‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 84 sur 109 · Michel, l’Allemand, et sa mère à Berlin · texte numérisé non relu

Michel, l’Allemand, et sa mère à Berlin

Caricature jrancjartoise de l'an 1848.

d’honneur spécial. Lichnowsky sous la dénomination de ,, représentant de peuple" fut représenté sur une caricature, enjambant avec Lola Montés, impudiquement deshabillée, à son bras, un monceau de cadavres de défenseurs de la liberté. La caricature intitulée ,,La nuit de noces du docteur Eisenbarth" a trait au célèbre docteur Eisenmann. La scène qui s’y trouve représentée est la suivante: Je docteur en robe de chambre, se tient dans sa chambre à coucher, son bonnet dans une main; longue-vue dans l’autre, et il considère, à l’aide de cette longue vue, sa jeune femme reposant sur le lit dans un négligé complet, et il commente de la façon suivante, les vues d’avenir que suscite en lui le spectacle des charmes impudiquement décélés de la jeune personne. Oui, il se prépare des choses

terribles. Je prévois de nouveau une terrible réaction !“ Pour bien se pénétrer du ton vigoureux de la caricature érotique de l’Allemagne du Nord, surtout à Berlin, il suffit de considérer les nombreuses feuilles érotiques parues à l’époque, et ayant trait aux femmes. La citation suivante suffira pour en donner une idée; elle est tirée de ,, L’Adresse de plusieurs Berlinoises au gouvernement1'.

„Les événements présents, le blocus de nos ports par les troupes danoises qui rendent presqu’impossible une libre entrée ou sortie, les nombreux désirs exprimés par le sexe masculin, enfin les dernières questions mises à l’ordre du jour par celui-ci, nous obligent de prendre en mains les intérêts des femmes et de proposer des réformes dont la réalisation en un temps de guerre générale serait tout profit pour l’Etat et pour l’Eglise. Nous n’avons pas l’intention de nous contenter de vagues promesses, nous maintiendrons nos exigences dans leur intégrité, jusqu’à ce qu’il leur soit donné satisfaction."...

Et cette ,, adresse" n’est pas encore ce qu’il y a de plus salé dans ce genre. La ,, Discussion sur la pétition des servantes" l’emporte en impudicité sur l’adresse des Berlinoises. Cet opuscule contient en outre une grande caricature représentant un meeting de servantes, ces demoiselles y sont représentées vêtues de voiles transparents, à travers lesquels leurs charmes un peu massifs se montrent aux yeux des spéctateurs dans toute leur sincérité. Parmi les caricatures érotiques parues sur la garde civique, nous citerons les suivantes; elles forment une suite de quatre lithographies coloriés avec légende, mais sans titre général:

1. Un garde national allemand a l’occasion en exerçant son état de coiffeur d’apprendre comment on nettoie et on met en état une chevelure, et la base d’une bonne constitution peuvent encore être élargies. (L’image montre une dame fort indécemment dévêtue, occupée à sa toilette intime, comme le coiffeur entre.)

2. L’ami de la tête se persuade de l’utilité des deux chambres, et se sent des dispositions pour prendre part aux séances. (La dame en négligé, est mise sur une chaise et se fait friser, et son laisser aller voulu permet au coiffeur de se délecter la vue aux charmes étalés de sa poitrine.)

3. L’admirateur est choisi comme garde du corps, et inspecte tout le royaume, selon les devoirs de sa charge. (On voit le couple se caressant.)

4. Le garde du corps en plein exercice de ses fonctions. (Le coiffeur reçoit les „dernières faveurs" de la

dame.)

Tel est le niveau que ne dépasse pas la caricature de l’Allemagne du Nord. La caricature que nous reproduisons à la fig. 175 et qui s’intitule ,,Vœux généraux de tous les peuples" apparaît comtne innocente à côté des précédentes. Il en existe du reste des répliques plus indécentes.

