‹ L'Elevage de la race bovine flamande dans le Pas-de-CalaisChapitre 17 sur 27 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

AMELIORATION DU BETAIL

L’enrichissement du sol, l'hygiène, l’alimentation sont des facteurs importants de l’amélioration de la race. Mais, il faut, avant tout, que cette race soit bien fixée dans ses caractères essentiels, ou, du moins, que l’élevage soit orienté vers un type défini et reconnu par tous. Les différences entre ces animaux disparaissant peu à peu, on tend alors vers un ensemble homogène d’individus, possédant de plus en plus des caractères communs, ; on réalise la race pure. Grâce à cette homogénéité des sujets, les caractères se transmettent régulièrement et avec certitude. C’est pourquoi, dans ce cas, la sélection est la grande sécurité de l’éleveur. Celui-ci recherche des résultats toujours meilleurs : il doit choisir, dans ce but, des animaux en bonne santé, bien conformés, de race pure, de bonne origine.

La CONFORMATION

Cette question de la conformation est la première qui vient à l’esprit quand on envisage l’homogénéité d’une race. Il importe, en effet que l’unité de vues entre les éleveurs soit faite à ce sujet si on veut progresser. Quel chemin l’élevage a-t-il suivi jusque maintenant, quelle orientation va-t-il prendre demain ?

Au siècle dernier, sur l'initiative des sociétés d’agriculture, le format des animaux de race flamande avait été sensiblement modifié. Le poids des bœufs et des vaches fut considérablement augmenté par suite de l’ac-

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croissement de la musculature. Les animaux devenaient plus harmonieux, moins anguleux et perdaient peu à peu leur caractère grossier. Certains sujets, dans des concours de conformation, où ils rivalisaient avec des représentants d’autres races obtinrent plusieurs succès. D'ailleurs, ces expositions d’animaux étaient très en vogue avant guerre : dans le Pas-de-Calais, on en organisa à Béthune, en particulier. Nous possédions, à cette époque, des vaches de bonne production laitière et beurrière, et, en même temps, amples dans toutes leurs formes. Mais, cet heureux mouvement ne s’est pas poursuivi. On s’est surtout préoccupé, ensuite, d’exploiter davantage l’aptitude laitière et beurrière en délaissant Famélioration du format. « Le poids moyen a sensiblement baissé et nous voyons, de ci, de là, réapparaître certains défauts de conformation : faiblesse des reins, insuffisantes profondeur de poitrine et largeur de bassin. contre lesquelles on avait tant lutté autrefois. » (NEUVILLE).

Cette vogue subite de la race flamande au point de vue laitier était due aux productions étonnantes de certains sujets de réelle valeur. Mais, ces spécimens sont restés rares. Il n’y a pas, en effet, chez les éleveurs, un effort commun de sélection. En vérité, il n’existe qu’un noyau d’éleveurs à suivre une méthode rationnelle. Evidemment, ces propriétaires, peuvent, par la création d’une souche bovine, contribuer grandement à améliorer le cheptel départemental. Pour cela, il faudrait que chaque cultivateur eût la volonté de profiter de ce voisinage et songeât à faire féconder ses femelles par le plus proche taureau ayant obtenu les honneurs des différents jurys. Les meilleurs produits, au contraire, sont rapidement mis en état et disparaissent, achetés par une commission où un amateur. Voilà pourquoi on trouve rarement de bons animaux. Il est fort probable que les hésitations des acheteurs de foires soient dues à l’absence d'animaux répondant à leurs goûts.

Les causes de cette diminution de format sont nombreuses et importantes : l’alimentation, nous l'avons écrit, est souvent mal distribuée. En outre, la première

