I/HOMME ET L'INFLUENCE DES CLIMATS
Relations étroites entre l'être humain et le milieu dans lequel il vit. — Les climats déterminent les formes. — Pérennité des mêmes races sous les mômes climats. — Croisements eugéniques et croisements stériles. — Le climat régulateur des mœurs, des habitudes et des tendances sociales. — Influence du climat sur les maladies. — Le climat et les langues.
L'influence que les climats exercent sur notre développement démontre l'intimité des rapports qui lient étroitement l'être humain au milieu dans lequel il vit. On ne peut suivre les voyageurs et les naturalistes dans leurs descriptions des différentes régions de la terre sans être frappé de ce fait que les êtres qui se trouvent placés sous telle ou telle latitude et qui s'yreproduisent ne sont pas seulement appropriés aux circonstances physiques de milieu ; ils ont, de plus, une empreinte, et, pour ainsi dire, une couleur commune.
De même que les productions végétales traduisent les qualités de la terre et des eaux, et se plient aux différents états de l'air, de même les
animaux, dont la nature est particulièrement souple, sont modifiés et façonnés sans relâche, par les impressions qu'ils reçoivent des objets extérieurs, par les substances que le lieu fournit à leurs besoins, par la lumière du ciel sous lequel ils se trouvent placés.
L'homme, qui est le plus souple de tous les animaux, le "plus spécialement doué de la faculté d'imitation, le plus susceptible de recevoir toutes les empreintes imaginables, diffère si notablement de lui-même sous les divers climats, que les naturalistes considèrent la race humaine comme subdivisée en plusieurs espèces distinctes. Enfin, l'analogie physique de l'homme avec les objets qui l'entourent et qu'il se trouve forcé d'approprier à ses besoins est souvent si frappante, qu'à l'examen le plus superficiel l'on peut déterminer la nature et la zone du climat auquel appartient un individu. Je m'excuse ici de remonter loin dans le passé et d'invoquer le témoignage d'Hippocrate: « Il est parmi les hommes, disait-il, des « races ou des individus qui ressemblent aux ter- « rains montueux et couverts de forêts; il en est « qui rappellent ces sols légers qu'arrosent des « sources abondantes; on peut en comparer quelce ques-uns aux prairies et aux marécages, d'au- « très à des plaines sèches et dépouillées... Les u saisons déterminent les formes. Or, les saisons (( diffèrent entre elles; la même saison diffère « d'elle-même dans les divers pays, et les formes (( des êtres vivants retracent toutes ces diver- « sites. »
Il faut chercher dans les impressions reçues du
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dehors la véritable cause des changements imprimés par le climat à l'organisme himiain. Si ces impressions sont assez dissemblables dans les différents climats pour être vivement ressenties par les organes, les tempéraments présenteront nécessairement de grandes variétés.
Il est d'observation commune que les saisons exercent une profonde influence sur l'état de l'économie animale. Chaque saison détemiine en nous des phénomènes particuliers; les empreintes qu'elle y laisse sont d'autant plus marquées et plus durables que son action s'est exercée sans mélange plus fortement et plus longtemps. Nos dispositions sont modifiées proportionnellement à la cause agissante et dans les limites entre lesquelles il leur est permis de changer. De même, la plupart des maladies infectieuses qui nous atteignent sont saisonnières. Les germes qui les produisent sont, à l'instar des êtres vivants, sensibles à l'action de la température atmosphérique et des saisons.
Si l'on jette un coup d'œil sur le tableau des différents climats, on s'aperçoit bientôt qu'à chaque importante division de notre globe correspondent, parmi les espèces animales, des diversités de structure, d'instincts et d'habitude^. La manière de pourvoir à leurs besoins, le genre et le caractère de leurs facultés primitives, la tournure et la direction de ces facultés et de ces besoins sont subordonnés à la nature du sol et à celle de ses productions. Il est des végétaux qu'on ne peut transplanter sans les faire périr; il est des animaux qu'on ne peut dépayser sans tarir la source
qui les engendre et parfois même sans les frapper directement de mort.
