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des idées reçues, nous ne nous apercevons plus qu'une personne dotée d'une saillie aibdominale est aussi disgracieuse et difforme que celle qui est atteinte d'une gibbosité dorsale. Les femmes et les hommes civilisés ont perdu les signes caractéristiques des reliefs musculaires des membres. « On « peut dire que les plus beaux bras et les plus « belles épaules féminines, chez les citadines, ne « sont que des sacs informes, fourrés de graisse « autour des articulations, et dans lesquels il «st (' impossible de retrouver les lignes primitives « qui en feraient la beauté. Sur ce point, comme « sur tant d'autres, le goût moyen est complète- « ment altéré (1). » Nos attitudes sont modifiées par les déformations de la colonne vertébrale, par l'insuffisance respiratoire, par l'insuffisance digestive et surtout par la dépression nerveuse dont les civilisés souffrent plus que les autres hommes. Ce sont là autant de châtiments infligés à ceux qui méprisent le développement corporel et ne se préoccupent que de la eulture intellectuelle.
Les cœurs défaillants à la moindre fatigue, les estomacs en atonie, les foies et les reins déficients sont légion. Un quart des décès parisiens peuvent être imputés aux maladies de cœur et des vaisseaux sanguins. L'angine de poitrine, l'urémie, l'hémorragie cérébrale, les varices, 'les phlébites sont partout. Pourquoi? Parce que notre vie se passe dans l'immobilité, dans la position assise ou
(1) D' Francis Heckel. — Cultiu-e physique etcm;££..i;Ê2ercice Masson, Editeur. ^f<^^!vefsJtas^
BiBUOTHECA
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couchée, dans la sédentarité. Le luxe, le confort, tous les perfectionnements techniques tendent à la suppression de l'effort physique qui est cependant indispensable à la bonne santé. Sans lui surviennent l'atrophie musculaire, le ralentissement de la circulation, la demi-as-phyxie permanente par défaut d'oxygénation, enfin l'artériosclérose par suralimentation. Le citadin est debout deux ou trois heures sur vingt-quatre. Le reste du temps, il est assis ou couché. Cette existence le pousse fatalement à la tristesse et au pessimisme.
La perfection de la forme physique s'allie à la noblesse du visage, même chez les hommes d'une extraction médiocre. La bestialité athlélique qu'on a représentée comme un résultat constant de l'entraînement s-portif provient toujours d'exercices physiques absolument excessifs, aussi préjudiciables à la bonne santé que l'inertie.
D'instinct, nous préférons l'homme sain, bien équilibré, qui se redresse et marche la tête haute, au déprimé nerveux, irritable, préoccupé, qui longe les murs de la cité, d'un pas lassé et le front incliné vers la terre.
Nous n'avons pas en vue la formation de sujets d'une puissance physique exception<nelle, mais d'individualités équilibrées.
Nous avons, pour mous montrer ce que ^l'homme norma'l doit être, les exemplaires splenidide« de la statuaire grecque. Ce s&nt les prototypes. Ils n'ont rmi pordu de l'cur valeur documen-
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taire et représentent encore au >T[ngtième siècle les plus beaux échantillons de formes qu'un être humain puisse réaliser.
Parmi les professionnels de l'athlétisme, on rencontre beaucoup d'hommes qui n'ont d'athlètes que le nom et sont de véritables déséquilibrés fonctionnels. Ce n'est pas là im état physique idéal; il résulte d'une euitraînemeint excessif. Le point auquel il nous faut parvenir est seulement d'élever la race dans une énergique éducation corporelle.
Nous avons contre nous le mysticisme de certaines religions qui exalteront toujours l'éthique au détriment de l'esthétique. Mais à de certains symptômes précurseurs, il est permis de deviner que ces religions sont disposées, dès maintenant, à concilier les exigences du dogme avec les aspirations d'une race qui s'est ressaisie et veut vivre.
La guerre a eu un résultat que n'avaient obtenu ni les exhortations des pédagogues, ni les prédications des moralistes. Aujourd'hui, beaucoup de personnes sont prêtes à s'astreindre, pour devenir des athlètes passables, à des renoncements, à une discipline et à des efforts continus.
