LES ŒUVRES D "ALIMENT ATIO?J
physiologiques et sociaux. Le régime végétal peut suffire seul à l'alimentation. Il ne fournit pas d'acide urique, pas de déchets toxiques, de fermentations anormales. Pratiquement, il est aussi nutritif que le régime carné. Les céréales sont des aliments complets qui présentent, en outre, sur la viande l'avantage d'être plus riches qu'elles en matières minérales, notamment en fer et en phosphore. Les annales sportives sont pleines des succès des athlètes végétaliens. Coureurs cyclistes, coureurs à pied, lutteurs, alpinistes adonnés au régime végétal, triomphent partout.
Ce sont là des indices sérieux de l'excellence du régime. Mais il présente un autre avantage qui n'est nullement à dédaigner: il est plus économique que le régime Carnivore. Tandis que le kilogramme d'albumine d'origine carnée revient à 11 ou 12 francs, le kilogramme d'albumine empruntée aux végétaux coûte 3 francs. La chair n'apporte guère que son albumine; le végétal fournit en outre de Tamidon que le foie transformera ultérieurement en sucre. Les expériences de laboratoire ainsi que les résultats pratiquement obtenus dans la vie ordinaire et dans l'entraînement siportif démontrent que le végétalisme est avantageux physiologiquement et pécuniairement.
Pour ceux qui seraient sensibles à d'autres arguments, je sigD'alerai l'influence du régime sur l'esthétique et la beauté. Je laisse sur ce point délicat la parole au docteur Huchard, « ... Le régime végétalien, é<;rivait-il, donne de la fraîcheur ©t de l'éclat au teint.
« Les filles de Capri sont gracieuses, aimables et gaies. Elles travaillent durement et ne mangent que des fruits et des légumes.
« Dans l'histoire des Ineas, on raconte que les aborigènes du Chili et du Pérou étaient des hommes superbes et doux. Les femmes gardaient une fraîcheur de jeunesse jusqu'au delà de leur soixantième année, éj)oque à laquelle elles pouvaient encore devenir mères.
« Edmond About dépeint ainsi, dans un voyage sur le Nil, l'aspect des rudes travailleurs le long des rives du fleuve: « Nous étions émerveillés de « leur beauté plastique; autant d'hommes, autant « de statues. Les sculpteurs européens se plai- « gnent de ne plus trouver de modèles; que ne « vont-ils en chercher sur le Nil? Antinoiis y garde « les chèvres, l'Apollon du Belvédère, l'Achille « et le Gladiateur y manœuvrent le chadouck, à « raison de 40 centimes par joui\ »
« Et le célèbre écrivain ajoute: « Les fellahs « ne mangent que de la farine de maïs ou du sor- « gho mal écrasé entre deux pierres. »
Un homme peut prétendre être intégralement végétalien, tandis qu'il ne pourra jamais vivre en Carnivore exclusif. Cependant nous ne sommes pas construits pour faire usage du seul régime végétal. Notre système digestif n'est comparable ni par sa constitution ni par sa longueur, à celui des herbivores. Mais il n'est pas davantage semblable à celui des carnivores. Par son instinct, par sa dentition, par ses sécrétions digestives, par son besoin d'activité, l'homme sain est omnivore.
LES œuvRES d'alimentation 153
mais il sera sage qu'il accorde la prédominance aux aliments végétaux.
S'il me fallait donner une indication précise de régime je conseillerais d'adopter la ligne de conduite suivante: le matin du laitage ou du thé avec un œuf; à midi un copieux repas de légumes et peu de viande, fromage ou confiture; le soir un potage, des œufs, des légumes et du thé. Très peu de vin coupé d'eau, à chaque repas, et une tasse de café à midi.
Ces conseils ne s'adressent pas, bien entendu, à ceux qui veulent la vie « courte et bonne », mais à ceux qui la veulent « longue et saine ». Aux premiers je dirai seulement, en manière de conclusion, qu'avec le vin pour père, la bonne chère pour mère, et Vénus pour nourrice, ils deviendront rhumatisants ou goutteux, auront un moral déplorable, obéiront a des passions tyranniques et auront des enfants plus tarés qu'ils ne l'étaient eux-mêmes.
