‹ L'élévation et la chute de l'empereur MaximilienChapitre 19 sur 22 · POLAK · texte numérisé non relu

POLAK

A la fin du mois de janvier 1867, l'armée française, en pleine retraite, s'allongeait comme un ruban d'acier, sur la route poudreuse de Mexico à la Vera-Cruz. Le corps austrobelge descendait à la mer, flanqué par nos troupes, pour s'embarquer le premier, en vertu de la promesse consentie à Maximilien. Dans quelques jours, il ne devait plus rester que l'arrière-garde à Mexico. Aussi, les environs de la capitale étaient-ils déjà envahis par l'insurrection, qui s'avançait comme le flot montant. L'heure des combats était passée pour nos soldats. Les rebelles avaient soin de se tenir à longue distance et hors de vue de nos avant-postes, qui restaient prêts d'ailleurs à repousser vigoureusement toute attaque. Pouvait-on exiger davantage des juaristes? Fallaitil reprendre la campagne pour leur arracher les villes que les impérialistes livraient sans résistance? Une pareille conduite eût été un acte de folie; car, outre qu'elle eût été périlleuse, sans but utile , elle eût retardé l'évacuation et

provoqué des représailles contre les habitants de ces centres, et plus tard contre nos propres nationaux, dont il eût été criminel de rendre pire la situation déjà mauvaise : de plus, les ordres du cabinet français s'y opposaient formellement, et cela avec sagesse. Mécontent de l'attitude passive de nos troupes, le président du conseil rédigea une lettre injurieuse pour notre bonne foi, et qui provoqua une plainte adressée à Maximilien lui-même et une rupture avec le ministère.

Mexico, 28 janvier 1867.

Sire,

J'ai l'honneur d'adresser à. "Votre Majesté copie de l'extrait d'une lettre que m'a fait parvenir, à la date du 2 5 de ce mois, M. le président du conseil des ministres.

Il est écrit dans cette lettre :

« Le maréchal et le général Castelnau, en communication du 7 novembre dernier, ont déclaré que tant que les troupes françaises seraient au Mexique, elles protégeraient comme par le passé les autorités et les populations. Tordre en un mot, les zones qu'elles occupent, mais sans entreprendre d'expéditions lointaines.

« Une attaque récente vient de se produire à Texcoco *.

« Votre Excellence n'a pas jugé convenable de prêter secours, d'après les informations du général de notre seconde division. Le gouvernement désirerait savoir quelle serait l'attitude des troupes françaises dans la capitale 'si, avant leur sortie, elle était assiégée par les dissidents , si l'ennemi les attaquait sur quelques points, ou s'il se livrait à une agression quelconque. »

L'inconvenance de ce langage n'échappera pas à \'otre Majesté,

* Deux sorties successives, dirige'es par le commandant français La Hayrie, avaient eu lieu sur Texcoco même.

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qui ne m'a jamais fait l'injure de supposer un seul instant que la loyauté de l'armée française puisse être mise en suspicion.

En signalant à S. M. l'empereur du Mexique les procédés dont ses ministres usent envers moi, en son nom, je crois faire un dernier et suprême acte de confiance et de loyauté.

Je crois, en effet, rendre encore service à l'Empereur en essayant de l'éclairer sur les tendances et sur les insinuations perfides d'une faction qui ne réunit que peu de sympathies, et dont les chefs abusent de l'ascendant qu'ils croient avoir, ou de la confiance qu'ils ont su inspirer, pour préparer au Mexique et à Votre Majesté une ère de sanglantes représailles, de douloureuses péripéties, de ruine, d'anarchie et d'humiliations sans nombre.

J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que, plus que jamais désireux de conserver son estime et l'amitié dont elle a bien voulu m'honorer, j'ai fait savoir à M. le président du conseil qu'en présence des termes de sa lettre précitée, je ne voulais plus, à l'avenir, avoir aucune relation directe avec l'administration dont il est le président.

J'ajouterai, sire, que les chefs d'armes de M. le général Marquez sont journellement en relations avec les commandants du génie et de l'artillerie de l'armée française, pour se mettre au courant de l'état des fortifications, des défenses, des approvisionnements en matériel, en armes, en munitions de la place.

Votre Majesté m'ayant témoigné le désir de savoir, à l'avance, à quelle époque je quitterai Mexico, j'ai l'honneur de l'informer que mon départ, avec les derniers contingents du corps expéditionnaire, aura lieu dans la première quinzaine du mois de février.

Jusqu'au dernier moment, sire, je serai toujours prêt à me rendre aux appels que Votre Majesté voudra bien m'exprimer, et toujours disposé à faire concorder mes efforts avec vos désirs.

Bazaine.

Cette dépêche fut la dernière communication officielle adressée à la couronne parle quartier général.

La veille, le maréchal avait déjà écrit au président du conseil :

A M. Larès, président du conseil des ministres.

Mexico, le 27 janvier 1867.

J'ai reçu votre lettre du 2 5 courant; je pourrais me borner à vous en accuser réception seulement, parce que je n'admets pas que vous me convoquiez à votre gré ; puis, parce que cette lettre traite de questions qui ont déjà été résolues tant par écrit que par les conférences antérieures.

C'est donc dans mes réponses, soit à vous, soit aux divers sous-secrétaires d'Etat, que Votre Excellence trouvera les éclaircissements qu'elle désire.

Vous semblez accuser l'armée française d'inertie... N'aurais-je pas bien plutôt le droit de me récrier contre les actes arbitraires, contre les violences commises chaque jour, depuis plusieurs semaines, et dont notre présence à Mexico semble rendre complice le drapeau de la France.

C'est pourquoi, monsieur le ministre, et comme la rédaction de votre lettre laisse percer un sentiment de défiance, constamment basée sur des appréciations calomnieuses qui froissent notre loyauté^ je tiens à vous exprimer qu'à l'avenir je ne veux avoir aucune relation avec votre ministère.

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