Les médecins devraient être les initiateurs de l'éducation physique. Mais enfermés, dans un traditionnalisme d'école inextirpable, absorbés souvent par les devoirs journaliers d'une profession qui ne leur laisse que peu de loisirs, ils ne paraissent pas disposés, jusqu'à présent, à répandre les principes de l'éducation physique. Hommes de cabinet, dont le mode de vie individuel comporte peu l'éducation sportive, les médecins sont obligés
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souvent de faire un véritable effort, qu'ils considèrent comme une dure concession, pour appliquer à certains malades ces moyens d'éducation et de rééducation physique dont l'emploi est si fréquemment couronné de succès.
A cette pénurie d'initiateurs s'ajoutent les erreurs qui me manquent jamais aux premières réalisations pratiques d'idées nées de la veille. La gjTunastique amorosienne a régné pendant près d'un siècle; on l'a remplacée par une méthode venue de l'étranger et qui, si elle convenait aux Suédois, ne convenait aucunement à notre race. L'engouement fut aussi href qu'il avait été vif. On revient aujourd'hui aux procédés qui prétendent simplement aider le développement physique normal de l'adolescent et qui réalisent pour le corps ce que le maître fait au lycée pour l'esprit.
Sainte-Beuve confessa jadis que la gloire de son pontificat littéraire ne pouvait, dans une juste balance, équilibrer les joies d'un lieutenant de hussards. Etre une bête robuste est un orgueil qui en vaut un autre. Le blême intellectuel est aujourd'hui mal coté. La nature finit toujours par reprendre le dessus. La sélection et le perfectionnement des sujets sains sont à l'ordre du jour. Nous voulons redevenir une race d'élite au physique autant qu'au moral.
Comment y parvenir ?
Par l'équilibre de toutes les fonctions organiques.
Comment assurer cet équilibre?
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Par le mouvement sous le soleil.
La ligue des collèges id'athlètes et des stades municipaux fondée par le marquis de Polignac a eu pour but de généraliser une méthode d'éducation physique — celle de Georges Hébert — qui a fait ses preuves à Lorient et à Reims. Elle est peu coûteuse, facile et gaie; elle utilise un minimum d'agrès.
Si j'insiste ici d'une façon particulière sur la méthode d'Hébert, c'est parce que je crois fermement que dans l'état actuel de notre race, la santé de la France dépend de quelques pistes pour courir, de quelques haies pour sauter et d'un peu d'initiative et de bonne volonté.
Au dernier congrès international d'éducation physique tenu à Paris en mars 1914, le lieutenantcolonel Boblet, lui-même, commandant notre école de Joinville, présenta un rapport sur l'éducation physique conçue d'après un programme dont toutes les épreuves obligatoires étaient celles de la méthode d'Hébert. La natation seule restait facultative. Pourquoi? H y ajoutait même les rétablissements à la barre f^xe si chers à Amoros, et que Joinville, hier encore, considérait comme une hérésie. On ne peut être plus éclectique.
Le lieutenant-colonel Boblet sonnait le glas de la « Suédoise pure » dont Joinville avait été le temple pendant quelques années et dont l'insuffisance est démontrée, lorsqu'il s'agit d'éduquer des adolescents sains et non des convalescents.
Nous savons maintejiant que les Suédois qui ne pratiquent que la kçon-tj^^pe de la suédoise, n'acquièrent ni la force, ni l'agilité. Nous savons que
si la Suède a produit des soldais (et cela, d'ailleurs, bien avaut Ling), si elle a pu exhiber, lors de la dernière olympiade, d'excellents athlètes, c'est que tous ces hommes-là avaient fait autre chose.
Cette autre chose, ce sont simplement les mouvements naturels fréquemments répétés, accomplis avec leur maximum de force et d'amplitude et que Hébert a eu le grand mérite de codifier dans sa méthode naturelle.
Nous avons vu les fusilliers marins pratiquer, les jambes et le tronc nus, des exercices de gj^mnastique n'ayant rien de conamun avec ceux de la suédoise, marcher, courir, sauter, lutter, grimper à la corde lisse ou sur des portiques, soulever des gueuses de fonte de 20 à 40 kilogrammes, lancer le poids de 8 kilogrammes, tout cela avec un merveilleux entrain et pendant cinquante minutes consécutives, passant sans interruption, sans repos, d'un exercice à l'autre, et, en quelque sorte, se reposant de l'un par l'autre.
