‹ L'élevage humainChapitre 10 sur 26 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La bicyclette, le teunis, le football, le rowiiie, la natation, le golf, l'équitation, la chasse, les sports d'hiver, la boxe, la lutte. — L'exercice selon les forces, l'âge et les professions.

Les sports proprement dits représentent le couronnement de tonte éducation physique. Ils sont suceptibles de divertir, de développer la résistance et l'adresse et d'amener la perfection physique à son plus haut degré. Mais il convient, pour cela, qu'ils ne se bornent pas à être de simples jeux hygiéniques. L'équitation de promenade, l'escrime d'amateur, la chasse bi ou tri-hebdomadaire ne sont pas des sports. Ces pratiques laissent à l'obèse sa tare, au névropathe sa maladie, à l'arthritique sa diathèse. Par contre, la course à pied, l'escrime, la boxe de combat et la lutte méritent le nom de sports, car elles mènent, peu à peu, ceux qui les pratiquent à une bonne condition organique. Le sport est le terme de l'éducation physique.

Les jeux de nos garçons sont excellents chaque fois qu'ils mettent en action la plénitude de leurs

moyens musculaires. Nos filles ne jouent pas assez. Leurs maîtresses ne paraissent pas avoir encore acquis une compréhension exacte des besoins physiologiques de leurs élèves.

Chaque pays a ses jeux, conformes aux dispositions anatomîques et psychiques dominantes de la population. Depuis quarante ans, nous nous efforçons, par mode, de nous adaj)ter à certains jeux anglais et américains. Nous n'y parvenons guère Nous serons toujours battus par les Anglais au football et aux eourses d'aviron, mais nous les battrons au tennis et nous les battrons bientôt à la boxe. Nous ne triompherons jamais dans les jeux stratégiques basés sur l'exécution disciplinée de manœuvres d'ensemble. Mais nous excellerons dans les sports qui favorisent l'expansion de l'individualisme et de la combativité individuelle. Les sports systématiques nous ennuient. Nous devrions revenir à nos jeux nationaux vraiment adéquats à notre physiologie et à notre morphologie.

La modeste bicyclette a été la grande rénovatrice. C'est à son usage qu'il faut faire remonter les origines du mouvement sportif contemporain. Elle représente un engin de travail physique excellent. L'allure, dans une cure d'obésité, doit atteindre 20 à 22 kilomètres à l'heure et être maintenue pendant deux heures. Le train de route de 12 à 15 kilomètres à l'heure sera réservé, sans jamais être dépassé, aux enfants, à partir de la huitième année, aux personnes âgées et aux femmes. Contrairement à une opinion généralement admise, ces dernières, lorsqu'elles sont bien portantes, n'ont rien à redouter de l'usage de la bicyclette. Cet

ÉDUCATIOIV SPORTIVE 113

exercice n'a jamais causé la moindre lésion des organes génitaux. Enlin il est le plus efficace de tous les sports pour favoriser le développement tlîoracique des enfants à poitrine étroite.

D'une manière générale, il faudra rechercher la sudation toutes les fois qu'on voudra agir efficacement sur l'organisme. Au début de chaque promenade, il conviendra d'adopter un rythme (40, 50, 60, 70 coups de pédale par minute) qui sera autant que possible conservé du départ à l'arrivée. On y par\ient aisément par un entraînement approprié basé sur l'automatisme des centres nerveux. Pour que la bicyclette agisse d'une façon parfaite sur la nutrition, pour qu'elle augmente réellement la ventilation pulmonaire et l'oxygénation du sang, pour qu'elle produise l'excitation de toutes les fonctions -sitales, il faut que le bicycliste ne se préoccupe que d'une seule chose: conserver le rythme.

La bicyclette ne doit mettre en jeu que l'automatisme physiologique. A ce point de 'soie et en raison de la position assise du bicycliste, son usage est moins fatigant que la marche. Des femmes et des névropathes qui sont incapables de franchir à pied un ou deux kilomètres en font quinze à bicyclette sans éprouver de lassitude. Leur sommeil est ensuite plus paisible, leur appétit meilleur, leur digestion s'allège et ils ne tardent pas à éprouver la sensation de bien-être qui suit l'excitation de toutes les fonctions vitales.