En dehors de Munich et de Diisseldorff, il n’y avait pas alors d’autre ville que Vienne qui comptât des dessinateurs de valeur. Vienne, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, a toujours fourni un apport considérable à la caricature érotique. Et surtout, en 1848, cette caricature y fleurit abondamment. Comme exemple du cynisme et de la légèreté avec lesquels on considérait la révolution de Vienne qui avait pourtant été si meurtrière, nous reproduisons ici la gravure intitulée ,, Derniers moments de la ligue des femmes en l’an 1848" (voir fig. 176). Cette caricature fut plus tard éditée sous forme de photographie de la dimension d’une carte de visite, elle se vendit énormément, et l’on en trouve encore jusqu’à présent sur le marché de la pornographie.

De cette courte revue symbolique de l’Erotisme en Allemagne vers 1848 il se dégage une notion: tout n’y était que chaos.

Les temps modernes.

France, Allemagne, Angleterre.

La troisième période du développement de la vie moderne, et qui s’étend jusqu’à nos jours, commença, comme nous l’avons déjà dit dans le chapitre précédent, avec le deuxième empire. Elle concorde avec le développement du Capitalisme qui tend à modeler toute la vie publique selon son esprit et ses vues, et qui se présente comme facteur prédominant dans tous les phénomènes sociaux de l’époque.

Etant donné qu’avec le Capitalisme, l’Internationalisme se développe fatalement, la physionomie des peuples et des sociétés tend à s’identifier progressivement, phénomène qui jusqu’à présent ne s’était jamais présenté. La haute industrie, sur laquelle le Capital établit ses assises, réclame pour son fonctionnement normal, la concentration au même endroit de centaines de milliers d’individus; ainsi naissent les grandes cités. Et, depuis le second empire, les grandes cités se multiplient en Europe. Jusque-là il n’y avait que des grandes villes de province; Paris même était il autre chose! Toutefois il faut dire que cette grande cité a toujours eu droit de s’intituler la Ville, c’est-à-dire la matérialisation d’un spectacle où se concentraient tous les intérêts, tous les problèmes qui agitent l’humanité. La grande ville réclame des lois nouvelles au point de vue des mœurs publiques. En premier lieu une extrême rigueur, extérieurement touchant tels vices lesquels ont au contraire droit à une grande tolérance s’ils ont le bon esprit de se dissimuler; si le vice se cache derrière des personnes closes, rien à dire, et on se garde de lui chercher noise. Dans cette troisième phase du développement social, les turbulences de la jeunesse ne sont plus qu’un souvenir. La force des choses nous a guéri des enthousiasmes juvéniles. De plus en plus on tend à vouloir fonder toute l’existence sur cette constatation, peut-être terre à terre mais bien pratique, que la loi de l’argent est la morale la plus douce et en même temps la plus explicite.

Les programmes politiques qui feignent d’ignorer ces vérités primordiales et qui cherchent à donner le change sur le principe utilitaire ne sont qu’un bluff. Et c’est afin d’assurer le bon fonctionnement administratif surtout au point de vue financier, que la morale publique déplore si bruyamment sa sévérité. Mais par suite de ces tendances, toute ce que l’âme humaine comporte d’idyllique, de tendre et

iy8. W. de Kaulbach: Tiré des Illustrations pour „Rcinecke Fuchs“ de Goethe.

d’innocemment naïf, le trésor des joies et des sentiments primesautiers, tout cela a sombré presque sans retour, et la complication, le raffinement et enfin le vice sont désormais seuls tenus pour récréatifs ... Et c’est une nécessité sociale en quelque sorte, que la morale publique montre une indulgence plénière pour les péchés secrets.

Tel est, dans ses grandes lignes, la caractéristique de l’époque où leCapitalisme prend son entier développement.

La corruption sociale, dans la vie privée et publique atteignit, sous le second empire, avec le règne de la princesse Cocotte, un degré suprême, la licence des mœurs devint quelque chose de presque’officiel; une quantité considérable de documents, de même qu’en ce qui concerne l’Ancien régime est là pour en témoigner. Mais nous devons nous borner à quelques exemples typiques.

Les mémoires du comte de Viel-Castel, par leur sincérité absolue, fournissent les documents les plus curieux qu’on puisse trouver sur la conception de l’époque.

Fuchs Ed.: L'élément érotique dans la caricature.

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