Nous n'avons rien vu qui ressemblât aux mouvements lents et aux attitudes de la suédoise. A peine quelques mouvements « correctifs » et « scientifiques », mais toujours accompagnés d'un exercice actif, marche ou course. Point de surveillance tatillonne des « positions fondamentales »; nul souci « d'immobiliser un segment du corps pendant que les autres travaillent ». Les moniteurs, nus comme leurs hommes, tantôt les surveillant, tantôt courant avec eux, se bornaient à corriger les mouvements trop maladroits. Ce qu'on demandait à ces hommes, ce n'était pas
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d'exécuter des mouvements rationnels, mais d'agir le plus énergiquement et de la façon la plus variée possible.
Pour les adorateurs de la suédoise, cela semblera du surentraînement et de la folie, et cela n'est, en vérité, que la mise en jeu régulière de tous les moyens physiques du corps humain. On n'améliore pas ce corps humain, pièce par pièce, membre par membre, à la mamière d'une mécanique. Il s'agit d'un ensemble vivant, dont toutes les parties sont solidaires.
Les adolescents et les jeunes hommes ne peuvent tous fréquenter les collèges d'athlètes. Pour beaucoup, les séances de travail physique ont lieu obligatoirement à domicile. En pareil cas, ce travail sera fait ou à mains libres, ou avec poids légers, poids lourds, exercisers, mils et machines diverses.
L'exercice en chambre ne doit pas être considéré comme l'idéal. C'est un moyen de fortune, Il aboutit le plus souvent à donner des biceps, mais ne multiplie ni la capacité respiratoire, ni la résistance cardiaque; systématiquement employé, il produit de faux athlètes à muscles énormes, incapables de courir et de produire un effort soutenu. Les professionnels f.orains, aux bras noueux, exhibent tous les jours avec succès leur hypertrophie; ils sont loin de valoir, au point de vue de l'équilibre physiologique, tel clown, tel équilibriste, tel jongleur, moins puissant mais plus adroit et plus rapide.
En moyenne, il faut admettre que les haltères ne doivent pas dépasser 2 kilogs 500 à 3 kilogs par
poids unilatéral. Leur emploi permet un grand nombre de mouvements et cette multiplicité de gestes a précisément pour elïet de provoquer le développement détaillé de chaque faisceau musculaire.
L'emploi exclusif des haltères lourds, en nécessitant, dès le début de toute contraction, un effort complet et brusque, a pour effet de favoriser le raccourcissement du coq)s musculaire et l'allongement du tendon aux dépens de ce corps musculaire; il amène très rapidement la globulisation du muscle.
Le travail aux exercisers est excellent, mais à la condition que les groupes musculaires qui président aux mouvements de flexion et d'extension travaillent successivement et dans les mêmes conditions de dépense musculaire.
Les massues ou mils sont surtout utilisées en Angleterre et en Amérique. Elles ont la forme d'une bouteille en bois terminée par un col allongé qui en facilite la préhension et pèsent de une à six livres. Elles sont surtout utiles pour amener le développement des muscles dorsaux et passent avec juste raison pour ne pas présenter les inconvénients des haltères lourds.
La technique proprement dite des exercices physiques est délicate. Toute période d'entraînement doit être précédée d'un examen médical très complet portant sur l'état de la circulation, sur le cœur lui-même, sur la fonction respiratoire et sur l'appareil locomoteur. Ce bilan de l'état organique doit être établi en toute conscience, en toute exactitude, avant que ne soit arrêté le programme des
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exercices convenables, La répartition des mouvements est toujours commandée par l'obligation de développer d'abord les parties visiblement déshéritées. Après quoi, commencera la phase d'adaptation aux mouvements d'ensemble qui ont pour effet de débarrasser l'organisme des déchets de la nutrition et de faire fondre les tissus de réserve supplémentaires ou inutiles, La phase suivante correspondra à celle d'entraînement proprement dit dans laquelle le jeu des organes s'effectuera avec son maximum d'expansion et d'amplitude.
