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METHODES D'EDUCATION PHYSIQUE

« On n'a que la santé que l'on mérite : les peuples, par les lois imposées; la famille, par les mœurs sanitaire» pratiquées; l'individu, par son éducation morale et physique » (D'' Landouzy).

L'éducation physique doit être éclectique. — Dosage des exercices. — L'équilibre physique aide à l'équilibre moral. — Déformation du corps humain par la sédentarité.

— Le mouvement sous le soleil et les collèges d'athlètes.

— La méthode naturelle d'éducation physique.

Bon gré, mal gré, il faut revenir à l'éducation physique. L'éducation intellectuelle a trop longtemps dominé. Tout lui a été sacrifié. On a tout accordé à l'esprit et, peu à peu, tout enlevé au corps.

Nous avons d^nandé de l'air dans les programmes et dans l'école; nous en demandons aujourd'hui dans les poitrines. A Nuremberg, en 1904; à Londres, en 1907; à Paris, en 1910, les congrès internationaux d'hygiène scolaire ont déjà formulé ces trois revendications essentielles.

Les pédagogues doivent résoudre ce double et

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délicat problème: combattre les excès de la sédentarité scolaire et améliorer l'éducation intellectuelle par des méthodes qui permettent de diminuer le temps consacré à l'étude ou à l'enseignement. « Ce n'est pas une âme, ce n'est pas « un corps qu'on dresse, disait Montaigne, c'est (( un homme; il ne faut pas les dresser l'un sans « l'autre, mais les conduire également comme un « couple de chevaux attelés au même timon. »

On commence à être fortement convaincu que les exercices, jeux et sports de plein air, sont indispensables, non seulement à la croissance normale des adolescents, mais à leur formation intellectuelle et morale. La culture des sports comporte des résultats hygiéniques et moraux, elle prépare à la vie pratique, faite d'efforts.

L'inattention qui ne provient le plus souvent que de la prépondérance d'un système nerveux trop imj)ressionn'able, est combattue eflicacemG?it par les habitudes hygiéniques et par la discipline du corps.

En éducation physique, le principe fondamental doit être l'éclectisme. En cette matière surtout, l'exclusivisme est en opposition avec les lois, les nécessités et les tendances de la ^ie. Ce qu'il faut à nos enfants, ce n'est pas ^h^'pertrophie du muscle, c'est l'adresse, la souplesse, l'agilité, l'audace, la grâce et l'élégance, qui sont les éléments d'un équilibre parfait.

Notre époque est sportive. L'âge du muscle revit. Georges Rozet en a éloquemment décrit les fêtes. C'est la réaction qui devait suivre fatalement la crise sentimentale des cinquante dernières an-

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nées. La virilité de la race était compromise par un féminisme désenchanté. Le mépris philosophique de la « guenille » nous a conduits au sédentarisme, à l'atrophie musculaire, aux maladies de la nutrition et à l'artério- sclérose qui les termine tragiquement.

Le sport est une nouvelle religion qui a ses prêtres et ses disciples. Le mot religion n'est pas une métaphore, car nous revenons insensiblement par des voies multiples et détournées à l'égotisme antique si bien caractérisé par la moqjhologie vigoureuse de ses divinités. Le renonceanent de soimême, l'élan de l'âme vers les sentiments altruistes, l'inclusion de tout idéal dans l'idéal religieux et l'exaltation morale ont prétendu négliger entièrement le support anatomique de nos pensées. Les Christs amaigris de la Keaiaissance que copient servilement nos imagiers contemporains ont souligné ces conceptions. Elles diffèrent de celles, plus naïves et plus vraies aussi, des premiers disciples qui représentaient le Bon Maître sous les traits d'un honmie magnifique et séduisant. Elles diffèrent non moins des effigies splendides des dieux de l'antiquité.

Les premiers grands prêtres de cette religion furent: en Suède, Ling; en France, Amoros. Leur action sur les masses se renforça plus tard de tout le poids des travaux des médecins. Claude Bernard, Duchenne de Boulogne, Chauveau et Marey étudièrent la fonction musculaire. Mais le vrai précurseur, aujourd'hui disparu, Fernand Lagrange, eut le mérite de vulgariser les bases de la science du mouvement. En même temps que

lui, Deméruy, jadis collaborateur de Marey, s'attachait surtout à la eynétique. Enfin Georges Hébert, le plus jeune, le plus populaire aussi parmi les initiateurs, passait on grand de la théorie à la pratique; c'est à lui qu'on doit vraiment la première besogne de régénérescence effective, la récolte des premiers fruits.

