‹ L'élément érotique dans la caricature; un document à l'histoire des meurs [sic] publiquesChapitre 85 sur 109 · W. de Kaulbach: Qui achète des dieux d’amour · texte numérisé non relu

W. de Kaulbach: Qui achète des dieux d’amour

i8o. Bonaventuri Genelli: Caricature sur le peintre W. Kaulbach.

Dans un entretien touchant l’extrême liberté d’allures des jeunes femmes de la haute société parisienne, la princesse Mathilde, cousine comme on sait de Napoléon III, racontait au comte de Viel-Castel la piquante anecdote qui suit et qui avait eu son salon pour théâtre: une demoiselle de Stackelberg était courtisée par le comte Fleury, l’aide de camp bien connu de Napoléon III. La princesse s’était chargée de demander la main de la jeune fille à la famille Stackelberg, de première noblesse. Elle offrit un dîner afin de donner aux jeunes gens une occasion de se trouver ensemble. Le comte Fleury et Mademoiselle de Stackelberg se trouvait l’un à côte de l’autre, à table. Au dessert la jeune fille se pencha vers l’aide de camp impérial et lui chuchota: ,,Si nous nous trouvions seuls dans une chambre, que feriez vous ? . . .“ Elle est plutôt forte ! Et cette anecdote ne contient, en substance, rien moins que la formule condensée des rapports qui régnaient, à cette époque, entre les personnes des deux sexes. Toutes les lois anciennes de la décence et de la retenue on les considérait comme surannées et la perversité du Second Empire ne comprend pas qu’un Monsieur éprouve à l’endroit d’une dame un peu jolie

i8i. Caricature obscène italienne sur la gloire du peintre Turner en Angleterre.

d’autres sentiments qu’un désir érotique; chacun considère comme tout naturel qu’il cherche à utiliser la première occasion propice à satisfaire son envie génésique: „Un homme qui ne sait pas manquer de respect à une femme ce n’est pas un homme." Pour ce qui concerne l’anecdote qu’on vient de lire, il faut observer que cette charmante demoiselle de Stackelberg avait dû être édifiée surtout cela non seulement par la bouche de ses innombrables adorateurs mais également par Madame sa mère; celle-ci sans doute s’était attachée à lui persuader qu’elle constituait un morceaux de choix pour les amateurs. Ainsi, de par toute son éducation, elle ne pouvait se figurer qu’un homme, autorisé à lui faire la cour, c’est-à-dire est destiné à bref délai à jouir de ses attraits les plus secrets, ne chercherait pas à toucher en quelque sorte des arrhes. En d’autres termes, elle trouvait tout simple que cet homme ne se contentât pas d’un instant de ce que sa toilette de soirée, furieusement décolletée pourtant offrait aux regards de chacun, et qu’il devait profiter de la première minute d’intimité, pour lui ,, manquer de respect". Or, à une époque, où les âmes nuancées de modestie et de chasteté sont considérées comme de phénomènes amusants par les gens du monde, toute dame prend à tâche d’exprimer de façon piquante son consentement à son propre déshonneur, et celles qui savaient promettre à leurs fiancés qu’ils trouveront, dans l’alcôve conjugal, tous les raffinements de l’amour auxquelles leurs maîtresses les ont habituées, sont tenues pour de souhaitables épouses.

Voici encore un récit que fait Viel-Castel d’une conversation personnelle qu’il eut avec la comtesse d’Agoult:

La comtesse d’Agoult, sœur de M. de Flavigny, est cette femme enlevée par Liszt dont elle a trois enfants .... C’est elle, qui, un soir où nous étions seuls à prendre le thé chez elle au coin du feu, me dit: ,, J’ai voulu savoir quel bonheur il pouvait y avoir à être à deux hommes en même temps." — „Comment?“ repondis-je. — „Comment?“ répliqua-t-elle. „Vous avez mangé des sandwichs?" — „Oui.“ — ,, Savez vous comment on les fait?" — „Parbleau, c’est un morceau de pain, avec du beurre d’un côté et du jambon de l’autre." — ,,Très bien! J’ai fait une sandwich, et j’étais le pain! . . . .“

On accordera, dans tous les cas à la célèbre comtesse d’Argoult, ceci qu’elle savait dépeindre de façon bien spirituelle ses instincts corrumpus. La perversion des mœurs allait croissant, devenait effrénée.

Et elle semble se personnifier en la célèbre tragédienne Rachel, et sur la fureur érotique de laquelle un de ses amants, Léopold Lebon, donnait au comte de Viel-Castel les détails que voici:

Ce qui pourra faire comprendre leur intensité ce sont les deux faits suivants. Une nuit elle dit à

Léopold Lehon: ,, Je voudrais être sur le corps d’un homme qu’on viendrait de guillotiner." A un

autre de scs amants elle imposa la condition de lui répéter dans les moments décisifs: ,, Je suis Jésus Christ!" et chaque fois que ces mots sacrilèges frappèrent son oreille, Rachel tombait dans un paroxysme de jouissance impossible à décrire.

. A côté de tels écarts de fantaisie, le caprice de la comtesse d’Agoult, d’être possédée en même temps par deux hommes, apparait comme le plus innocent des plaisirs érotiques!

Que ceci, encore, serve à édifier le lecteur sur la corruption du monde impérial: Le théâtre, encore qu’à l’imitation de celui de l’ancien Régime, il fut saturé de pornographie, ne suffisait plus à rassasier un désir exacerbé de spectacles érotiques. On tenait à voir sur la scène tout ce qui ne pouvait se représenter publiquement;

i82. Caricature sur la crinoline.

et alors refleurirent les ,, Théâtres clandestins1' où, devant un public de choix, on ne donnait que des pièces érotiques. Un de ces théâtres secrets fut le „ Théâtre érotique de la rue de la Santé" qui exista de 1864 à 1866. Sur cette scène on donna des pièces telles que ,,la Grisette et l’étudiant" de Monnier; ,,Le dernier jour d’un condamné" drame en trois actes de Tisserant; ,,Un Caprice" vaudeville en un acte de Lemercier de Neuville et ,,Les jeux de l’amour et du Bazar" du même auteur. La matière de ces pièces consistait en sujets d’un érotisme aigu; c’était l’acte sexuel figuré dans tous ses détails et dans toutes ses variations; et, par exemple il n’était question que de cela dans la pièce de Monnier. Au surplus il est certain que bien d’autres théâtres du même genre, dont on n’a pas eu connaissance, ont dû exister à cette époque-là.

Télég

ranime.

L'impératrice Eugénie se prépare à ce rendre à Metz avec se mitiailleuse intime, et de rassasier par cette vue l'ardeur des troupes.

Page 1