Les 4 âges de l’homme
Caricature phallique.
l’absolutisme se manifesta bientôt sous les formes les plus ordurières; la caricature érotique perdit totalement toute grâce, tout charme piquant, et le trait élégamment érotique qui la distinguait sous l’ancien Régime, fut remplacé par la brutalité et la cruauté grossière. Personne ne songeait plus à provoquer, par des ouvrages de cette sorte, l’excitation sexuelle; on n’en faisait plus matière à spéculation pornographique. C’est par ce fait que se manifestèrent surtout les tendances nouvelles.
Ce sont les caricatures concernant Marie Antoinette et Louis XVI qui apparaissent comme les plus intéressantes de cette époque là. Elle sont, toutefois, d’une extrême rareté. De même que tout les objets datant de la Révolution et nés par elle, ces caricatures ont toujours été, depuis, le point de mire des collectionneurs internationaux. Et bien que primitivement le nombre de ces caricatures eut été encore assez respectable, une chasse si acharnée leur fut faite dès l’époque qui succéda à la période aiguë de la Révolution, qu’on finit bientôt par ne plus en découvrir que par miracle. Du reste tout ce que l’autorité trouva, en fait de caricatures érotiques, ou pamphlets, touchant la Royauté, dans les archives, les cabinets, les actes divers ou les collections privées, fut impitoyablement détruit. La Restauration ne reconnaissait point l’importance de pareils documents historiques, et ces gravures étaient considérées comme des ,, péchés permanents” qui
147 ■ Vivan-Denon: 1792.
pouvaient un jour nuire encore, et c’est pourquoi on les poursuivait avec acharnement. Cependant il nous en a été conservé plus d’un spécimen. Une certaine caricature de Marie Antoinette, qui se rapporte à l’affaire du collier, doit très certainement dater de la Révolution. O11 y voit la Reine lisant le matin, dans son lit, le compte-rendu du procès, et elle laisse paraître tout son chagrin de voir la tournure fâcheuse que prend l’affaire. Ah si elle avait pu se procurer à si bon compte le merveilleux collier de Rohan! On sait que la reine Marie Antoinette, en témoignage de complicité avait fait signe au Cardinal de Rohan avec une rose qu’elle tenait à la main. Et la vraie Marie Antoinette songe qu’elle aussi elle lui aurait bien fait signe de sa rose. La pose lascive où elle se complaît sur sa couche et dans laquelle se dévoilent ses charmes les plus secrets, laisse clairement deviner le sens érotique de cette caricature. Deux autres caricatures intitulées ,, Plaisirs champêtres" et ,, Fêtes champêtres" proviennent de la même époque. Elles veulent représenter la vie à Trianon, où Marie Antoinette jouait, avec son beau père, le comte d’Artois, la pièce ,,He!oïse et Saint Preux". Louis XVI y est représenté, sous les traits d’un petit chien cornu, et il assiste, en témoin paisible, aux jeux équivoques de sa femme et de son frère. Lorsqu’on découvrit l’armoire secrète des Tuileries, une caricature parut qu’on pourrait intituler le Contrat. On représente Marie Antoinette menant les pourparlers avec le célèbre tribun, c’est à dire qu’elle vient de lui solder le prix auquel il se vend à la cour. Et Mirabeau signe son reçu,
sur le lit de la reine et dans les bras d’icelle. Mirabeau, en cette circonstance, se révèle à la Reine comme si puissant, qu’elle lui réclame une deuxième quittance du même genre, et pour l’obtenir joue lubriquement de ses charmes intimes. Une très cynique caricature, intitulée ,,Les deux amies“ se rapporte à l’amitié suspecte de la Reine avec la princesse de Polignac.
C’était surtout Marie Antoinette l’Autrichienne, qu’on haïssait et c’est pourquoi les attaques dirigées contre elle présentaient beaucoup plus de virulence que celles qui avaient trait à Louis XV I ; cependant on faisait également figurer celui-ci, à son désavantage, dans mainte caricature érotique, et non seulement en qualité de spectateur, ou de témoin, connu et résigné à son sort, mais aussi activement. ,, Monsieur Veto a foutu le tiers état.“ La caricature ainsi intitulée nous montre Louis XVI essayant de violenter une jeune femme, tenant à la main les proclamations des ,, Droits de l’homme“ et symbolisant par conséquent le Tiers Etat. L’aristocratie sous les traits d’une vieille femme aux seins pendants figure d’entremetteuse. Cette caricature fait allusion aux tentatives de Louis XVI pour renverser le pouvoir naissant du tiers état, par une alliance subreptice avec la noblesse. La gravure obscène intitulée ,, Bombardement de tous les trônes de l’Europe et la chute des Tyrans pour le bonheur de L’univers“, apparait comme une des plus obscènes de l’époque; la république déclare catégoriquement à Louis XVI ,, Rends tout“. Et LouisXVIabandonne tous ses droits à laRévolution triomphante (fig. 156). La coalition contre la France des monarchies européennes a suscité encore d’autres caricatures érotiques. Les plus cyniques a trait à Catherine de Russie s’intitulée ,, Repas de Catherine11. En voici la description:
,,On y voit l’impératrice seule à table. D’un côté quelques cosaques lui présentent les membres sanglants du Polonais, des Suédois et des Turcs, qu’ils viennent d’égorger. De l'autre des jeunes hommes nus sont rangés, comme des tonneaux sur un cellier. Une vieille matrone, par une opération onanique, fait jaillier dans les airs les liquides humains, tire de ces vivantes futailles une liqueur, qu’elle reçoit dans une coupe et l’offre à boire à Catherine. On lit au bas de cette caricature atroce des vers, qui en sont dignes, et qu’on ne peut traduire un peu décemment que de cette façon: „Puisque tu aimes tant les hommes, mange leur chair, et bois le plus pur de leur sang . . . “
Des caricatures érotiques révolutionnaires sur la noblesse et le clergé sont moins rares, du reste, il en a été publié beaucoup de cette sorte, et ne fut ce que pour cette raison la noblesse et le clergé, pendant tout le cours de la Révolution, ont joué un rôle actif dans la vie sociale. Le sujet de toutes ces caricatures varie peu, il s’agit la plupart du temps de commentaires satirico-cyniques de toutes les légendes colportées sur les débordements des nobles et des ecclésiastiques. Depuis longtemps on haïssait l’Eglise à tel point que l’image du prêtre était considérée comme un symbole de perversité. Différentes séries furent publiées qui avaient pour motif les débauches des abbés galants. Telle la série intitulée ,,Le Chapitre des Cordeliers*1. Ce sont six planches qui traitent chacune d’une perversion du répertoire sexuel: orgie universelle entre moines, entre nonnes, groupes érotiques etc.
Très souvent les caricatures érotiques ont été publiées en séries et comprenant jusqu’à une quarantaine de planches. La plupart de ces images, sérieuses ou caricaturales ont paru sous les formules les plus variés depuis le grand in-quarto,