‹ L'Élevage du Cheval dans les Hautes-PyrénéesChapitre 6 sur 23 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

trop bien aisée pour séjourner chevaux, de bons foins, de bonnes avoines et belle rivière... » 1E

Les étalons étaient des andalous. Le voisinage de l'Espagne a nécessairement fait naître des rapports fréquents avec ce pays. re

Gaston IV, vicomte de Béarn, revint en 1099 de la Première Croisade et ramena des étalons arabes. Il est à croire que comme lui les autres Croisés revenus dans leurs petits Etats ramenèrent des étalons arabes dont ils avaient pu apprécier les qualités en Palestine.

Les fors et coutumes du Béarn qui datent du XI° siècle et furent remaniés au XIIH° et au XIV* siècles, sont rédigés en langue romane et ont servi de modèle aux autres fors et coutumes qui ont été en vigueur dans toute la région pyrénéenne occidentale, disaient :

« Tout poulain qui n'aura pas à 18 mois une taille et un développement suffisant sera castré. Les étalons seront soumis à un examen préalable et à des revues annuelles. On écartera de la production et on castrera ‘tous ceux qui seront tarés et défectueux. Leur nombre sera proportionné à celui des poulinières.

» Le tout sous peine de confiscation. »

À cette époque, l'élevage du navarrin était florissant. La prospérité chevaline était le résultat même de l’organisation sociale et des mœurs du temps. En effet, il y avait alors des relations intimes entre la production et la consommation. Ces deux faits, si distincts aujourd’hui, étaient réunis dans la même main. Chacun se piquait d’être homme de cheval.

Les comtes de Bigorre et leurs nombreux vassaux habitaient leurs domaines et sans cesse occupés de suerre

PS à

ou de-chasse, trouvaient leur intérêt, leur plaisir, leur force, leur gloire aussi à produire et à perfectionner sans cesse le principal. instrument de leur puissance.

‘Les diverses chartes renfermaient des prescriptions relatives à l'élevage. Les abbayes possédaient nombre de chevaux. Les seigneurs avaient leurs haras particuliers, ils en avaient besoin pour équiper leurs vassaux et leurs hommes d’armes. Ces vassaux eux-mêmes avaient des propriétés où ils nourrissaient des chevaux pour s’en servir dans les batailles.

Il y avait des obligations du vassal au suzerain, notamment l’ost et la chevauchée, c’est-à-dire le service militaire dû par les sujets et vassaux à leur suzerain. Lorsque le seisneur publiait le « ban » ou déclaration de guerre, les vassaux venaient prendre du.service seuls ou avec un certain nombre d'hommes et de chevaux.

En ces temps de guerres continuelles, la cavalerie jouait un rôle important. En période de paix, les sei- Sneurs chassaient.

De plus il n’y avait pas de routes, c’est à cheval que ‘l’on se transportait à travers le pays.

à Ce qui montre bien l'importance que le cheval avait

prise en ce temps-là, ce sont les ordonnances de Saint LOUIS qui punissaient de la perte dés yeux le voleur de chevaux, alors que, sous DAGOBERT, la destruction d’un étalon était assimilée, dans l’échelle des sanctions pénales, à celle d’un chien de chasse.

TÉMPS MODERNES

Le régime féodal prit fin sous Louis XI qui acheva

l’œuvre de ses prédécesseurs.

Les progrès de l'artillerie, au XV* siècle, changèrent

complètement les conditions de la guerre. Les lourds chevaux bardés de fer n’eurent plus de rôle à jouer dans les combats. =

Les chevaux plus légers, au contraire, tels que les palefrois, furent de plus en plus utilisés. LOUIS XII créa, sous le nom de stradiots ou estradiots, les premiers corps dé cavalerie légère recrutés parmi les Italiens et les Albanais. Mais ceux-ci furent bientôt remplacés par une cava- - lerie nationale et appelés argsoulets, arquebusiers à cheval et remontés en chevaux de la Navarre, du Limousin et : de l’Auvergne.

L'élevage du navarrin n'eut donc pas à souffrir, comme celui des autres races plus lourdes et plus grandes, de la disparition du régime féodal. Au contraire il prit un nquvel essor pour fournir de plus en plus de chevaux à la cavalerie légère. Cet état de choses dura pendant toute la durée des guerres d'Italie aux XV° et

XVI* siècles, où « les Gascons avaient des chevaux terri- -

bles, accoutumés de virer en courant »,.nous dit MON\- TAIGNE.

Au xvI° siècle, durant les guerres de religion, Blaise

. DE MONLUC dans ses commentaires et MONGOMMERY nous

disent combien la cavalerie prenait une part active à cette guerre et donnent des détails de leurs randonnées qu'on appellerait aujourd’hui raids hippiques, d’où ressortent les qualités et surtout l’admirable résistance des chevaux navarrins. |

Ces chevaux étaient aussi d'excellents chevaux de voyage. Marguerite DE VALOIS, mariée à Henri DE. NAVARRE, écrivait, en 1549, des g$ens prenant les eaux à Cauterets quittant la localité à la suite de pluies torrentielles :

FR Se

« L’Abbé de Saint-Savin leur fournit de bons chevaux du Lavedan, de bonnes capes du Béarn, force vivres pour arriver à Notre-Dame-de-Sarrance. »

Henri IV mit fin aux guerres fratricides. Son ministre SULLY fit organiser des remontes dans le Béarn, le Bigorre et le Foix, « car, écrivait-il, ces chevaux ont de la qualité et surtout une $rande résistance aux fatisues ».

ADER, en 1610, dans un poème écrit en langue d'Oc : « Le Gentilhomme gascoun », nous décrit le cheval de cette époque :

:& IT a la tête petite, étoilée, courte oreille, érands naseaux, œil ouvert, flamboyant, toujours en éveil, bouche fraîche, encolure redressée, les crins rudes, large poitrail, le pied rond, jambe sèche, bien pris dans sa croupe, poil alezan brûlé miroité, longue queue, ouvert dans ses hanches comme les ailes d’un milan, découpé et gros de moyenne façon, alerte, fin comme son maître, hennissant, bon coureur, grattant la terre, bon sauteur, impétueux à la course et ayant bon air au manège, ne boudant jamais au travail, jamais las, connaissant bien son maître, ami de l’épée, mutin surtout quand il entend tambours et trompettes. »

D'après un manuscrit de 1614 par Guillaume Mou: RAN, l’élevage du cheval était en honneur dans les montagnes, les Azunois avaient des chevaux « plus généreux que nuls autres du Lavedan, car ils approchent du naturel du genêt d’Espagne ». Il s’en faisait un grand commerce aux trois foires tenues à Lourdes chaque année.

Il se faisait en effet en ce temps-là grand commerce de chevaux. Les voitures étaient rares. Du temps d'HENRI IV il y en avait quatre à Paris, et tout le monde allait à cheval.

pres RICHELIEU

Page 1