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LA POSTERITE DETRUITE OU LES CAUSES DE LA DÉPOPULATION

La limitation volontaire des naissances. — Le suicide de la race française. — Enuimération et examen des causes de la dépopulation. — L'atbrait d&s villes et l'émigration des ruraux.

Il est inconcevable que dans l'état de nature et même à un degré inférieur de civilisation, l'homme ait jamais songé à limiter volontairement sa puissance de transmission de la vie. Cette limitation n'apparaît comme phénomène constant que dans une civilisation élevée qui méconnaît ses véritables intérêts. Le premier et principal acte de tout être vivant, monade ou éléphant, bactériç ou chêne, c'est de rechercher une nourriture convenable; le second, c'est de se reproduire. Si cet être ne se reproduit pas, il périt tout entier. Mais, d'instinct, il ne consent jamais à cette mort .totale. Il en triomphe en s'assurant une postérité.

Ce besoin de descendance a périodiquement suscité le torrent de la migration des peuples. L'hom-

me primitif a horreur d'être seul; il s'insurge contre la stérilité; il désire des enfants et en particulier, des fils. La stérilité est inconciliable avec une civilisation qui n'a pas encore dépassé la satisfaction des besoins purement physiques. Tant qu'un peuple ne pratique que l'agriculture, l'élevage des troupeaux et l'industrie domestique, il peut être pauvre, mais aucun de ses membres n'est dépourvu de postérité.

Quand l'homme perd ses attaches avec la terre nourricière, quand il se sépare du fidèle sillon, quand il se cache derrière les murs des villes, quand il renonce à sa part du sol, de la forêt et du fleuve, quand il se refuse à prendre de ses propres mains dans les greniers d'abondance du règne végétal et animal, alors naît en lui le désir d'avoir une famille moins nombreuse mais plus riche. Peu à peu les villes se multiplient et drainent une grande partie de la nation. La haute civilisation, enfin, condamne à la stérilité absolue une foule de plus en plus nombreuse de gens qui ne possèdent pas un seul pouce de terrain, qui sont jetés hors des conditions d'existence naturelles de l'homme et qui mourraient de faim, le jour où l'on fermerait les chantiers et les usines.

Voilà où en sont les pays de l'Europe occidentale, qui passent pour les plus riches et les plus civilisés de l'univers. Notre pays se distingue au milieu de tous les autres par une natalité qui ne compense même plus les perles imputables aux décès normaux.

« La France se suicide », disait jadis Roosevell, en parcourant les tables de la natalité euro-

péenne. C'est un fait auprès duquel tous les autres problèmes de la vie sociale intérieure doivent nous sembler de médiocre importance.

La statistique n'aurait-elle d'autre justification que celle d'enregistrer les naissances d'un peuple et de dénombrer ses unités vivantes, il conviendrait de la conserver. Elle nous apprend que depuis cent ans, le nombre des naissances a suivi, en France, une diminution progressive et que nous en sommes arrivés à un accroissement à peu près nul de notre population. En 1800, il naissait 33 enfants par 1.000 habitants; en 1910, il n'en vint au monde que 19 pour le même nombre de vivants.

En 1913, naquirent 745.529 petits Français, alors qu'il y a moins de quarante ans le chiffre annuel des naissances atteignait 945.000!

L'excédent des naissances sur les décès n'a été que de 41.901 en 1913 (10 pour 10.000 habitants) et 57.911 en 1912 (15 pour 10.000 habitants).

Si nous nous comparons avec l'étranger pour cette même année 1912, nous constatons que l'excédent des naissances sur les décès a été pour 10.000 habitants, de 15 en France; 158 aux Pays- Bas; 140 en Italie; 127 en Allemagne; 107 en Autrielie; 105 en Angleterre.