La nouvelle religion nous promet la venue prochaine de l'homme complet. Par les multiples expériences, par les leçons de choses journalières qui se dégagent des pratiques sportives, celles-ci deviennent une école d'ordre et de raison. Une forte éducation physique doublée d'une forte culture intellectuelle, voilà la formule. Le cultie d'Hygie retrouve des adeptes. Et c'est fort heureux, car c'est à elle que nous devons les phalanges héroïques et glorieuses de nos soldats. Les adolescents de la classe 1916 ont montré ce qu'on peut attendre d'un entraînement méthodique de la jeunese. L'homme sst construit pour vivre un siècle, et plus de la moitié des hommes n'atteignent pas la cinquantaine ! Un peu d'eau, une certaine tempérance, la pratique de la marche: voilà de quoi maintenir la jeunesse en état de vigueur, donner à l'âge mûr une agréable virilité, et prolonger la vieillesse.

Nous n'avons même pas encore obtenu partout la propreté corporelle! Dans nos lycées, les cours de gymnastique sont suivis par classe, c'est-à-dire que le savoir acquis ayant placé les élèves dans tel cours, ils vont faire en commun les mêmes exercices, comme ils font de l'orthographe et du calcul. On ne tient compte ni de leur développement phy-

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sique, ni de leur état de santé. Dans les cours d'adultes, les écoles élémentaires et les écoles normales primaires, on a tracé un beau programme d'hygiène. Mais il n'est qu'un cadre idéal. Il n'a jamais été rempli.

M. Adrien Veber a demandé que la responsabilité civile des chefs d'établissement et maîtres fût couverte par l'Etat en Cîis d'accident. Il est juste que la responsabilité civile de l'Etat soit subsistuée à celle du maître, non seulement pendant les heures réglem.entaires consacrées à l'éducation physique, mais encore pendant les heures de récréation. Il ne convient pas que la crainte exagérée des juges et des parents timorés fasse redouter les accidents et les représailles possibles. II existe des écoles où l'on contraint les enfants à l'immobilité et où on les empêche de courir pendant les récréations.

Il faut revenir au culte de l'énergie. L'initiative et l'activité dans les jeux sont des symptômes d'indépendance et d'inteilligence. Sous le matérialisme apparent des fêtes du muscle se cache la recherche du prestige éclatant du beau. Le sipovt marque le retour à une nature embellie par la pureté de la forme. Il aboutit au modelage de la matière évoluant vers la perfection organique.

L'effort physique a toujours rendu meilleurs ceux qui le pratiquent avec ponctualité et intelligence. Soi desporter est une vieille locution du quinzième siècle. Elle était synonyme de faire des sports et nous est revenue d'Outre-Manche après V être allée de chez nous. Le tennis et le football

sont d'anciens jeux français. Nos ancêtres les connaissaient; ils avaient déjà recours à l'entraînenaent.

Dans l'éducation de Gargantua, Rabelais fait une part importante aux exercices physiques. Tandis que Ponocratès instruit son héros es lettres grecques ed latines, sciences mathématiques et autres « un jeune gentilhomme de Touraine (( nommé l'escuyer GjTnnaste, lui montrait l'art « de la chevalerie, et cet art, c'est à la fois l'équi- « tation, la chasse, la natation, le tir et la gym- « nastique proprement dite. »

Rappelons-nous aussi que Sophocle dansait le pœan et que Platon devait à l'athlétisme le remarquable développement de ses épaules. En Grèce, les péditribes étaient des médecins spéciaux qui s'occupaient exclusivement de la culture corporelle.

Qu'on le veuille ou non. la virilité, l'énergie, le sentiment de l'action et le besoin de l'indépendance ne se développeront jamais sous un régime qui atrophie le corps et qui. fait de ce dernier un embarras. Au contraire, les jeunes gens entraînés aux différents sports sont manifestement préparés à la vivacité et à l'initiative. Ils ont appris à triompher de leur organisme et à le dompter, ce qui est la meilleure garantie pour réussir dans la vie. Une telle jeunesse est l'espérance du pays.

En 1860, il n'existait qu'une so<'iélé de gymnastique en France, à Guebwiller, petite ville du Ilaut-Rhin. En 1869, il y en avait quinze, trois à Paris, une à Epinal, une à Vesoul et dix en Alsace. Depuis 1850, il a fallu abaisser deux fois le mini-

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mum de taille de nos soldats. Nous serions devenus un peuple de nains si un remède énergique n'avait été appliqué. Les exercices de la course, du saut, du disque, du palestre et du char devraient reconquérir dans la vie moderne la place qu'ils occupaient dans l'antiquité.

« La première condition, la condition indispensable pour réussir dans la vie est d'être un bon animal », disait brutalement Emerson, et sa pensée peut être complétée par celle-ci d'Herbert Spencer : « ... et la première condition de la prospérité nationale, c'est que la nation soit formée de bons animaux ».

Dans une des palabres officielles qui eurent lieu peu de temps avant la guerre et qui eut, au mois de mars 1914, les honneurs de la Sorbonne et de l'Académie de médecine, on parla très sérieusement de renaissance physique. Entre deux rapports, j'appris que Maeterlinck était un lutteur de quaJité, et que d'autres écrivains notoires étaient épris de boxe. Il apparut à tous que l'union était faite entre l'esprit et la matière, et que la culture du « moi » s'alliait parfaitement avec celle du muscle. On nous présenta 'les athlètes du colonel Cordier; on goûta la méthode callisthénique de Mlle Hart, le système de M. R. Duncan et la remarquable et classique méthode' de M, Demény. L'Ecole de Joinville se surpassa; enfin Georges Hébert souleva l'enthousiasme général.