Ce n'est pas dans le cadre restreint d'un ouvrage comme celui-ci que l'on peut prétendre entrer dans le détail des problèmes biologiques. Les lecteurs que la question de l'alimentation végétalienne intéresserait particulièrement, devront se reporter aux sources et lire de Viaud-Bruant le livre : Plantons des arbres, mangeons des fruits: du docteur Monteuuis: La Cuisine rationnelle; de .T. Lefèvre: l'Examen scientifique du végétalisme, et les autres volumes de la même collection, édités par la Société végétalienne de Finance; des doctoresses Joteyko et Kipiani, VEnquête scientifique sur les végétaliens de Bruxelles. Il faudrait join-
dre à ces documents les travaux épars dans différentes revues de Landouzy, de H. et M. Labbé, de Le Gendre et Martinet, enfin la thèse de H. Collière sur le Végéialisme et la physiologie alimentaire.
Le régime lacté est celui du nouveau-né. et de radult<^ souffrant, intoxiqué ou surmené. Il touche à la thérapeutique. Je le laisse de côté.
Le régime fruitarien, dans lequel entrent les cures de fruits variés, dérive directement du régime végélalien. Sauf en Australie et aux Etats- Unis où les sectes fruit ariennes observent strictement le régime pour protester, à leur manière, contre le carnivorisme exagéré, la plupart des personnes adonnées à ce genre d'alimentation, le font ordinairement par ordre de leur médecin.
La cure de raisins est célèbre; nous savons par Pline l'Ancien, Galien et Gelse que les malades, dans l'antiquité, y avaient recours fréquemment. La France, patrie de la vigne, ne songeait guère à l'utiliser pour elle-même, elle se contentait d'envoyer ses raisins à Durkheim en Bavière; à Geisweiler, à Boppard. à Bingen, sur les bords du Rhin; à Grûnlserg, en Silésie; à Vevey, à Montreux, à Aigle, en Suisse; à Méran, dans le Tyrol; a Odessa et à Jalta, en Russie, stations de santé qui se sont fait une spécialité de cette cure. Espérons qu'elle utilisera désormais ses raisins pour son propre compte.
La durée de la cure est de trois à six semaines. La dose quotidienne de raisins varie de 500 grammes à 2 kilogrammes par jour. Il faudra toujours prendre soin de laver ies grappes à grande eau ou
LES œuvRES d'alimentation 155
mieux encore à l'eau bouillie avant de les consommer.
On a mis récemment à la mode la cure de citrons pour le traitement de la goutte et du rhumatisme. On a préconisé la cure de fraises, à la dose de 300 à 500 grammes par jour contre la goutte, les maladies du foie, la lithiase urique, les maladies vésicales et le rhumatisme. On a ordonné des cures de prunes et de figues aux constipés ; de coings et d'airelles à ceux qui sont tout le contraire; de pommes, de ceTises et de groseilles aux arthritiques, enfin de céleri aux rhumatisants.
Sous le nom de régimes tristes, le docteur Francis Heckel a attiré l'attention du public et des médecins sur des régimes alimentaires mis à la mode dans quelques maisons de santé étrangères, surtout suisses et allemandes. Là, d'infortunés goutteux, des rhumatisants, ou des artérioscléreux sont soumis au supplice des nouilles, macaronis, pâtes cuites, féculents et légumes farineux sans assaisonnement. Pas de lait, pas de beurre, pas d'œufs. L'effet le plus certain d'un tel régime, combiné avec le repos au lit, est de rendre les gens obèses et nerveux.
Une autre cuisine triste consiste dans les aliments verts, herbacés, les salades cuites à l'eau, toujours sans sel, sans beurre et sans lait. Ces repas, qui ramènent l'homme aux débuts de l'humanité, ont pour eux Tunique avantage d'être nés de la mode et d'un engouement hâtif. La nouille fade et la laitue dégarnie ont pu calmer des estomacs surexcités par les épices et l'alcool ou sur-
menés par une trop bonne chère; elles ne les a pas guéris. Ce qui améliore le plus les malades qui y sont condamnés, c'est la retraite sur les montagnes et la cure de repos au lit.
