BARON DE LAGO
Cette dernière phrase surtout révèle le peu de crédit dont le chargé d'affaires d'Autriche jouissait à la cour de Mexico où M. Magnus, le ministre de Prusse, même jusqu'à la mort de Maximilien, exerça une véritable influence.
Du reste, les généraux de la république avaient bien compris, comme nous l'écrivions déjà en i865, qu'il y aurait imprudence dans l'intérêt même de leur propre cause, à retarder l'évacuation des armes françaises par des démonstrations menaçantes ou par un seul coup de fusil. Dès l'abord,
ils s'étaient montrés tout disposes à la reddition des prisonniers, qu'ils avaient presque tous loyalement et humainement traités, en vertu de règlements émanés de Juarez, qui eussent fait honneur à une armée européenne.
A Pachuca, Joachim Martinez nous offrait d'entrer en relations à cet effet. Dans le nord, Escohedo nous rendait les Autrichiens capturés le long du Rio-Bravo; du côté d'Oajaca, le secrétaire particulier de Porfirio Diaz, du nom de Thiele, dès le mois de novembre 1866, s'était présenté à nos avantpostes de Tehuacan. Ce personnage, d'origine française, avait d'abord été rattaché à la brigade de sûreté envoyée de Paris par M. Hyrvoix, inspecteur général de police, pour la sécurité des souverains du Mexique; plus tard, après avoir quitté le service de l'empereur Maximilien, il s'était rendu comme agent de colonisation du côté d'Oajaca. De là, il avait passé à l'ennemi pour fuir les persécutions d'un haut fonctionnaire mexicain. Il avait offert ses services à Porfirio Diaz, dont il apportait en novembre une réponse à une note du général Aymard. Cette note française, qui ouvrait les négociations avec les libéraux, avait eu pour but de réclamer ceux de nos compatriotes surpris dans Oajaca après la mort du commandant Testard. Nous comptions soixante-dix prisonniers, dont dix-neuf officiers de ca:[adores^ entre les mains de Porfirio, qui, le 22 janvier, nous les remettait sains et saufs dans l'hacienda de Buena-Vista. Quelque temps auparavant, le jeune Empereur, espérant bien à tort rallier à son trône le général Porfirio, ami dévoué et compatriote de Juarez, avait fait mander secrètement à Mexico le secrétaire Thiele, par l'intermédiaire du quartier général, et l'avait chargé auprès du chef ennemi d'une mission confi-
dentielle qui échoua. Il n'avait pas, du reste, été plus heureux près du général Ortega, avec qui, lui aussi, il avait noué des relations confidentielles; de telle sorte qu'Ortega se trouva un instant en butte aux propositions françaises et impérialistes. Un avis émané du cabinet militaire de Maximilien avait même été adressé aux autorités en dehors de l'influence française pour faire respecter les démarches du négociateur.
Palais de Mexico, le 20 mars 1866.
Gériéral,
M. Miguel Ruelas, avocat, chargé de régler les affaires d'Ortega, fait des voyages entre Mexico et Zacatecas.
Le gouvernement de l'Empereur est prévenu de ces voyages et a des raisons pour les autoriser. Je vous prie de vouloir bien en faire part très confidentiellement au commandant supérieur de Zacatecas, afin que les allures de ce personnage, qui pourraient lui paraître suspectes, ne soient pas la cause de son arrestation. Pareille communication confidentielle est adressée directement au préfet politique de Zacatecas.
Toutes ces intrigues s'entrecroisant, laissent une impression fort affligeante. On comprend très bien que le malheureux prince cherchât à accroître le nombre de ses partisans, et surtout à recruter des généraux dans le camp ennemi ; c'était de bonne guerre. Mais que de fausses démarches, également compromettantes, eussent pu prévenir une sincérité parfaite, un aveu légitime des fautes commises, la réparation du passé, par une retraite commune, enfin une franchise réciproque entre les deux cours de Paris et de Mexico. Ortega, aspirant au fauteuil présidentiel, encouragé par notre politique, qui oubliait bien vite, en haine de Juarez, que l'ancien
général en chef de Puebla avait forfait à sa parole en s'échappant de nos mains, et nous avait suscité, depuis son évasion, une guerre acharnée, pouvait-il se résigner au simple rôle d'officier général? Qu'en était-il résulté? un double affront. Ce compétiteur opposé à Juarez portait ombrage aux Américains. Les Yankees avaient arrêté tout simplement à Brazos Ortega, qui, à cette heure encore, attend les effets de la clémence du président de la république réélu, à cette heure, à une imposante majorité par son pays reconnaissant. Est-ce le signal de la résurrection du patriotisme mexicain?
La délicate opération des échanges avec le général Porfirio, qui avait duré plus de deux mois, se dénoua par la lettre adressée au chef du cabinet militaire du quartier général chargé de traiter toutes ces questions.
Oajaca, le 12 janvier 1867.
Colonel,
M. Thiele m'a remis la lettre que vous m'avez adressée. J'approuve la convention passée pour l'échange des prisonniers, et aujourd'hui même ils se mettent en marche pour la ville de Tehuacan.
Le colonel Milicua, chef de mon état-major, et mon secrétaire, M. Thiele, sont désignés pour régler et terminer officiellement l'échange. Ils ont pleins pouvoirs pour écarter tous les incidents qui peuvent s'élever jusqu'au terme des négociations.
Quant aux soldats français faits prisonniers à la Baranca Seca, ils seront mis à votre disposition. J'ignore où ils se trouvent, et je ne puis assurer qu'ils seront rendus à jour fixe; mais je puis vous affirmer que toutes les mesures sont prises pour arriver à un
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résultat prochain. Les soldats mexicains, prisonniers entre vos mains, devront être remis, à Tlacotalpan, eAt-j les mains du général Rafaël Benavidez, commandant militaire de cette ligne. Agréez, etc.
PORFIRIO DlAZ.
Dans le Michoacan, Vicente Riva Palacios poussait luimême la loyauté jusqu'à faire respecter dans toute Tétendue de son commandement des petits détachements de blessés ou de convalescents français ralliant Mexico des rives du Pacifique, et veillait à ce qu'ils ne fussent pas inquiétés par les guérillas indisciplinées.
ARMÉE RI'PUBLICAINE tU CENTRE.
Au colonel chef de cabinet.
J'ai reçu votre lettre du 14 janvier, avec les plis de service, que j'ai fait passer de suite à destination des officiers français. Vous pouvez assurer, en mon nom, au maréchal, que ses compatriotes, qui doivent traverser les chemins de Morelia à Mexico, seront entièrement respectés dans leur personne et dans leurs intérêts sur toute la ligne de mon commandement, et je donne des ordres pour prévenir tout contre-temps.
Patrie. — Quartier général de Tenancingo, le 19 janvier 1867.
Vicente Riva Palacios.
Du reste, l'attitude de ces chefs libéraux était un éclatant et dernier hommage rendu à l'humanité du commandement français, qui pendant cette atroce campagne avait toujours su distinguer les soldats des bandits. Malgré une guerre pour
laquelle ils nous savaient d'ailleurs peu de sympathie, ils avaient eu confiance dans le drapeau français, et ils n'avaient jamais craint de lui demander, les premiers, protection contre les excès de leurs propres compatriotes.