‹ L'Élevage du Cheval dans les Hautes-PyrénéesChapitre 16 sur 23 · SR LE · texte numérisé non relu

SR LE

18 mois à 3 ans vers le Gers, la Haute-Garonne et jusqu’en Vendée où leur squelette se développait. On exportait vers l'Espagne.

Ces animaux servaient à la selle, au trait léger. Les plus médiocres faisaient des chevaux de fiacre.

La renommée du cheval de la plaine de Tarbes dépassait nos frontières.

M. GRABENSÉE, directeur du haras allemand de Celle, fit une tournée aux environs de Tarbes et de Bagnères où le retinrent le haras de M. Comet et celui de M. Dulac à Montgaillard.

« L'Orient excepté, conclut M. GRABENSÉE dans son rapport, pas un pays au monde ne possède autant de sang réuni. Répondant à la noblesse de leur ascendance, les chevaux tarbais sont extrêmement aptes au travail et $ardent cette qualité jusqu’à l’âge le plus avancé. Ainsi, les chevaux de paysans, attelés aux « jardinières », traînent 10 à 12 personnes sans compter les bagages, viennent de loin et trottent tout le temps. » Il note d’autre part l’excellence des chevaux de fiacre tarbais.

De même, M. ŒTHEM, Conseiller d'Agriculture de l’Oldenbouré, envoyé par le Ministère des Affaires Etrangères allemand faire une étude sur l’élevage français, notait les qualités des chevaux des hussards et des chasseurs remontés en érande partie par le dépôt de

Tarbes.

Chaque année les étrangers achetaient les meilleurs produits des Hautes-Pyrénées. C'’étaient les Roumains, les Italiens, les Espagnols, les Grecs, les Etats de l’Amérique du Sud, les Japonais. Ces derniers n’hésitaient pas à payer des prix fort élevés les bons éléments. En 1899

Dre

ils payèrent 20.000 francs le cheval Furet, fils de Tantale : et de Kioumi, né à Tarbes chez M. Fourcade-Peyraube qui, les deux années précédentes, leur avait vendu deux anglo-arabes, Amer et Fédor.

CRISE DE L’ELEVAGE

- En 1900, l’élevage fut à son apogée. De nombreux éleveurs bigourdans furent récompensés à l'Exposition Internationale Hippique de Vincennes.

A la suite de cette Exposition, par arrêté du Ministère de l’Agriculture en date du 27 octobre 1900, sur la même promotion que les anciens maîtres des Ecoles Vétérinaires :

— M. Saturnin ARLOING, directeur à Lyon ;

— M. Gustave BARRIER, directeur à Alfort, élevés au £grade de commandeur du Mérite agricole. Et :

— M. Bertrand-Prosper LAULANIE, directeur à Toulouse, élevé au grade d’officier, sont élevés au grade

d’officier :

— M. FOURCADE-LARY, propriétaire-éleveur à Vieille- Adour (Hautes-Pyrénées) : « Nombreuses récompenses à l'Exposition Universelle de 1900 (Exposition Internationale Chevaline). — Chevalier du 18 octobre 1859. »

__ M. Ulysse SEMPÉ, propriétaire-éleveur à Tarbes : « lauréat de l'Exposition Universelle de 1900 (Concours International de Vincennes). — Chevalier du 6 jan-

vier 1890. »

__ M. Louis CAZÈRES, propriétaire-éleveur à Sarrouilles, est élevé au grade de chevalier : « Plusieurs

Ja ’

récompenses à l'Exposition Universelle de nn (Exposition Internationale Chevaline. »

Mais bientôt, dès 1910, la crise de l'élevage de l’anglo-arabe se fit sentir. |

M. LABPAT, directeur de l'Ecole Vétérinaire de Toulouse, écrivait en 1913 :

« L'élevage du cheval a été de tout temps la grosse affaire dans le Sud-Ouest ; actuellement elle traverse une passe difficile qui donne lieu aux plus vives préoccupations. Certains éleveurs ont abandonné la partie, d’autres s’apprêtent à imiter les premiers. »

Dans le Sud-Ouest l’élevage représentait les deux tiers de ce qu’il était deux ans auparavant. L'’effectif de 27.419 poulinières de demi-san$ tomba à 17.887. Les départements les plus éprouvés étaient les Basses et Les Hautes-Pyrénées, et surtout la Haute-Garonne.

À la même époque, un vieil éleveur du Gers disait : « Les poulains se font de plus en plus rares, et le temps n’est plus où nous n’avions qu’à aller à la foire de Castelnau-Magnoac (Hautes-Pyrénées) en décembre pour y acheter des poulains qu’on pouvait prendre en quelque sorte les yeux fermés, et qui se développaient admirablement dans nos propriétés du Gers. Allez maintenant à Castelnau, vous n’y trouverez plus que des mules. » :

Le nombre des juments saillies dans les Hautes-

Pyrénées passa de 4.568 en 1900, à 3.062 en 1911.

Cette crise était due au développement des voies ferrées et surtout à l’apparition du moteur. Depuis longtemps déjà les hommes de cheval avaient senti la concurrence que l’automobile ferait au cheval. Dans la Revue des Haras de 1889, on pouvait déjà lire :

AR ADEErS

« On avait annoncé la fin prochaine du cheval. On aura la charité de ne pas faire allusion à la disparition plus ou moins éloignée d’un moyen de locomotion qui changeait des $ens du monde en scaphandres, portant des lunettes affreuses rivalisant de talent avec les mécaniciens des chemins de fer, au lieu de maintenir par l’exercice du cheval l’élésance des formes. »

L’année suivante cette même revue nous disait que le Bois de Boulogne n’était plus qu’un vaste champ d'entraînement pour automobiles, ces machines meurtrières sillonnaient les allées en tout sens à des allures désordonnées, assourdissant le promeneur paisible.

L’éleveur manquait de plus en plus de débouchés sérieux autres que la remonte, en raison de la traction mécanique qui faisait disparaître chaque jour davantage les chevaux d’attelage léger. On constata l’abandon de l’équitation, alors que tous les autres sports étaient en honneur ; on parla de moins en moins d’écurie et de remise, mais de garage.

En un mot, les déchets de la remonte étaient inutilisables. Or, les prix de chevaux de remontes n'étaient sSuère rémunérateurs. La production mulassière, très prospère dans la région pyrénéenne et l’élève beaucoup plus facile et plus rémunératrice de tous les autres animaux de ferme concurrençaient l’élevage du cheval.

Car, comme nous le montre GALLIER en 1919, le prix de revient d’un cheval destiné aux remontes auxquelles il sera vendu à trois ans et demi est élevé ; bien plus élevé, par exemple, que celui d’un cheval de trait qui de bonne heure paie sa nourriture par son travail.

Cette crise amorcée dès 1910 n’alla qu’en s’accen-

Page 1