A l'entrée de nos voies digestives, dans la bouche, se trouve le merveilleux appareil de la gustation qui détermine, par une excitation réflexe, la mise en train de la digestion entière. La gourmandise est presque une nécessité physiologique, car c'est elle qui commande le développement régulier des bonnes digestions .Les régimes tristes sont incapables de mettre l'eau à la bouche, d'exciter les sécrétions de l'estomac, du foie et de l'intestin. Ils sont antiphysiologiques. Ils attristeront davantage les dyspeptiques déjà si attristés. Ils ne ranimeront pas leurs forces, laisseront leurs estomacs impuissants, le révolteront même jusqu'au dégoût et ne rendront jamais aux malades la joie de vivre.
L'histoire des régimes alimentaires de l'homme se confond avec celle des religions. Les Védas interdisaient l'usage de la chair des animaux. Le Brahmanisme édicta la même règle et, six cents ans avant notre ère. Bouddha basait le végétalisme sur la croyance à la m.étempsychose. Les Hindous croient que le souffle et Vâme («^Oaa, des Grecs), transmigre de l'homme aux animaux, nos frères inférieurs, et il leur répugne de se livrer, en se nourrissant de chair, à une anthropophagie sacrilège. Un verset de la loi de Manou dit: « Celui qui, « se conformant à la règle, ne mange pas de
LES œuvREs d'alimentation 157
(( viande et ne se conduit pas comme un vampire, « se concilie l'affection du monde et n'est pas « affligé par les maladies. »
Le Coran nous dit que : « Manger trop est le père des maux », et il ajoute: « Le régime est le père des remèdes; la diète est le remède de premier ordre ». Mahomet condamnait la précipitation dans le manger, comme en toute chose, par ces paroles: « La hâte vient du démon et la mesure vient d'Allah ». Il prohiba les boissons qui procurent l'ivresse et la viande de porc qui est « impure ». Il prescrivait le jeûne du ramadan qui dure quarante jours et qui consiste à s'abstenir de tout aliment et de toute boisson de l'aurore au coucher du soleil. Mais, le soir venu, les musulmans s'attablent jusqu'à une heure fort avancée de la nuit,
La religion catholique permet -tous les aliments en temps ordinaire et n'édicte des interdictions que le vendredi qui est jour « maigre » et pendant la période du carême.
La religion juive interdit la consommation du sang des animaux qui doivent être, en conséquence, s'ils sont destinés à la boucherie, saignés à blanc. D'après les livres sacrés, la vie ou l'âme de l'animal est contenue dans, ce sang et s'échappe avec lui. Une chair ainsi exsangue est caschir et seule bonne pour la consommation. Bien que la chair des ruminants à sabot fendu soit seule permise, beaucoup d'Israélites pauvres, dans nos villes, fréquentent les boucheries chevalines. Des tueurs et des inspecteurs spéciaux, agréés par le rabbinat, sont admis dans les abattoirs pour
procéder au sacriflce rituélique des animaux par égorgement et à l'iiis-pection des viscères. La viande du porc est proscrite. Le beurre ne doit pas servir à la cuisson de la chair: « Tu ne cuiras pas l'agneau dans le lait de sa mère. » Le lièvre est prohibé. Les poissons à arêtes et à écailles sont seuls permis. La Loi interdit la consommation de l'anguille, du homard, de l'écrevisse, de la langouste, du crabe. Les orthodoxes mangent le maigre dans une vaisselle et le gras dans une autre. Pour les uns, les législateurs religieux n'ont prescrit de telles mesures qu'en vue de codifier l'hygiène. Cette thèse est difficilement soutenable. Les défenses portent souvent sur des produits alimentaires excellents, non susceptibles d'altérer la santé. Salomon Reinach ne voit dans ces règles de diététique que les restes d'un « totémisme » primitif, et les derniers souvenirs d'un culte très lointain rendu aux animaux.