Faustin: Caricature sur l'ex-reine Isabelle d’Espagne
Abatteur de bois, Fouteur, un outil étant considéré comme une cognée, la nature de la femme, à cause de son poil, comme une forêt.
Abbaye de Clunis ( L’), Le cul-de clunis, fesse, croupe-une abbaye qui ne chômera jamais faute de
moines.
Cette œuvre constitue, en elle-même, et quel qu’eut été le but de son auteur un précieux document historique. Nul livre mieux que celui-ci, n’est utile à nous renseigner sur la fécondité de la fantaisie dans le domaine de l’Erotisme; du reste ce n’est pas là un cas isolé, et il a dû exister de semblables répertoires dans toutes les langues. Remarquons que, tandis que l’imagination humaine n’a trouvé pour des choses usuelles, de première importance, comme le pain, l’eau, la viande, qu’un seul et unique terme, elle a crée des centaines de synonymes pour tout ce qui concerne l’Erotisme, et ceci dans toutes les langues: et il n’est pas de jour qui ne voit naître une nouvelle expression pornographique.
La préface du Dictionnaire dont nous avons parlé, explique comment, avec l’esprit pervers des temps modernes, la chose la plus simple peut acquérir une signification obscène.
Qu’une femme à qui vous parlerez d’un voyage agréable et curieux que vous avez fait vous dise: Je meurs d’envie de le faire; les sots éclateront de rire et les fausses prudes rougissent. Cette autre se donne la torture pour mettre son gant trop étroit pour sa main; vous n’oseriez jamais lui dire: Madame, voulez-
vous que je vous le mette? ni même: que je vous l’ôte? Parce que notre esprit corrumpu va plus loin que les termes propres ne signifient, et qu’il suppose que, pour l’ôter, il faut l’avoir mis et qu’il soit dedans. Si vous vous servez de ces termes simples, vous passez pour un sot ou, du moins, pour un mauvais plaisant.
Ceci est la preuve de ce que nous avançons: l’homme, pour la femme, et la femme, pour l’homme, ne sont que des objets érotiques. Dans l’imagination de la femme, ce qui caractérise l’homme n’est autre chose que les organes sexuels. C’est du moins la façon, très spéciale dont on regarde les choses de la vie mondaine du Second Empire. Et l’homme du monde, un peu dans le train étant donné que les usages exigent une décence seulement extérieure, se croirait déshonoré s’il ne tenait pas, à la dame avec laquelle il se trouve en tête à tête des propos orduriers, et tout au moins équivoques. Il passerait pour un benêt s’il agissait autrement.
Le même perversion se manifestait dans les darses aimées du public, ainsi qu’il en fut sous l’ancien régime. De même que les raffinés du XVI 1 Ie siècle avaient mainte fois l’occasion grâce à d’audacieux entrechats, de découvrir toute l’intimité lascive des danseuses, de même le bal Mabille, la Closerie des Lilas et divers autres semblables lieux de plaisir, offraient dans le cancan un divertissement très similaire. Bien que maintenant on ne dansât plus sans pantalon (et encore cela arrivait parfois) des dessous compliqués et pervers avaient tout autant de charme érotique que la nudité. Du reste si les danseuses portaient des pantalons, il convient d’ajouter qu’ils n’étaient pas toujours (et tant s’en faut) fermés. Ne jamais mettre de pantalons fermés était la première règle d’habillement — pour les dessous — de toute femme du monde; celle qui y manquait (on savait toujours le détail par de bonnes amies un peu bavardes) passait pour une prude ridicule; et du reste cette ouverture était indispensable à cause des ,, badinages galants11 auxquels toute femme du monde était exposée, et s’exposait à cœur-joie, journellement. Et l’on voudrait qu’avec de telles conceptions morales, une simple danseuse ait exercé son art avec des pantalons fermés. Et ceci, dans un genre de chorégraphie qui eu comme base, la plus extrême lubricité, le cancan, folie des jambes, hérésie exacerbée d’érotisme. Un pantalon clos, un clos de vigne- (sic). Quel manqué de goût! Quelle grossièreté!
Caricature galante du temps du deuxième empire.
Fuchs Ed.: L'élément érotique dans la caricature.