Depuis vingt ans, la régression de la natalité française a pris des proportions fabuleuses. En 1907 nous eûmes plus de cercueils que de berceaux: on enregistra, en effet, un excédent de 46.000 décès sur les naissances. Si les coefficients de natalité ne se modifient pas, en 1948 il naîtra 250 Allemands pour 100 Français et 330 Russes pour 100 Allemands.

On se marie proportionnellement autant en France qu'en Allemagne, mais pour un ehitïre donné de mariages, les conjoints allemands ont 285 enfants et les époux français 190.

Si, du moins, la diminution de la population devait améliorer le sort des classes laborieuses, le mal aurait un semblant de justification. Il n'en est rien. La raréfaction des hommes diminue l'offre du travail, mais elle a aussi pour effet d'en diminuer la demande, exactement dans la même proportion, en sorte que la valeur de la célèbre fraction ne change pas.

On ne finirait pas si l'on voulait tirer toutes les déductions qui découlent de l'abaissement de la natalité d'un pays: le développement de l'agriculture et de l'industrie est ralenti, l'émigration est nulle, de sorte que ce pays a des colonies et pas de colons. Les étrangers débordent chez lui: on octroie chaque année à un certain nombre d'entre eux la naturalisation, c'est-à-dire un faux-nez national, avec les droits qui y sont attachés. C'est insuffisant pour en faire des citoyens dévoués à leur patrie d'adoption. Nous l'avons bien vu depuis le début de la guerre. Les économistes affirment que la dépopulation rend la plupart des traités dits « de réciprocité » très onéreux pour les pays qui se dépeuplent. Les sociologues enseignent que seule une natalité puissante peut garantir l'avenir d'une nationalité. Les moralistes proclament que l'abaissement de la natalité diminue les vertus familiales.

Je m'arrête. Il ne faut pas que le mouvement et la vie se retirent de notre pays. Les sociétés

animales qui se laissent envahir par des apports étrangers s'étiolent et se dégradent par le parasitisme. Il ne faut pas que cette loi s'applique à la race française.

Les causes de la dépopulation sont nombreuses. La mortalité, qui est modérée, ne joue qu'un rôle accessoire dans la dépopulation de la France. Au demeurant, la lutte contre la mort, si hien organisée soit-elle, ne peut contribuer sérieusement à sauver notre pays du mal qui le ronge.

L'infécondité de nos femmes n'est pas physiologique; elle est volontaire dans l'immense majorité des cas. Les époux contemporains ne veulent plus avoir d'enfants qu'à bon escient. Ici la sensualité humaine, comme dans beaucoup d'autres plaisirs, prétend cueillir les fleurs sans les fruits. Certains soutiennent subtilement que l'homme qui tient pour sagesse de n'agir qu'après réflexion, qui prévoit les suites de ses actes et qui répudie l'abandon aux mouvements instinctifs de la passion, ne saurait transgresser une règle qu'il tient pour sensée, quand il s'agit de l'acte le plus grave de la vie: la procréation d'un être humain, acte dont il devra supporter toutes les conséquences. Sans doute, il est encore des hommes qui ne s'embarrassent pas de tant de philosophie et qui procréent, sans souci de ses conséquences. Mais la dureté de la vie contemporaine est telle, que les enfants meurent fort bien de faim, de froid et de misère, quand le père et la mère disparaissent ou n'arrivent pas à îes sustenter.

Ce n'est pas là le véritable motif de la limitation volontaire des naissances car, il apparaît de plus en plus fréquemment que l'aisance entraîne la stérilité!... Les cantons français les plus riches en récoltes sont les plus stériles en hommes. La contre-partie est vraie: à Paris, comme d'ailleurs à Berlin et à Vienne, les arrondissements pauvres se distinguent par leur natalité élevée.

Dans les milieux où Ton pense à la fortune, c'est-à-dire dans ceux où Ton possède, on a horreur de partager le bien familial, on est ambitieux pour ses enfants, on se garde d'avoir une nombreuse postérité. Il est de l'intérêt particulier que la population croisse lentement, car l'accroissement trop rapide engendre la dispersion des biens. Sïl était possible de dresser une statistique strictement proportionnelle du nombre d'enfants qu'on rencontre dans les ménages aisés ou riches et de ceux qu'on rencontre dans les ménages indigents, on veiTait que c'est une proportion du simple au triple dont il faudrait parler.