On a accusé la bicyclette de favoriser le surmenage et la dilatation du cœur. Oui, si on s'y adonne avec excès. Il est imprudent, notamment,

lli l'élevage iiumaln

que les enfants et les femmes roulent en vitesse. Ce sont là des exagérations condamnables. L'usage intensif de ce sport ne peut être conseillé en aucun cas. il conduirait infailliblement à des lésions organiques du cœur. Tandis que les coureurs de vitesse qui se livrent à des efforts puissants mais brefs, sont généralement vigoureux, doués d'un souffle inépuisable et d'un cœur résistant, les coureurs de fond usent très rapidement leurs réserves organiques et finissent comme des cardiaques. Chacun choisira son rythme suivant ses possibilités organiques, mais une fois son choix établi, il ne sortira plus de son allure.

Le tennis est un sport savant. Il nécessite des joueurs beaucoup de temps pour arriver à l'habileté compatible avec les déplacements essoufflants, successifs et rapides, qui seuls, produisent les effets physiologiques utiles.

Après une heure de jeu, on n'observe pas toujours chez les joueurs ordinaires la sudation, l'accélération du rythme c<irdiaque, ni l'essoufflement. C'est beaucoup de temps dépensé pour un maigre résultat. Le tennis mondain est un exercice inventé pour personnes ennemies de l'effort violent et efficace; ce n'est pas un sport. Il plaît surtout aux neurasthéniques, aux nerveux, aux débilités.

Ce qui précède ne s'applique pas, bien entendu, au jeu des professionnels, qui réclame au contraire de l'adresse, du coup d'œil et provoque des contractions extrêmement rapides et généralisées de tous les muscles, en même temps qu'une grande fatigue nerveuse nécessitée par l'attention.

ÉDUCATION SPORTIVE Ho

Le football réunit les avantages de la course et de la lutte. Il rend ceux qui le pratiquent régulièrement vites, adroits et forts. Mais l'entraînement au football réclame une surveillance étroite, car il nécessite des joueurs la possession de moyens physiques de premier ordre. Beaucoup de jeunes gens sont forcés d'abandonner ce jeu trop violent pour leur faible résistance.

Le rowing ou pratique des sports d'aviron est beaucoup plus en faveur chez les Anglo-Saxons que chez nous. Il développe surtout les muscles dorsaux et ceux des membres supérieurs; il favorise beaucoup le jeu de l'automatisme nerveux. A ce point de vue, il est très utile pour redresser les dos ronds et les colonnes vertébrales difformes.

La natation que nous ignorons, que presque personne ne pratique systématiquement en France, est le premier de tous les exercices au point de vue éducatif, athlétique et utilitaire. Elle agit doublement par l'action tonique générale de l'eau froide et par l'action sportive. Quel que soit le mode de natation adopté, tous les muscles des membres, du tronc et de l'abdomen se contractent pour stabiliser et faire progresser le corps dans l'eau. Cet exercice qui met en action l'ensemble de la musculature est celui qui libère dans un temps donné la plus grande quantité d'acide carbonique et produit, par suite, le plus d'essouflement.

Nous n'avons pas de piscines permettant la pratique de ce sport et sa généralisation. Il n'en est aucun cependant qui agisse plus efficacement sur la circulation, la respiration, le développement

musculaire et l'éducation coordinatrice des centres nerveux.

L'automobile excite l'appétit quand on en fait modérément, mais conduit les « rois du volant » à l'épuisement nerveux, à la dyspepsie, à la dépression générale. Ce mode de locomotion a contribué à supprimer la marche dans la bourgeoisie et dans l'aristocratie. Bientôt, nos membres inférieurs ne supporteront plus que des corps surchargés de graisse, déformés par le rhumatisme et infiltrés d'acide urique.