Ces faits sont bien connus. Nul ne conteste aujourd'hui que la taille du corps lumiain, la forme de ses membres, sa physionomie, en un mot, toute son apparence extérieure, dépendent du sol qui l'a produit, des impressions journalières qu'il y reçoit, du genre de vie qu'il y mène et surtout des aliments que la nature lui fournit.
La sensibilité de Thomme est, par rapport à celle de toutes les espèces animales connues, la plus souple et la plus mobile. Tout ce qui peut agir sur les autres créatures vivantes agit, en général, d'une manière encore plus forte sur lui. On ne comprendrait pas comment le climat, qui exerce un empire si étendu sur les animaux, serait sans influence sur l'homme. C'est, au contraire, aux qualités même qui caractérisent et constituent la supériorité de son organisation que tient sa dépendance de tant de causes diverses, dont il est même quelquefois le jouet.
Dans les pays dont le climat a des caractères prononcés, nous observons qu'au bout d'un petit nombre de générations, les étrangers reçoivent plus ou moins son empreinte. Depuis la conquête de l'Algérie, c'est-à-dire dans un espace de temps que nous devons considérer comme très court, des familles européennes établies en Afrique vers 1828 ou 1830 ont déjà acquis certains caractères physiques et moraux jiropres aux indigènes.
« En 1887. expliquait récemment, à la Société « eugénique de France, mon ami le docteur Lau- « monier, au cours d'un voyage en Egypte, j'avais
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« été extrêmement frappé de l'étrange ressem- (( blanee qui existe entre les riverains actuels du « Nil et les anciennes représentations de labou- (( reurs, d'artisans, d'ouvriers, de soldats, etc., « qui figurent, en peinture et en bas-relief, sur H les plus vieux monuments (1). »
L'Egypte, conquise et occupée successivement par des Ethiopiens et des Tamahous, par des Iraniens et des Sémites, des Hellènes et des Latins, des Arabes et des Turcs, devrait présenter une population à caractères variables. Nous en trouvons t sans doute des exemplaires, mais à l'état de couf che mince recouvrant un substratum ethnique, profond et immuable. Le fellah contemporain est la reproduction vivante des gens que nous voyons sur les peintures de Thèbes ou qui s'agitent sur les bas-reliefs de Philoé et d'Abydos.
Comment expliquer cette permanence des caractères d'une race dans un même pays à cinquante siècles de distance?
Laumonier rechercha des familles ayant à l'orisrine un mariage entre conjoints de couleurs différentes et consulta les archives iconographiques de ces familles. ïl put, avec de la patience, recueillir une vingtaine d'observations. Elles furent assez décisives pour lui permettre d'en déduire une loi qu'il a nommée loi de dominance et qui peut s'exprimer ainsi : « Les enfants issus de mariages mix- (( tes finissent toujours par revenir au type du « parent qui est resté dans son pays d'origine. »
(i) Le retour au type dans les métissages humains. Eugénique, février 1914.
Ainsi un Chinois qui se marie avec une Française aura des descendants qui, après trois ou quatre générations, reviendront tous au type blanc, si les ménages successifs ont habité la France, au type jaune s'ils ont habité, au contraire, le Céleste- Empire. On ne saurait démontrer avec plus de force l'influence du milieu sur la race.
Dans des associations croisées, les autochtones finissent toujours par dominer. Il faudrait qu'une immigration fût vraiment torrentielle pour modifier les types nationaux. Gela est arrivé quelquefois.
Quelle interprétation peut-on donner de cette loi? Il faut recourir, pour l'expliquer, au conflit des énergies héréditaires et des caractères qui les traduisent. Lorsque l'un des deux parents est transplanté, il passe d'un milieu adapté dans un milieu auquel il ne l'est pas. Une part de son activité est utilisée par lui pour s'adajpter au nouveau milieu. Les fonctions génitales sont, sans doute, parmi les premières amoindries, comme le montre l'exemple des grands animaux transplantés qui, dans ces conditions, perdent la propriété de se reproduire. Il en est probablement de même pour l'homme. La cellule sexuelle vivante du parent immigré transmet ainsi moins énergiquement, donc plus rarement, son hérédité.