Si, du moins, ces familles nombreuses étaient celles où le mari se montrait le plus fidèle, la mère la plus soigneuse, les enfants les plus obéissants... Mais dans la réalité en est-il ainsi? Pour le prétendre, il ne faut pas avoir entendu ces réponses cyniques et ces dictons grossiers qui, dans le peu- I)le, servent d'excuses à l'imprévoyance des pauvres gens. Quand, après la paye hebdomadaire, l'homme rentre chez lui, au sortir du cabaret, et soumet à son caprice d'un moment sa malheureuse femme, il est bien difficile de voir là un effet de ce que les âmes naïves appellent, dans une langue

mystique et déplacée, la sublime confiance du pauvre dans la Providence. Il s'agit simplement de la satisfaction égoïste d'un instinct.

L'affaiblissement des croyances religieuses, l'effet des lois successorales, l'état démocratique, l'individualisme ont été tour à tour invoqués pour expliquer la diminution du nombre des naissances. Les politiciens, les littérateurs, les artistes, qui ont assumé la tâche de diriger les destinées et de former l'esliiélique de la nation, doam'ent à tous l'exemple de l'infécondité.

L'esprit d'épargne poussé jusqu'à l'avarice, l'affaiblissement de l'esprit d'entreprise, l'absence de protection des "familles nombreuses qui, dans les villes, n'arrivent môme plus à se loger, les lois sur les accidents du travail qui mettent à la charge des patrons les pensions à payer aux veuves et aux enfants des ouvriers morts d'accident, les impôts de plus en plus élevés, les droits et les taxes innombrables qui, frappant des objets de première nécessité, font augmenter le coût de la vie, la propagande organisée et publiquement tolérée pour la limitation volontaire des naissances, l'alcoolisme, la perversion progressive de l'esthétique morale qui fait que nul homme ne rougit de paraître stérile ou de rester obstinément célibataire et qui suscite une littérature casuistique excusant l'avortement, le néo-malthusianisme, l'infanticide, le parricide, la désertion, le vol ou l'assassinat, tout, absolument tout peut servir de thème à qui veut épiloguer sur la dépopulation.

M. Charles Benoist a conduit une remarquable enquête sur les causes de la diminution de la na-

Uililé. Parmi toutes celles qu'il a signalées à laltention générale, je veux spécialement retenir le rôle que les syndicalistes révolutionnaires ont joué dans la propagande néo-malthusienne.

Par des chiffres et des témoignages, M. Charles Benoist a montré que la grève lock-out organisée à Fougères en 1906-1907 a eu pour conséquence une chute immédiate et hrusque du nombre des naissances dans cette ville où, depuis lors, la natalité ne s'est jamais relevée. Il faut voir dans ce résultat, les effets d'une propagande brutale faite ouvertement et qui est un véritable attentat contre l'avenir et la vie même du pays.

Parmi les causes de la dépopulation, il en est une qui est redoutable entre toutes, parce qu'elle éloigne les hommes de la vie naturelle et qu'elle ies rend, par surcroît, malheureux: c'est l'attrait des villes. Allez proclamer, comme on Ta fait, au cours d'un procès plaidé devant la dixième chambre, qu'un gamin de dix-sept ans, « petit chasseur )) d'un music-hall parisien ou d'un cabaret à la mode, reçoit chaque jour deux cents francs de pourboires... et dites ensuite aux hommes des champs de demeurer chez eux. Ils vous répondront que puisqu'un garçon de dix-sept ans, leste et délirouillard, peut gagner à la ville un traitement de ministre, ils préfèrent abandonner la charrue pour la livrée et la petite casquette.