Mais, il apparut que le dosage des exercices physiques n'était pas exactement déterminé et que les méthodes étaient encore empreintes de conventions et d'un certain dogmatisme. Entre toutes

les autres — et ce fut la cause de son succès — celle d'Hébert nous apparut comme la plus éclectique. Elle a contribué, avec des hommes d'une constitution moyenne et parfois médiocre, à faire des milliers d'athlètes. Elle nous a donné les immortels fusiliers marins d'Ypres.

Le temps n'est plus où l'on épiloguail sur l'imitilité de l'effort. Un grand mouvement porte la jeunesse vers le culte de l'énergie. Ici encore l'autre victoire est proche. Déjà nous avons ébauché un programme. Il faut le remplir: le plus difficile n'est pas fait. Un grand effort a été accompli et l'opinion est, dès maintenant, pleinement conquise. Il appartient aux pouvoirs publics d'agir. Une loi, vieille de trente-trois ans, promulguée, le 27 janvier 1880, alors que Jules Ferry était ministre de l'instruction publique, — c'est de l'histoire très ancienne — n'a jamais été appliquée. Le Congrès international de l'éducation physique de 1913 envoya une délégation au président du conseil d'alors, qui était en même temps ministre de l'instruction publique. Elle lui remit une liste de vœux qui fut bien accueillie. On décida alors d'expérimenter le premier catéchisme d'éducation physique sur les élèves du lycée Jeanson-de-Sailly. Cela faisait une expérience de nlus. D'autres expériences iimonThraibles avaient été réalisées antérieurement. Elles étaient toutes concluantes. Le besoin d'en instituer une nouvelle et de perdre un temps précieux ne s'imposait peut-être pas. Dans un rapport que nous avons sous les yeux, M. Adrien Veber a fait allusion à cette démarche en des ternies amusants. « Si bientôt, concluait-il.

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« les actes ne suivaient pas 'les paroles, le Parle- <c ment devra transfoimer la complainte en con- « trainte. »

Depuis 1880 pour les garçons, depuis 1882 pour les filles, l'éducation physique a été rendue « obligatoire dans tous les établissements d'ins- « truction pulilique dépendant de l'Etat, des dé- « partements et des communes». Mais les programmes d'exercices ne furent arrêtés qu'en 1890. Les maîtres ne furent instruits de leur tâche spéciale que depuis la création, par décret du 30 septembre 1907 d'un certificat d'enseignement de la gymnastique. Enfin, ce n'est que le 1" octobre 1913, à la suite de la démarche faite par une délégation du Congrès international d'éducation physique, que les leçons de culture physique ont pris place dans l'horaire des classes, à raison de trois séances d'une demi-heure, ou de deux séances de trois quarts d'heure par semaine, pour chaque classe, sans distinction, entre les internes et les externes.

Cent soixante-six sociétés sportives des lycées et collèges actuellement existantes ajouteront au minimum officiel un complément d'exercices physiques vraiment utile. Elles démotntreront notamment que le développement des sports,, non seulement ne nuit pas au travail scolaire, mais qu'il exerce une influence bienfaisante sur la santé, la volonté et le bon esprit des élèves.

Notre reconnaissance doit être acquise à ru. S. F. S. A. pour l'impulsion générale qu'elle a donnée au mouvement sportif, pour les championnats qu'elle a crées et qu'elle subventionnait

avant la guerre, enfin, pour la participation qu'elle prit aux frais de déplacement des équipes scolaires. De son côté, le ministère de l'Instruction publique distribuait annuellement environ 12.000 francs en subventions aux lycées de garçons. C'était trop peu. Les instituteurs-élèves qui ne pouvaient recevoir dans les écoles normales, l'enseignement des exercices du corps, faisaient un stage à l'Ecole de Join\ille-Ie-Pont pendant leur service militaire. Cette mesure très judicieuse a rendu nos futurs maîtres d'école capables d'initier tous les enfants du peuple aux principes essentiels de l'éducation physique.

L'intensité de la vie intellectuelle, les besoins sociaux et la mode dans la classe aisée, le cabaret et la dureté de la vie dans la classe populaire, éloignent les hommes modernes du juste équilibre physique et moral qui régna sur les sociétés antiques. Si le cerveau grec et le cerveau latin pensent encore au travers du cerveau moderne, c'est parce que la vigueur de production intellectuelle de l'antiquité était exceptionnellement puissante. Elle trouvait son support naturel dans un équilibre organique parfait

Il serait cruel d'insister sur les anomalies des formes imprimées au coi'ps hitmain par la sédentarité, par la vie moderne, par l'alimentation défectueuse et par l'hérédité. Tel a du ventre, tel autre présente une atro|»hie de la poitrine que souligne encore le décollement des omoplates. A cause

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