Beardsley: Illustration à Lyslslrata
Ces pornographies étaient, par les soins d’industriels peu scrupuleux, répandues à travers le monde; elles se confondaient avec les produits similaires d’autres nations, et de la sorte, il devenait matériellement impossible d’en fixer l’origine ou le lieu de fabrication. Cependant d’après les modes et les types, on pouvait dire, avec quelque assurance, que Paris en fournissait la plus drue. Vienne aussi fut un centre de fabrication pornographique, très fécond jusqu’en 1870 et même 1880.
En Allemagne, c’était Munich qui avait le monopole de ces productions érotico-humoristiques. Wilhelm de Kaulbach et Lossow furent des maîtres éminents dans cet ars minor. Parmi les œuvres les plus remarquables de Kaulbach on peut citer ,,La naissance de la vapeur11 (fig. 13) un carton pour une peinture murale destinée à une exposition industrielle, et ,,Qui veut acheter des dieux d’amour“ (voir fig. 179) un badinage érotique, que l’artiste dédia à un collègue et ami. En ce qui concerne la première de ces œuvres, on ne peut lui adresser que des objections d’ordre artistique, et si Kaulbach avait conçu de cette façon la force créatrice de la vapeur, on ne peut guère lui en faire des reproches au nom de la morale. Mais il n’en est pas de même du second tableau, qui se trouve être, du reste, la plus populaire et la plus répandue des caricatures érotiques allemandes. Cette gloire nous parait absolument usurpée. Sans doute l’idée est amusante, mais elle n’est rien moins que neuve, de même que dans son ,,Reineke Fuchs“ Kaulbach s’est contenté de plagier servilement en l’édulcorant le peintre français Granville, lequel du reste lui est très supérieur, de même dans ,,Qui veut acheter des dieux d’amour“ il s’est approprié un sujet qui avait été mainte fois traité par des peintres érotiques français de la Restauration, et de façon très supérieure. La seule innovation de Kaulbach est qu’il a choisi un format plus grand. Et, malgré tout, les dieux d'amour de Kaulbach ont conservé leur renom. Ils se trouvent encore aujourd’hui dans le commerce, et, ce qui prouve leur vogue on en a fait récemment diverses copies.
De même que Kaulbach, Lossow fut un peintre de nudités. Le nu est le sujet exclusif de tous les tableaux qu’il peignit pour le public. Et il s’en suit naturellement, que, travaillant pour des amis ou tout au moins pour un cercle intime, il versa dans l’Erotisme. Ses illustrations obscènes de ,, L’Auberge sur la Lahn“ sont ce qu’il a fait de plus célèbre dans ce genre; il les avait dessinés pour un cabaret d’artistes. Ce fut par indiscrétion que la série fut mise dans le commerce des œuvres pornographiques. Si licencieux que soient tous les dessins qui la composent, l’effet premier qu’ils produisent surtout c’est de révéler l’impuissance artistique de leur auteur et encore plus l’abscence de tout idéal d’art qui caractérise l’époque où ils furent conçus (voir fig. 194).
Cependant ce qui nous semble le plus intéressant au point de vue d’une histoire documentaire des mœurs, ce sont les caricatures érotiques ayant soit un caractère purement scandaleux, soit une portée de propagande politique.
De même que le pamphlet érotique, la caricature érotique servait naguère de moyen de vengeance personnelle; aujourd’hui ce n’est que très rarement le
Monsieur, Madame Denis et Zèmire.
Madame Denis continue à chantonner : — « Que ne brûlez-vous ... Que ne brûlez... vous,
toujours !...
Supplément à » L'élément érotique dans la caricature « par lui. Fuclts. Edition C. W Stem, Vienne. Impression privée.
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