisément à cette manipulation éditoriale. Le génie artistique du rococo s’est livré à de véritables orgies dans ce genre. Les gravures ,, avant la lettre" sont d’ailleurs aujourd’hui payées au poids de l’or par les riches amateurs.
L’image érotique était sans contredit le champ le plus cultivé par l’art voluptueux du 18e siècle. Mais ce n’était pas le seul. Le libertin de marque ne se contentait pas de couvrir ces murs et de remplir ses cartons de peintures lascives; il voulait avoir constamment sous les yeux des motifs voluptueux. Et l’on arriva très vite à concevoir et à exécuter, dans cet esprit exclusif d’érotisme à outrance, tous les objets usuels.
Le XVIIIe siècle a beaucoup sacrifié à la mode et au goût du tabac à priser. Cent fois le jour, on prenait à la main sa tabatière. Chacun se piquait d’en posséder une qui fut originale. Le libertin, qui se faisait gloire de son libertinage, se serait cru déshonoré s’il avait usé d’une tabatière qui ne fut ornée de motifs érotiques, qu’ils fussent peints, sculptés, gravés, incrustés (fig. 90 et 91). En outre le petit objet offrait souvent à qui en usait des figures articulées, qui prenaient des poses lascives. Nous avons vu de ces tabatières en or massif, et qui représentent une petite fortune, rien qu’à la valeur intrinsèque du métal, et des pierreries.
Un autre objet, d’usage journalier, et adapté aux caprices du libertinage, c’était la poignée de canne des viveurs. Là, on s’ingéniait surtout à obtenir des effets grotesques. De même, on ne se faisait pas faute d’employer la surface du mouchoir, à la représentation de quelque sujet érotique. De même des figures lascives ornaient les boutons des pourpoints; et l’on peignait de la même manière, les gilets des libertins. Un cadeau très apprécié des dames était un éventail illustré de sujets obscènes. Comme on pouvait agréablement causer avec une belle, derrière un éventail de ce genre!
Lorsqu’on se représente ces mœurs, il faut, afin d’être à même de porter un jugement valable, se dire que la licence n’était rien moins que secrète ni dissimulée; on ne se cachait pas d’être débauché. Au contraire: la lubricité s’étalait générale et publique. Du reste nous sommes loin d’avoir épuisé, par ces quelques exemples, la liste des objets indispensables au libertinage de l’Ancien Régime. Mais nous avons parlé surtout des hautes classes de la société, et il n’y aurait une énumération plus longue encore à faire de tout ce que formait la monnaie courante aux débauchés d’émergure moindre et de bourse plus plate. L’article le plus répandu dans le commerce parmi les objets d’usage érotique, consistaient en ,, surprises", en jouets plaisants, par exemple des images transparentes, des figures articulées, jeux de cartes érotiques hochets obscènes. Au premier abord tout cela se présentait sous