L’audace de la débauche devenait à ce point envahissante que la police des mœurs, pourtant indulgente, finissait par s’inquiéter. Elle s’efforçait de porter remède à la licence dans les bals publics, en postant, au milieu de la salle de danse, un sergent de ville, symbole de la loi. Celui-ci avait ordre d’expulser du local toute dame qui lui paraîtrait, au cours du cancan, par ses gestes trop libres, porter atteinte à la morale publique et aux bonnes mœurs. On dansait donc sous l’œil vigilant de la police. Ce scrupuleux gardien de l’ordre prouve en tous cas que cette impudicité était partout sans cesse à l’ordre du jour.
Mais, dans les salons des plus notoires ,, femmes du Monde" où l’on s’efforçait avec une belle ardeur d’égaler les exploits chorégraphiques de l’illustre danseuse de cancan, Mlle Rigloboche, il n’y avait pas le vertueux sergent de ville. Certes, tout homme qui se disposait à danser le cancan dans le monde, savait pertinemment qu’aucune des dames de la société ne commettrait la faute de tact de s’habiller avec la candeur d’une petite pensionnaire, mais il n’ignorait pas, non plus, que toutes se trouveraient d’accord de se montrer aussi galantes et dépravées que possible; et c’est ainsi que le cancan était le couronnement obligatoire de toute fête moderne. Cette ,, folie des jambes" régna dans tous les salons du deuxième Empire.
i88. Caricature sur la cour de Napoléon III.
Une société qui se comportait de la sorte dans ses manifestations mondaines ne pouvait bien entendu que goûter au plus haut point l’image érotique. Hommes et femmes de la société étaient fidèles clients pour les , .éditeurs sous le manteau" et protégeaient leur industrie contre les indiscrétions ou les rigueurs de la police. Tout genre d’érotisme, sans exception, tant était étendu le champ de la corruption publique, constituait une valeur marchande. La photographie, qui commençait à ce développer dans ce temps, offrait un admirable instrument pour les représentations obscènes.
La photographie, à dater du second Empire, a pris, dans l’art érotique une place absolument prépondérante. L’art de la gravure sur bois disparaissait, ainsi que celui de la gravure sur cuivre, la lithographie tombait en discrédit, et, à leur place, la photographie s’érigeait, victorieuse. Un des principaux motifs de son éclatant succès, était qu’elle rendait l’Artiste inutile. L’Ancien régime, la Révolution, la Période de 1830 eurent toutes des époques qui étaient directement tributaires des artistes contemporains. Mais cette dépendance eut été incommode en un temps où il fallait produire en masse, et pour la masse. Cette absence de style, qui caractérise le Second Empire, fut aussi un adjuvant à l’extension de la photographie. Le signe distinctif du Second Empire est son caractère cosmopolite, il empruntait à tout le monde et à tous les temps. Il prenait, s’il est permis de s’exprimer ainsi, son bien où il le trouvait, tantôt dans l’Antiquité classique, tantôt
■ OlfOHCTa ci SAKS,
Mes chères filles, je suis heureux de pouvoir vous dire dans cette enceinte, que vous êtes toutes pleines des bénédictions du Seigneur...
j 8g. Moloch: Caricature sur les nonnes, 1870.
dans le gothique, tantôt dans l’art de la Renaissance. 11 se constituait, corps et âme, de mille pièces différentes provenant des sources, les plus disparates. Il en arriva de même pour son art: on copiait valeureusement les anciens maîtres, dont la manière et les sujets correspondaient le mieux aux tendances de l’heure, c’est-àdire les peintres de nudités. C’était ce que l’Art érotique avait de mieux à faire, en l’espèce, car il fallait contenter l’appétit toujours croissant d’érotisme, et donner toujours et encore du nouveau; il fallait donc s’adresser aux trésors du passé; et l’on ne se fit donc pas faute de battre monnaie avec les créations artistiques de maîtres. Et ce besoin même servait la cause de la photographie. De là vient aussi qu’on peut trouver dans le commerce, sous forme de photographie, des reproductions érotiques très rares du vieux temps. On photographiait naturellement des scènes choisies de façon à agir directement sur la lubricité des amateurs: tels dessins pornographiques du XVIIIe siècle, des images érotiques de Rowlandson, de Moriaud, et, surtout, des œuvres lascives de Maurin et de Deveria.
Mais le temps dont nous nous occupons a possédé son art érotique propre, qui se rattache à la photographie: ce soit les portraits d’après nature, représentant des hommes et des femmes à l’état de nudité dans des poses érotiques; des scènes lubriques, des orgies, eurent un succès considérable. Cet art spécial correspondait parfaitement aux conceptions esthétiques de l’époque. L’âge de la