L'automobilisme est dangereux pour les artérioscléreux, les aortiques et les cardiaques, par l'élévation de la tension artérielle qu'il provoque; pour les tuberculeux, par l'élévation de température qui suit les longues randonnées.

Le golf qui oblige quelquefois à parcourir un nombre respectable de kilomètres est un exercice inférieur à la marche sportivement réglée. Crosser proprement une balle demande de la force et de l'adresse; mais au total, la dépense d'énergie est trop faible pour qu'on retire de ces manœuvres un véritable bénéfice. Ce geste est secondaire. Ce qu'il faut surtout louer dans le golf, c'est le moyen détourné de faire franchir des distances importantes à des personnes qui ne quitteraient pas leur chaise si elles n'avaient l'attrait du jeu.

Véquitation de promenade est un Siport excellent... pour la monture. L'équitation de chasse, de dressage et d'entraînement est au contraire utile au cavalier qui doit faire preuve d'endurance, de courage, de souffle et se soumettre même à un régime approprié.

La chasse est un bon sport à condition d'être quotidienne et non suivie de gros repas.

Dams l'état d'organisation où ils sont arrivés aujourd'hui, en Suisse notamment, les sports d'hiver représentent une série d'exercices de plein air fort recommandables. Ils sont surtout avantageux pour les médecins, les avocats, les étudiants, les employés et, en général, pour tous ceux qui sont plus ou moins condanmés à une vie sédentaire et confinée. Mais il faut se garder qu'ils soient prétexte à surmenage digestifs.

liescnme est un sport qui, comme le tennis, demande trop de temps pour le rendement physiologique obtenu. Hors du professionalisme, il représente un exercice généralement insuffisant. Il faut des années pour devenir im véritable escrimeur. Alors seulement, la vivacité et la violence du jeu peuvent exercer une action salutaire sur le cœur et les poumons. De plus, la tactique, la combinaison des cou'ps et le travail cérébral, inséparaibles des actes qui coiiistituent les mouvements d'Attaque et de parade, sont une <?au'se certaine de fatigue et de dépression nerveuse.

Le ]'iu-]'itsi(, la lutte et la boxe sont des exercices de force par excellence. Ils se limitent de plus en plus à ceux qui en font métier. Pour y exceller, il faut être un athlète complet. Ils sont particulièrement essoufflants et réclament une grande endurance, de la vitesse et de l'agilité. Les athlètes modernes les plus proches des antiques au point de vue des formes se rencontrent parmi les boxeurs bien entraînés. Il est vrai que pour maintenir leur condition, ils doivent suivre un

entraînement très sévère, se livrer à la marche, à la course à pied, au saut à la corde, développer leurs fonctions circulatoires et respiratoires et acquérir du fond en vue des combats de longue durée.

J'ai déjà dit toute l'importance de l'éducation physique au point de vue de la rénovation de la race. Mais la technique en est différente selon le lieu, l'âge et le sexe. De la sixième à la douzième année, nos enfants devront chaque jour marcher et courir pour leurs jeux pendant plusieurs heures. De 12 à 18 ans, ils se prépareront à l'exercice ultérieur des sports en pratiquant pendant leurs récréations les mouvements naturels d'Hébert, tels que la course et le saut, le lancer, le lever et le grimper. Nos lycées devraient être, dans ce but, munis du matériel et des quelques agrès nécessaires, peu coûteux d'ailleurs, mais indispensables. Ce n'est qu'après l'adolescence que les sports peuvent être énergiquement pratiqués.

Ce qui précède s'applique aussi bien aux garçons qu'aux filles. Les médecins constatent de plus en plus fréquemment des anomalies de formation chez ces dernières et l'établissement des règles douloureuses chez celles qui grandissent sevrées de toute culture physique. De plus, l'usage prématuré du corset, en gênant l'amplitude du développement thoracique, les prive de l'aliment respiratoire, de l'oxygène, plus nécessaire aux autres fonctions que la plus riche alimentation digestive. Ce qu'il faut d'abord développer chez nos filles, c'est une bonne tenue générale du corps, une rectitude vertébrale impeccable, l'effacement

des épaules et une grande capacité respiratoire qui les mettra à l'abri de toute possibilité de tuberculisation.