gestation est généralement trop précoce et la seconde en est plus rapprochée qu’il ne faudrait. La croissance des génisses est arrêtée et celles-ci n’atteignent jamais leur développement normal. On se demande d’ailleurs si ce n’est pas le but visé par les éleveurs. Les petits propriétaires que nous incriminions tout à l’heure ne sont pas seuls responsabies. Il faut plutôt admettre qu'ils ont obéi à l’impulsion des chefs, lesquels, ont, à un moment donné, incité les jurys à juger dans le sens de la distinction féminine. Ils sont encore trop nombreux ceux qui prônent chez nos vaches flamandes les formes légères : la finesse générale, le squelette menu, la musculature réduite, en un mot le « type laitier ». Ces principes ont eu pour résultat l’apparition dans notre effectif d'animaux à l’encolure fluette, à la côte plate, au bassin étroit et allongé, le tout soutenu par des membres grêles. La cage thoracique s’éloigne de terre, perd de son volume. Le rein, faisant suite à un dos incurvé, est mal attaché et les flancs sont ouverts. Peu importe que l'élevage perde de ses qualités ancestrales, nous dira-t-on, si, au contraire, la production laitière et beurrière s’accroît sans cesse. Cet état d’esprit, qui, heureusement, n’est pas commun à tous nos éleveurs, nous oblige à faire quelques objections. Celles-ci doivent être répétées, propagées car, bien que certains se soient aperçus à temps qu’ils prenaient une fausse direction, d’autres ne sont pas encore convaincus de leur erreur. Il est pourtant évident qu’une grosse production laitière et beurrière correspond à une forte consommation d’aliments et que celle-ci n’est possible que chez les animaux d’ample constitution. La nourriture copieuse des vaches laitières apporte au sang quantités d'éléments que la mamelle va capter à son tour et transformer en lait. Il faut donc des organes digestifs vastes, bien développés, qui puissent contenir et digérer les rations énormes. Les animaux de petit format auront de petits réservoirs gastriques pour absorber les grosses quantités d’aliments : il en résulte des indigestions fréquentes et graves, des causes d’entérite qui tuent l'animal ou l’amoindrissent. D’ailleurs, la ration d’entretien, calculée par des spécialistes, varie avec

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le poids vif : elle est proportionnelle à la surface du corps. De plus, le rôle du sang ne consiste pas seulement à apporter les principes du lait à la glande mammaire ; il doit aussi emporter les déchets qui proviennent de cette transformation et qui seront, en partie, brûlés, puis éliminés par les poumons. Ce travail du sang doit être soutenu par un cœur bien développé et vigoureux. D'autre part, au fur et à mesure que la production laitière augmente, les déchets sont aussi plus abondants et exigent un tissu respiratoire solide et de grande surface. Comment concevoir de tels organes dans une cage thoracique étroite, à la côte plate. Au contraire, « la poitrine sera large et profonde, avec des pectoraux bien dessinés, un sternum large et bien descendu. Elle avancera entre les membres antérieurs qu’elle écartera convenablement et sera développé à l’arrière des coudes, surtout au passage de la sangle qui sera le moins accusé possible. » (NEUVILLE).

Naturellement, les autres parties du corps doivent avoir un développement proportionnel : la tête aux mâchoires plus larges et plus fortes sera soutenue par une encolure plus musclée à la base. Le tronc, plus étoffé, présentera un dos droit, un rein bien attaché, des flancs fermés, un bassin large. Il sera porté par des membres plus épais, aux jarrets solides. « On trouve dans toutes les fortes races laitières, sauf chez la Jerseyaise, des vaches fortement charpentées, avec la côte ronde, le flanc fermé, le dos fort et une belle musculature générale, qui sont de grandes productrices. » (MOSCHEROSCH).

Les défauts de développement du poumon, du cœur, des réservoirs gastriques que nous soulignions tout à l’heure, ont une grande importance non seulement au point de vue laitier et beurrier, mais encore au point de vue général. Ces bêtes diminuées dans leur format, deviennent en même temps moins résistantes aux maladies. Ainsi, on a remarqué que certaines affections contagieuses, comme la tuberculose, la diarrhée chronique, l'avortement épizootique, sont loin de battre en retraite. Les vaches sont aussi moins bonnes reproductrices : on ne pourra trouver dans leur descendance mâle un bon

géniteur, bien musclé ; les produits femelles seront de plus en plus étroits et inaptes à la reproduction. On ne peut manquer d’aboutir, dans ces conditions, à la dégénérescence de la race.

En résumé, ces constatations ne sont pas rassurantes, et, à notre avis, il faut abandonner définitivement l’orientation du format vers l’ancien type théorique laitier.