En réalité, cette loi de dominance n'est que l'ui: des principaux procédés employés par une race étroitement et depuis longtemps adaptée à un sol. pour s'y défendre, y sauvegarder sa stabilité et son homogénéité. La ressemblance du côté du parent qui n'a pas bougé est indéniable, mais
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1 ■ ■ I i .'-■■■ d'autres influences peuvent se faire sentir. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, Boas a constaté une tendance générale au retour vers le type américain primitif, celui des Peaux-Rouges, quoiqu'il n'y ait pas, à proprement parler, de croisements entre Indiens et Américains.
Cet illustre anthropologiste a fait connaître les conclusions de la Commission sénatoriale des Etats-Unis chargée de rechercher ce que devenaient, au point de \T.ie de la race, les immigrés en Amérique. Ces conclusions battent en brèche les principes admis jusqu'ici.
On pensait, en effet, que les caractères des races étaient profondément fixés chez les êtres humains et qu'il fallait de longs siècles pour les modifier. Or, la commission a constaté que les différents types se fondent assez rapidement, comme dans un moule uniforme.
Les observations furent faites avec une rigueur toute scientifique. Les expérimentateurs s'attachèrent surtout à la forme de la tête, considérée comme la plus caractéristique. Ils étudièrent deux types d'immigrants absolument dissemblables: l'Israélite oriental principalement le Bohémien à tête ronde, et l'Italien méridional à tête longue.
Sur plus de 1.200 observations, les résultats furent identiques: en un temps très court, la forme du type se modifiait et perdait ses caractéristiques essentielles. La commission, surprise, a voulu connaître les causes de ces modifications. Là elle a été arrêté, ou plus exactement, elle en est venue à désigner, une fois de plus, comme cause déter-
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minante, le milieu qui, par toutes ses composantes, détermine puissamment ces changements.
Il faut donc admettre vraiment la puissance et Tefficacité du climat sur le maintien et la formation des races. Cette influence climatérique agit même quand les parents sont étrangers au pays. Sous un même ciel, une loi mystérieuse ramène à un type uniforme les types humains les plus dissemblables.
Parmi les nations d'Europe, les unes se sont formées au moyen d'éléments ethniques divers, les uns autochtones, les autres immigrés. Peu à peu, tout ce qu'il y avait de divers et de saillant dans les attributs priniitifs s'est émoussé et atténué. L'ensemble a fini par prendre une nuance uniforme et par être un. Mais il a été nécessaire, indispensable même, que les propriétés du sol et du climat ne différassent point considérablement d'une extrémité à l'autre du territoire occupé.
Cette force d'uniformisation que possède le climat, à l'égard des êtres \ivants, a été exprimée par de Quatrefages sous le nom d'adion stabilisante. La population actuelle de la France, issue à des époques très diverses, de rameaux ethniques nombreux, offre un remarquable exemple des effets heureux de cette action du climat.
En résumé, le climat paraît avoir été l'un des facteurs principaux dans la constitution des races humaines, soit qu'on les envisage comme des espèces, dans le sens de Darwin, soit que l'on n'entende par ce mot, avec de Quatrefages, que des variétés d'une espèce unique. Aidé par le temps, par la sélection naturelle et par d'autre» éléments
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souvent imprévus, le climat modifie les familles humaines et finit par provoquer la formation de types distincts.
Dans l'impossibilité de remonter au delà des temps historiques qui ne sont qu'un très bref instant dans le cours des siècles innombrables déjà vécus par notre planète, nous ne pouvons constater qu'un fait, c'est qu'il existe des hommes sur presque tous les points de la surface solide du globe et que ces hommes diffèrent entre eux comme les climats sous lesquels ils vivent.
Remarquons, en passant, que le milieu physique n'est pas tout pour l'être humain et que. dans ses multiples adaptations, l'homme est également très influencé par le milieu moral dans lequel il se trouve placé. Je n'en veux pour preuve que l'exemple des races inférieures, nègres. Polynésiens qui, n'ayant aucune tendance à l'expatriation, non seulement succombent quand on la leur impose, mais disparaissent presque aussi fatalement, quand les civilisés viennent à eux et s'installent chez eux. Lorsque nous aurons porté au cœur de l'Afrique la civilisation et la lumière, il faudra, sans tarder, nous préoccuper de l'existence des tribus de ces régions qui seront, par le fait même de notre présence, directement menacées dans leur vie.
