‹ L'élevage humainChapitre 18 sur 26 · NORVÈGE · texte numérisé non relu

NORVÈGE

Le lecteur n'a rien à apprendre sur ce sujet, mais qu'il me soit permis de produire ici certaines réflexions que doit suggérer à tout esprit non prévenu, l'examen calme et raisonné des faits. Certaines boissons alcooliques ne méritent peutêtre pas d'être condamnées sans appel, car leur

consommation, bien réglée, peut amener, au contraire, de bons résultats au point de vue de la santé générale. Il n'est pas de fléau qui ait eu plus mauvaise presse que l'alcoolisme. Cependant, si nous regardons en arrière, nous trouvons que Bouchardat et Sandras ne doutaient pas que ralcool fût un aHment, au même litre qu.c la graisse. En 1860, Lallemand, Perrinet et Duroy s'inscrivent en faux contre une telle affirmation et déclarent que l'alcool, loin d'être brûlé dans l'économie, s'y accumule ou la traverse sans être modifié. Mais voici que d'autres observateurs, Baudot et Anstie, protestent et affirment que l'alcool, retrouvé en nature par les auteurs précédents, ne représente qu'une infime partie des quantités ingérées. Peu après, Gûbler. Marvaud et Dujardin-Beaumetz réhabilitent l'alcool et en font un antidéperditeur, capable de solliciter plus énergiquement le jeu du mécanisme des organes. La communication de Duclaux sur l'alcool-aliment a soulevé trop de discussions passionnées pour qu'il soit besoin d'y revenir.

Malgré ces patronages éminents, la cause de l'alcool paraît compromise, et, afin de n'être pas accusé de compter parmi les défenseurs de ce porson-aliment, j'admets, sans restriction, les conséquences sociales de l'alcoolisme : l'encombrem.ent des hôpitaux, la multiplication des crimes, la déchéance de la race et sa stérilité.

Cependant, j'avoue avoir conseillé, dans certains cas, l'usage de l'alcool, et surtout celui du vin et de la bière à doses modérées, et je ne m'en suis jamais repenti. L'alcool, pris en quantité, est

Lin poison qui détruit les forces vives de l'organisme et laisse derrière lui des traces matérielles el profondes de son absorption: mais il faut faire bon accueil, au point de vue de l'hypciène. à la bière loyale, au cidre bien fait, et, par-dessus tout, au vin naturel, condiments pleins de séduction et qui ne deviennent nuisibles que par un abus décidé. Les expérimentateurs actuels ne paraissent point avoir toujours été rigoureusement.cn droit de conclure, des expériences faites sur les ani* maux avec de Valcool simplement dilué, à ce qui se passe chez l'homme usant de boissons alcooliques.

J'ai maintes fois constaté que le vin relevait le ressort de nos soldats. Il leur faisait plaisir; il donnait de la saveur à leur repas. J'ai remarqué que sans boisson alcoolique (vin. bière, cidre), les mets les mieux préparés perdaient une grande partie de leurs attraits.

Je ne pense pas que l'hygiène ait le droit de renoncer à ce merveilleux auxiliaire, parce qu'au delà de certaines limites, cet agent secourable peut blesser, et même tuer celui qui s'en est servi d'une façon imprudente. Certains l'ont pensé, et c'est là une exagération sur laquelle il faut se garder de baser la croisade anti-alcoolique.

Dans les conditions de la vie actuelle, où l'artificiel joue un rôle si important, le stimulant, si factice qu'il soit, des boissons alcooliques, peut être toléré. Au lieu de donner des conseils nui n'ont aucune chance d'être écoutés, mieux vaudrait indiquer les limites d'usage qu'il ne faut pas dépasser, signaler au public les formes les

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plus avantageuses sous lesquelles l'alcool se présente et. au contraire, dénoncer et même enlever à la consommation, les formes nuisibles et les altérations frauduleuses.

Je continuerai, pour ma part, à ne pas défendre aux soldats les boissons alcooliques bien préparées et prises en petite quantité, quand le besoin s'en fait sentir. Le ^an naturel, en particulier, est la plus louable des boissons alcooliques; il renferme une complexité merveilleuse de substances utiles, bien équilibrées, que rien ne remplace. J'ai été trop fréquemment témoin de sa réelle utilité pour ne pas admettre qu'on en tolère 'la consommation... jusqu'à ce qu'on ait trouvé mieux.

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