Qui d'entre nous n'a vu les terres de son pays natal jadis cultivées piir des familles de fermiers, abandonnées et en friches? Pourquoi? Parce que les enfants ont fait leur service militaire dans une ville et qu'au lieu de rentrer au village en quittant

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le régiment, ils ont préféré prendre des emplois plus durs, mais plus lucratifs dans les usines et dans les grandes maisons de commerce. Ceux qui sont restés envient secrètement d'abord, puis ouvertement ceux qui sont partis; ils finissent par les rejoindre. Il ne reste au village que les vieux qui, se trouvant obligés de se faire aider par des salariés, augmentent le prix de leur grain, de leur paille, de leur fourrage, de leur bétail.

L'émigration des ruraux dans les villes: voilà le péril. Le service militaire universel, la multiplicité des moyens de locomotion, la dissémination pendant six mois de l'année des citadins qui font au village, sur les plages, à la montagne, dans les moindres hameaux, étalage de leur déconcertante oisiveté; les kermesses périodiques qui attirent les foules rurales dans les cités par le spectacle sans cesse renouvelé de jeux, de licences et de rigolades, et qui leur donnent une idée si fausse de notre labeur: voilà ce qui aggraive le mal.

C'est la grande ville avec ses formidables appétits, qui peu à peu dévore la France. Nos aventuriers contemporains ne vont plus chercher fortune au Canada, en Chine, à Madagascar, au Maroc ou ailleurs. Autant que leurs devanciers, ils ont cependant le goût de l'aventure, inais ils préfèrent la tenter sur les boulevards ou dans les banlieues enfumées. Il vaut mieux être « chasseur » à Montmartre que laboureur à Casablanca, marchand à Saigon, mineur à Madagascar ou trappeur au Canada.

Nos gars, aussi audacieux qu'autrefois, mais

peut-être moins bien guidés, préfèrent à la vie large et saine, au grand air, à la famille heureuse engendrée par eux, les embuscades de l'alcoolisme, de l'avarie et de la tuberculose. Ils préfèrent les logis nauséabonds, les cabarets, les cafésconcerts et les maisons closes à la maisonnette et au petit lopin de terre que les pères avaient eu tant de peine à acquérir et qu'ils désiraient si furieusement accroître.

Devant ses sacs de blé amoncelés, le fermier rêve, malgré lui, au pactole qui, dit-on, coule à pleins bords dans les villes. Tous ces trésors véritables que la terre lui a donnés ne valent pas à ses yeux les valeurs suspectes que quelques charlatans négocient à la Bourse et c'est entre leurs mains qu'il médite déjà de laisser sa dépouille.

Et nous, gens des villes, qui nous moquons des phrases, des joies, des douleurs, des protestations, de tout, nous ne souhaitons qu'une chose: aller nous refaire à la campagne. Nous qui ne croyons à rien, nous avons la conviction que nous périrons infailliblement, si nous continuons à vivre, entassés dans la ville comme des harengs en caque, asphyxiés par nos réciproques puanteurs, abrutis par le manque de sommeil, exténués par la tension nerveuse, étiolés faute de vraie lumière, d'oxygène et d'air pur.

Les plus insensibles et les plus malins d'entre nous croient encore à la splendeur des couchers du soleil; ils sont émus par la beauté violente des orages, troublés par la poésie des nuits sereines, grisés par les senteurs des forêts ou les parfums des plaines. Il n'y a que l'homme des champs qui

souliaite vivre à la ville! Nos paysans s'y ruent comme ils feraient à la porte du Paradis. Ils préfèrent gagner vingt francs la nuit, à des métiers abjects, dans les sous-sols étouffants et trépidants de nos usines, que quarante sous au soleil.

Avant de songer à frapper de surtaxes les célibataires et les m.énages sans enfants, avant de décorer les mères exceptionnellement prolifiques, il serait plus urgent de fixer nos paysans à leurs villages. La valeur et la puissance de notre race seraient singulièreimcnt accrues.

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