C'est en assurant le développement de la femme qu'on améMore la race. La valeur de l'une est un garant de la valeur de l'autre. Lorsque les mères elles-mêmes, ayant bénéficié des bienfaits de l'éducation physique, entreprendront à leur tour l'apostolat et la propagande en faveur des pratiques ûe cette éducation, le sort et la santé des enfants seront meilleurs qu'il ne l'ont jamais été.

La prétendue émancipation des femmes qui a pour principal inconvénient de détourner quelque peu nos fenuues de leur destinée première d'épouses et de mères, n'a rien changé à leur éducation physique. C'est par là qu'il faudrait commencer. La marche, les jeux, la course, la natation, le tennis et la bicyclette sont les exercices qui conviennent particulièrement aux femmes. Elles acquièrent par eux des formes élégantes et vieillissent moins vite. C'est à la sédentarité qu'il faut attribuer l'horrible hypertrophie de ces malheureuses obèses dont les chairs croulantes s'effondrent dans les sièges.

Cependant un visage lunaire, un menton à double et triple saillie, des yeux cachés par les bourrelets des paupières, des hanches débordantes, des seins énormes et flasques, des bourrelets de chair barrant l'abdomen, des fesses immenses, un sexe qui, ne participant pas à l'adipose, finit par disparaître à la vue, complètement submergé et frigide, des boursouflures circulaires aux poi-

120 l'élevage ijl.maln

gnels et aux chevilles, une peau pâle et par places d'un rouge écarlale, représentent un ensemble de formes qui n'ont jamais séduit personne.

C'est contre la sédcnlarité, cause de telles infirmités que nous devons le plus nous élever.

Les exercices physiques sont utiles à tous les âges, même au seuil de la vieillesse. Les goutteux, les asthmatiques, les emphysémateux, les obèses, les diabétiques, qui, aux environs de la soixantaine, guérissent radicalement par le simple usage d'une gymnastique appropriée, sont de plus en plus nombreux. Les résultats de l'exercice physique sont remarquables chez les vieilles gens. Il n'est pas question ici de guérir les infirmités de la pleine sénilité, mais de reculer l'époque de la déchéance et de la cachexie définitives. En quelques mois, on peut obtenir un rajeunissement remarquable, redresser la taille, supprimer son empâtement, donner au visage le coloris de la bonne santé, rendre aux membres leur souplesse et à la démarche son élasticité, faire renaître le sommeil, l'appétit et les forces.

Les hommes qui ont sagement pratiqué pendant leur vie la gymnastique et l'entraînement conservent longtemps l'endurance, la verdeur et l'aspect de la maturité. C'est la sédentarité qui achève les vieillards. L'exercice modéré et lent, adapté à leurs faibles forces, en régularisant la désassimilation et en excitant l'assimilation, recule les limites de leur existence. A tout âge, on peut espérer une réforme heureuse d'un organisme encombré de toxines et de poisons.

Le principal obstacle que l'hygiéniste rencon-

tre quand il conseille la pratique des sports ou du mouvement, c'est le manque de temps. Personne ne trouve le moyen de consacrer systématiquement, chaque jour, une demi-heure à la culture ph3^sique. Certains, ayant obtenu après quelques semaines ou après quelques mois le résultat désiré, reviennent à leur inactivité. C'est un calcul excellent que de ne pas laisser tomber notre corps en déchéance. Nous y trouvons toujours notre avantage. Le mens sana in corpore sano était la formule de Juvénal et aussi celle des Romains intelligents de son époque. -Sa mise en pratique nous procurera toujours cet heureux équilibre physique et moral hors duquel il n'est dans la vie ni joie véritable, ni bonheur durable.

Page 1