Il est interdit à l'être humain de prospérer indistinctement sous tous les climats. Lres seules migrations humaines heureuses se firent sans changement de latitude, en suivant des lignes pais
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rallèles. Si le déplacement se fait dans le sens du méridien, il est avantageux de tendre à s'élever vers le nord, on mieux, de passer sous une isotherme plus faible. Mais les peuples civilisés ne suivent pas cette règle et un penchant uniforme les entraîne, au contraire, plutôt à coloniser vers le sud ou sous des isothermes plus élevées. Cependant, ce ne sont pas là des lois absolues s'opposanl à l'acclimatement. A San-Léopoldo, au Brésil, 120 familles allemandes ont. en quarante-cinq ans, engendré 140.000 individus. Mais ce fait est exceptionnel. Ce qui est la règle, c'est le peuplement du Canada par les 10.000 Français de 1678, qui sont aujourd'hui plus d'un million; c'est la colonisation de l'Aeadie par les 400 Français de 1671 qui sont aujourd'hui 150.000, malgré les massacres et les persécutions: c'est la pullulation allemande aux Etats-Unis: c'est aussi l'impossibilité pour les Germains de subsister et de faire souche en Afrique,
La remarquable aptitude des Français, des Anglais, des Allemands à l'acclimatement dans le nord de l'Amérique s'évanouit quand il s'agit des pays intertropicaux. La culture de la race blanche se maintient avec peine à la Guadeloupe. Les Espagnols représentent la seule famille européenne capable d'assurer ]'av>"nir de l'Amérique du Centre et du Sud. Il est vrai qu'ils ne sont pas des latins purs. Ils ne sont même pas originairement des Ar>'as comme îos Gréco-Latins. Ils sont vraisemblablement d'un sang africain ou peut-être atlantique.
Au cours des siècles, l'Afrique fut maintes fois
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en relations d'invasions et de migrations avec la péninsule Ibérique. Les Carthaginois et les Maures sont les ancêtres directs des Espagnols contemporains. Sans doute, l'infusion du sang romain, puis germanique est indéniable, mais elle n'a pas prévalu sur les éléments précédents qui sont fondamentaux.
Voilà pourquoi l'Espagnol n'est pas dépaysé sous les tropiques. Il lui est loisible de s'accoupler, avec fruit, avec l'Indienne de l'Argentine ou la Mauresque d'Oran. Il prospère merveilleusemont dans notre Algérie, La natalité espagnole est en Espagne de 37 pour 1.000, à Cuba de 41 pour 1.000, en Algérie de 46 pour 1.000. Ce sont le» races méridionales ^Maltais, Italiens, Espagnols) qui fournissent toujours le plus grand excédent de naissances dans toute l'Afrique du Nord. Les Allemands, qui s'égarent dans ces parages, sont, au contraire, toujours en déficit. Les Français d'Algérie ont une natalité de 33 pour 1.000 et une mortalité de 29 pour 1.000. Ils sont donc aptes à coloniser cette partie du continent africain.
Il faut également, pour évaluer l'aptitude à l'acclimatement d'un peuple déterminé, faire une large part à son état social, politique et religieux, à ses mœurs et à ses habitudes. C'est ainsi que les Républiques latines d'Amérique eussent, sans doute, prospéré plus rapidement, si elles n'avaient eu à lutter d'abord contre les déplorables traditions politiques de î'E&pagne. et si elles n'étaient encore imprégnées d'idées religieuses peu favorables à l'expansion de l'activité humaine.