Mais, y a t'il vraiment un « type laitier » ? Il est certain que de nombreuses vaches de format réduit sont de bonnes laitières. Mais, il en est beaucoup d’autres, en revanche, qui remplissent les mêmes conditions de format et qui sont de médiocres productrices. Ces différences de rendement apparaissent plus nettement dans un même élevage où des sujets de type identique sont loin de donner des résultats de valeur égale au contrôle laitier. Là, on s’est rendu compte, en faisant le contrôle de la nourriture et de la production, que la quantité de lait est proportionnelle à la consommation.

D’autre part, on peut rencontrer d’excellentes laitières qui ne réalisent pas ce type. On en trouve dans toutes les races fortes laitières, et, chose plus curieuse encore, dans des races surtout aptes à produire de la viande, telles la race Charolaise, la race Limousine, la race Durham. « Nous avons gardé le souvenir d’une vacherie d’un nourrisseur de la banlieue de Bourges qui n’était peuplée que de Charolaises exploitées uniquement pour le lait ». (Professeur DECHAMBRE). La race Maine-Anjou a fourni des concurrentes aux concours laitiers. On leur contrôla des rendements de 44-45 kilos de lait en 48 heures. La conformation peut donc se modifier, un important rendement en lait restant possible. Nous pouvons illustrer cette thèse par l'exemple de la flamande Muguette, à M. NanTois, à Bouret-sur-Canche (P.-de-C.). Cette vache, plusieurs fois championne au concours des reproducteurs à Paris, toujours vantée pour sa silhouette harmonieuse et musclée, a donné, au cours de sa lactation 1932- 1933, 6.882 kilos de lait et 355 k. 410 de beurre. Au concours général de 1933 à Paris, elle confirma cette performance, en donnant, en 24 heures, 33 k. 875 de lait et 1 k. 642 de beurre. Nous avons pris les mensurations de

ce beau sujet, ainsi que celles de quelques autres laitières de grosse production :

Muguette Hérode La Fleur Cocotte 10 ans 10 ans Adulte Génisse

4 dents Hauteur au garrot ..... 1m:32 tm 340t om 39 ion 15 Hauteur de la poitrine . Om.82 Om.84 Om.77 O0 m.69 Périmètre thoracique ... 2m.05 2m.20 2m.02 1m.93 Longueur scapulo-ischiale 1m.58 1m.64 1m.82 1 m. 80 Largueur des hanches... Om.62 Om.67 Om.61 O0 m.58 Largeur des ischions ... 0m.46 0m.48 O0m.38 Om. 34 Tour/dû/CAnOUe Om.21 ÔOm.24 O0Om.20 O0m.19

Muguette est une vache de forte corpulence, bien plantée. Sans nul doute, sa cage thoracique est haute, ample. On peut toutefois lui reprocher de manquer un peu de longueur. Hérode présente aussi ce léger défaut, mais, comme sa compagne d’étable, elle appartient quand méme au groupe des femelles de grand développement. De même que la Fleur et Cocotte, elles présentent une certaine finesse. Ce signe laitier est très important et passe encore avant la conformation. La Fleur et Cocotte sont également bien charpentées, plus longilignes que Muguette et Hérode. D’ailleurs, Cocotte vient d’obtenir, au concours général de conformation de Paris, un premier prix supplémentaire parmi les génisses ayant six dents de remplacement et La Fleur le troisième prix des vaches ayant plus de 6 dents de remplacement.

Les productions de ces quatre sujets vont montrer que des vaches bien conformées peuvent produire autant que celles du type laitier. Nous avons donné précédemment quelques résultats du contrôle de Muguette. Hérôde provient du même élevage : elle a remporté en 1932 le championnat laitier et beurrier de la meilleure vache de France en fournissant 8.330 kilos de lait et 468 k. 13 de beurre. Cette année, sa production est de 8.526 kilos de lait et 479 kilos de beurre pour une lactation de 300 jours, ce qui constitue une magnifique performance.

La Fleur, appartenant à M. Adolphe JESSENNE, de Saint-Amand, a obtenu aussi à Paris le 15° prix de pro-

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