‹ L'élévation et la chute de l'empereur MaximilienChapitre 20 sur 22 · BAZAINE · texte numérisé non relu

BAZAINE

La lettre du maréchal avait été portée à l'Empereur par un officier français. Ce dernier fut reçu par le père Fischer, qui se chargea de remettre au souverain la dépêche du général en chef, sans vouloir laisser pénétrer l'envoyé du quartier gé-

néral. Quelques minutes après, le secrétaire de Maximilien rapportait la lettre dont le cachet était brisé et la remettait à cet officier ; l'abbé écrivait du même coup au maréchal que Sa Majesté n'avait pas voulu accepter un document sévère et injuste pour ses ministres. Le général en chef ne revit jamais l'Empereur.- La rupture était complète. Le confesseur impérial en avait été l'auteur, en poussant le ministère à offenser la dignité du commandement qu'il savait esclave d'instructions précises. Un dernier incident vint combler la mesure. Au moment du départ, dans l'intérêt d'officiers et de soldats français qui avaient bien mérité de Maximilien, et appartenant aux régiments qui avaient toujours guerroyé, le quartier général, malgré ses récents griefs, n'avait pas craint de rappeler à l'Empereur des propositions faites d'ancienne date pour l'obtention de la croix de Guadalupe. L'abbé Fischer, interceptant la dépêche, écrivit au général Osmont, l'ancien ministre :

Confidentielle et réservée.

Mexico, le i" février 186G.

Mon cher général , Vous n'ignorez pas que la ligne de conduite observée ces derniers jours par le maréchal Bazaine a donné pour dernier résultat que Sa Majesté s'est déterminée, bien à son regret, à cesser toute relation avec le maréchal.

A raison de cet incident lamentable, j'ai cru devoir m'abstenir de soumettre à l'approbation de Sa Majesté l'état de proposition que vous m'avez adressé avant-hier, car je considère qu'il ne ferait qu'augmenter le déplaisir de l'Empereur.

iMais le respect que je vous dois et ma haute estime pour vos mérites me font vous parler avec cette franchise.

Désireux cependant de ne pas laisser sans la récompense méritée les bons services de dignes militaires compris sur ces états, je viens soumettre à votre choix deux moyens qui, à mon avis, seraient bons pour réussir. Demandez-les vous-même à l'Empereur, non pas au nom du maréchal, mais au vôtre.

Ou bien adressez-moi une lettre particulière dans le même sens, et, dnns ce cas, j'éprouverai grande satisfaction à provoquer la haute approbation de Sa Majesté.

Le secrétaire de l'Empereur, Augustin Fischer.

Le clergé jouait le dernier rôle dans l'intervention française en 1867, comme il avait joué le premier rôle en 1861. Le clergé s'était cruellement vengé des tendances libérales accusées par Maximilien au début de son règne : il lui faisait payer chèrement le projet qu'il avait conçu de le réformer et de le moraliser en voulant jeter la lumière sur ses actes les plus mystérieux. Le malheureux souverain avait succombé dans la lutte qu'il avait voulu engager et qui avait dicté la circulaire confidentielle du 21 novembre 1864, adressée alors par le général Bazaine à tous les commandants supérieurs.

Page 1