La formule de de Quatrefages est vérifiée par-
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tout: le climat, airtc du temps et du métissage, est un modificateur irrésistible de l'espèce humaine. Les races, aptes à contracter des croisements eugéniques, c'est-à-dire aptes à fournir, par le croisement, des races nouvelles et durables, sont appelées au plus grand avenir. C'est le cas de la famille lîispano-Ibérique unie aux Indiens du Nouveau-Monde et même au nègres transportés d'Afrique. Par contre, les Anglo-Saxons des Etats-Unis n'ont ni l'aptitude, ni le pouvoir de produire pareillement une race nouvelle dans les domaines qu'ils occupent. Ici les produits du croisement retournent toujours à l'un des types primitifs, blanc ou noir. C'est un fait de grave importance, car il est désormais certain que la race anglo-saxonne déchoit en se créolisant. Les hommes y perdent leurs muscles et les femmes leurs mamelles. La créolisation hispano-américaine fournit, au contraire, des types dont les caractères sont ceux d'une famille désormais fixée. Des croisements aussi heureux ne peuvent avoir lieu qu'entre races rapprochées l'une de l'autre. C'est une condition essentielle de fécondité indéfinie des produits. De même que les Anglo-Saxons sont inaptes à engendrer en s'unissant aux autochtones du Nouveau- Monde, de môme les accouplements des Français avec des négresses, voire des filles de Coulougis. sont sans grand avenir. Il faut faire exception pour les femmes kabyles, dont les veines ont certainement reçu, jadis, quelque infusion de sang européen.
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Sous les mêmes climats, les divers peuples présentent des habitudes physiques et morales identiques. Lorsque les circonstances qui constituent un climat diffèrent assez pour avoir des caractères distincts, les habitudes des hommes diffèrent dans un ordre correspondant. L'air, suivant son degré de température, et suivant peut-être le caractère des substances dont il est chargé; les aliments et les boissons, suivant le sol qui les fournit, agissent sur nous, nous donnent des impressions particulières et ont, par conséquent, la propriété de modifier notre état physique et moral.
A vrai dire, en chacun de nous existe un fond dépendant de l'organisation primitive, qui résiste avec force à toute action modificatrice. Les circonstances de la vie peuvent changer tout ce qui n'est pas cette base, c'est-à-dire les caractères accessoires. Elles sont impuissantes à modifier les dispositions originelles que les enfants reçoivent de leurs parents.
Les climats froids et âpres s'accommodent d'une puissante musculature; par contre, ils émoussent quelque peu les facultés sensitives*. S'il en était autrement, l'homme, doué d'une sensibilité exquise, résisterait mal aux violentes impressions du dehors et n'aurait pas la puissance d'action nécessaire pour fournir à ses besoins. Le froid, lorsqu'il n'est pas excessif, incite au mouvement et à l'action.
Dans les pays chauds, au contraire, le dévelop-
pement organique s'accélère et se précipite. Les enfants sont hâtifs et l'explosion de la puberté se fait de bonne heure. De celte suractivité précoce, particulièrement accusée pour certains organes et certaines fonctions, résultent des modifications de toute la structure morale des individus qui pèche souvent par un défaut d'harmonie,
La chaleur a pour effet d'aggraver de plus en plus et ces dispositions et cette discordance. Le goût du repos et de l'indolence, entretenu par le sentiment habituel de la faiblesse musculaire et par l'impossibilité d'agir sans fatigue, augmentent encore les effets du désécjuilibre.
C'est dans ces conditions particulières que se développent le mieux les penchants contemplatifs. L'histoire des civilisations en témoigne: les pays chauds sont la patrie d'élection de ces âmes vives et ardentes, de ces esprits profonds et bizarres qui, par la puissance d'une méditation continuelle, deviennent des visionnaires, conducteurs de peuples et fondateurs ou réformateurs de religions. Leur état habituel d'excitation nerveuse pousse les habitants des contrées chaudes à rechercher avec fureur toutes les sensations voluptueuses, à exagérer toute chose, à aimer le merveilleux, à être éloquents, poétiques et généralement attachés aux arts d'imagination.
L'extrême froid détériore la constitution de tous les animaux terrestres à un degré plus prononcé que l'extrême chaleur. Nul animal n'en éprouve, au même degré que l'homme, les atteintes nocives. Sa puissance de reproduction et son penchant au plaisir de l'amour en sont parlicu-
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lièrement affaiblis. Cette altération profonde d'un penchant sur lequel reposent presque tous les sentiments expansifs de la nature, suffit pour bouleverser l'ordre des rapports sociaux, pour arrêter dans les régions sub-polaires les progrès de la civilisation, pour empêcher le développement des facultés elles-mêmes, en un mot pour retenir les peuplades de ces régions dans une espèce d'enfance.