Les exercices utilitaires qui mettent en jeu un grand nombre de muscles à la fois, sont à la portée de tous, La préhension développe les avant-bras, les épaules et le dos. Le lancer met en jeu les muscles deltoïdes et pectoraux. Le frapper développe les épaules et 'les muscles obliques de la ceinture abdominale. Le grimper, exercice naturel entre tous, fortifie les avant-bras et les bras, la partie supérieure du tronc et la sangle abdominale. Hébert, dans sa méthode, ne se sert pas d'autre gymnastique abdominale, tant lui paraît efficace, sur les muscles abdominaux, l'acte de grimper. Le lever, dont on a jadis tant abusé et qui consiste à soulever à bout de bras des haltères ou des masses de fonte, fortifie surtout les muscles des épaules et de la région lombaire. Un autre mode du lever consiste à saisir fortement, à déplacer et à transporter des objets lourds, des sacs lestés, etc. Il faut se garder d'aller jusqu'à l'effort congestif qui peut entraîner, surtout au delà de la quarantaine, des accidents sérieux.
Enfin la marche, la course et le saut représen-
tent le travail musculaire physiologique par excellence. Pour être utile, la marche doit être effectuée à l'allure de 6 à 7 kilomètres à l'heure. Elle provoque l'amplitude de la respiration, l'accélération du pouls et une sudation éliminatrice de poisons très salutaires. 11 convient de marcher quotidiennement pendant un temps suffisant, une heure, par exemple, mais en augmentant progressivement la vitesse, du début à la fin de la séance. La marche conserve la juvénilité, évite l'accumulation de la graisse et entretient parfaitement les fonctions digestives. La multiplicité des moyens de transport, qui les déshabitue de marcher, rend les citadins de plus en plus fréquemment obèses, asthéniques et dyspeptiques.
La course est le meilleur et le plus complet de tous les exercices physiques. Je l'ai imposée à des personnes saines et même à quelques-unes atteintes de maladies de la nutrition, je m'en suis toujours loué. Elle suscite une activité musculaire générale, détermine la mise en action des appareils circulatoire, respiratoire et glandulaires et suractive l'automatisme nerveux. Elle ne nécessite aucun engin, peut être pratiquée partout, dans la ville comme aux champs et ne laisse après elle aucune lassitude. Toute personne qui conserve l'habitude de courir quotidiennement se suroxygène et se désintoxique. Ces deux actions combinées ont pour effets principaux d'exalter la vitalité et de conserver la vigueur et la souplesse.
Les moments de la journée qui conviennent le mieux pour s'exercer sont, soit le matin de 6 à 8 heures ou de 10 heures à midi, soit l'après-midi
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de 17 à 19 heures. On a également préconisé le soir, avant le moment du coucher, mais il convient que cet exercice ait lieu au moins deux ou trois heures après le repas.
L'idéal est d'exécuter le travail physique en plein air, le torse et les membres inférieurs nus. L'athlète de plein air est incomparablement plus vigoureux et a plus de fond que celui des salles fermées. Les séances d'entraînement qui ont lieu en plein air peuvent être prolongées sans fatigue plus longtemps que celles qui se passent entre quatre murs. Partout devraient être créées des piscines et des pistes inspirées des antiques palestres où chacun ])Ourrait éprouver le triple bienfait de l'aération, de la balnéaiion et de l'ensoleillement. Le collège d'athlètes de Reims, organisé suivant les indications de Georges Hébert, était un modèle du genre. On y trouvait une piste, des agrès permettant le grimper sous toutes ses formes, des espaces sablés pour les sauts, des pelouses pour la cure de soleil, des halls pour abriter les élèves contre la pluie. Il faut, en somme, de l'espace, des arbres, de la lumière, une piste pour appliquer la méthode naturelle d'éducation physique de l'enfant, et la rééducation de l'adulte. Les simples mouvements, marche, course, saut, lancer, grimper, pour lesquels notre corps est fait, sont véritablement les seuls utiles. Ce qu'il convient de rechercher, c'est moins la performance exceptionneWe et curieuse que la force de résistance, l'adresse et l'équilibre physiologique.
Mais pendant longtemps encore de semblables installations demeureront exceptionnelles, car
pour être réalisées elles réclament, à défaut de l'intervention de l'Etat, celles des Mécènes intelligents et bienfaisants.