L'influence du climat sur la production d'un grand nombre de maladies qui atteignent l'homme est indéniable. Nul n'ignore que certaines affections sont endémiques dans quelques pays. Elles dépendent des circonstances locales. Le scorbut, inconnu dans les régions tempérées et chaudes, sévit à l'état endémique dans les régions sub-polaires. Les fièvres intennittentes, ignorées dans les régions septentrionales, sont communes sous l'équateur et dans la zone prétropicale.
Les causes dont dépendent ces maladies se rapportent toujours au climat ou au genre de régime qu'il détermine. Il existe des maladies de la cha'leur et des maladies du froid, de la sécheresse et de l'humidité, de la dépression et de la compression. Ces facteurs aident à l'éolosion, et déterminent les caractères spéciaux de maladies qui ne relèvent pas primitivement d'un agent météorologique isolé.
Des régimes climatiques divers comportent des
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influences sanitaires égalemenl diiïérentes, soit d'un pays à un autre, soit dans le même pays, d'une année ou d'une saison à la suivante. Cette loi s'impose à l'esprit des médecins qui étudient et suivent Ihisloire des grandes épidémies.
Jadis, le froid, le chaud, l'humide représentaient les facteurs des maladies le plus communément invoqués. Aujourd'hui, à la suite des immortels travaux de Pasteur, les bactériologistes ont démontré l'action directe des variations atmosphériques sur les microbes. Ils ont expliqué, du même coup, les véritables rapports de^ phénomènes atmosphériques ou cosmiques, avec la marche et l'évolution des maladies.
La lumière, la chaleur, le froid, la sécheresse et l'humidité exercent des actions directes sur les germes infectieux en paralysant ou en favorisant leur développement, en exaltant ou en neutralisant leur virulence. La conmaissance de ces faits explique la part qui revient au climat dans les variations de la santé publique.
Les mesures d'hygiène à conseiller dans chaque eas de maladie varieront donc selon les climats. La protection contre le froid est assurée par l'usage de vêtements épais, faits de tissus mauvais conducteurs de la chaleur ou de fourrures, par des abris solides, par le chauffage artificiel, par une alimentation généreuse. La protection contre la chaleur im[)]iquera une large ventilation, des vêtements légers, la protection de la tête contre les rayons solaires directs, l'absence de travail musculaire pendant les heures les plus chaudes, le bain froid, une alimentation modérée.
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L'action des climats sur la saiiité est un fait universellement admis. Leurs propriétés curatives ont été, de tout temps, mises à profit par les. malades. Le climat agit sur eux de plusieurs manières, d'abord par le changement des conditions écologiques, ensuite en les plongeant dans un milieu météorologique que l'expérience démontre susceptible d'abréger ou même d'interrompre heureusement l'évolution de telle ou telle maladie. On sait, par exemple, qu'un cilimat constant est indispensable au traitement des phtisiques. C'esit pour cette raison qu'Arcachon, Alger, Hyères, Cannes, Nice, Monaco, Menton, Ajaccio, Madère leur sont utiles pendant l'hiver et les stations alpestres pendantt l'été.
On ne peut séparer la manière d'être d'un peuple du climat sous lequel il vit. Les habitudes d'oisiveté, d'indolence sont le propre des pays chauds, les habitudes d'activité et de constance dans le travail appartiennt, au contraire, aux pays froids ou tempérés. Les sols tirés fertiles supportent généralement une population riante, ayant le goiit du plaisir, les affe^tiohs vives, une amabilité légère, aussi générale qu'habituelle. Un sol ingrat exige, au contraire, de ceux qui l'habiten-t la soibriété, le sérieux, que donment une lutte ineeissante, l'attention et la patience.
La hâte que les climats chauds impriment au développement de la puberté féminine retentit de la manière la plus profonde et la plus directe sur
l'état social. J'ai conservé le triste souvenir de ces femmes des tribus musulmanes du nord de l'Afrique. Elles deviennent pubères au sein même de l'enfance, avant que leur éducation soit commencée. Que peuvent-elles attonJro des hommes, si ce n'est le seul genre d'affe^îtion qui se fonde sur l'attrait direct et momentané du plaisir? Leur sort est d'être sacrifiées à des maris qui ne sont que des maîtres exig'^ants. Elles «oiil esclaves de leurs caprices et victimes de leurs dégoûts. Pour que la femme soit vraiment la compagne de l'honmie, pour qu'elle assume la direction intérieure de la famille, il importe que ses facultés aient eu le temps de se mûrir par l'observation et la réflexion. Il est utile qu'elle ait parcouru les étapes successives de l'adolescence. Sans cette précaution, elle passe sans transition de l'enfance à l'âge mûr. Elle brûle l'une des étapes de la vie, indispensable à la formation d'une femme. Elle ne connaît de l'existence que les longues amertumes et les douleurs. Sans doute l'ignorance et l'iiTéflexion sont, chez elle, assez complètes pour lui dérober le sentiment de ses maux ou pour l'aider à s'y résigner stupidement. Elle ne se doute pas que sa destinée de femme eût été plus douce sous d'autre cieux.
Par contre, le retard de la puberté féminine nuit incontestablement au développement des facultés intellectuelles. Mais il a l'avantage de favoriser le développement de corps exceptionnellement vigoureux et de conserver aux sentiments une énergie et une fraîcheur particulières.
On est allé jusqu'à rapporter la différence des
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langues à celle des climats. Il est indiscutable que la nature des impressions habituelles a dû modifier la parole humaine qui sert à les exprimer. Les hoimnes des tribus qui, aux premiers âges, s'agrégèrent sous un ciel heureux, dans des forêts paisibles, au milieu des fleurs, et qui n'entendaient habituellement que le chant des oiseaux et le murmure des sources vives, ne devaient ni s'exprimer par les mêmes sons, ni les appuyer du même accord que ceux de leurs frères qui vivaient entourés d'embûches, au milieu d'une nature sauvage, près des torrents mugissants, parmi les monts inaccessibles, hérissés de ,rocs et déjà couronnés des neiges éternelles. Des circonstances et des images si dissemblables ne pouvaient manquer d'agir différemment ,sur les hommes, essentiellement imitateurs. Ce qui serait inexplicable, c'est que le langage, expression fidèle des impressions reçues, ne s'en fût pas ressenti. Le choix primitif des sons ne dut pas être le même au bord de l'Océan, sur la cime des monts et au fond des forêts.
Les langues modernes sont, elles-mêmes, vraiment propres aux différentes latitudes. Il existe une littérature du Nord et une autre du Midi. Le peuple français qui vit dans une région du globe exceptionnellement douce "et tempérée a une langue particulièrement bien faite. A cause de sa clarté, il s'est déjà débarrassé de nombreux préjugés; il a porté le flambeau de la raison dans les questions qui Tintéressent, abordé fructueusement les sciences et agrandi les arts plus qu'aucun autre. Il a su donner des bases solides à sa
liberté et accroître journellenieni la somme de ses jouissances et de son bonheur.
On pourrait lui opposer tel autre |>euple dont la langue est maJl faite, et qui ne paraît guère pouvoir dépasser ceilaines l)ornes dans les sciences et les arts. Il avance à tâtons et comn>e au hasard; l'erreur l'aveugle: la lumière ne lui vient que de ses voisins. Il ne fera de réels progrès que lorsque sa langue se sera améliorée.
L'action du dimat est une de ces forces constantes de la nature dont les effets sont, à la longue, toujours ressentis parce que Thomme ne peut leur opposer que des résistances passagères comme lui-même. Jamais cette action ne cesse de s'exercer; jamais elle ne perd sa force.
S'il est vrai que les lois morales placées par la nature dans l'organisation même de l'homme sont communes à tous les temps et à tous les lieux, par contre, les institutions sorties des conceptions des législateurs ne saura ie<nt être les mêmes, ni produire des effets identiques dans tous les pays.