‹ L'élévation et la chute de l'empereur MaximilienChapitre 3 sur 22 · J.-M. GUTIERREZ DE ESTRADA · texte numérisé non relu

J.-M. GUTIERREZ DE ESTRADA

On allait donc, cette fois encore, en dépit des promesses faites à la tribune française, en dehors de toutes prévisions, courir de nouvelles aventures et entamer une troisième série de sacrifices coûteux. On n'était plus maître de la situation ; il fallait glisser sur la pente où on s'était engagé. Pourtant c'était l'heure de méditer l'état de choses, et, malgré les répugnances manifestées par M. Rouher, de traiter avec Juarez vaincu, pour se retirer en vainqueur.

Au mois d'octobre i863, le général Bazaine recevait le commandement suprême des mains du général Forey, promu

maréchal et rappelé en France, ainsi que les pouvoirs dévolus à M. de Saligny, qui ne tardait pas, à son tour, à suivre le vainqueur de Puebla.

Le général Bazaine prit les rênes des affaires à une heure critique. Les contingents juaristes se reformaient dans l'intérieur et devenaient menaçants; les bandits infestaient les routes et les environs de la capitale ; les tendances cléricales du maréchal Forey avaient éloigné les libéraux honnêtes prêts à se rallier dans l'espoir qu'un souffle généreux s'était élevé de France pour éteindre la discorde; qu'une fois l'honneur des armes satisfait, le droit ne serait pas méconnu, et que, sans exception de partis, tout homme de bonne volonté serait appelé à donner librement son avis sur les affaires publiques. Le clergé, d'autre part, annonçait déjà que Maximilien s'était engagé, vis-à-vis du Pape, à lui restituer les biens de mainmorte, et jetait l'alarme parmi les nombreux détenteurs nationaux et étrangers des immeubles vendus. L'archevêque de Mexico, membre du conseil de régence, ne contribuait pas peu, par ses intrigues et son caractère remuant, à accréditer ces bruits fâcheux de l'autorité de sa parole.

La question religieuse était le véritable nœud de la question politique qui, depuis six ans, avait armé les Mexicains les uns contre les autres. Les biens ecclésiastiques étaient si considérables au Mexique, qu'ils immobilisaient une valeur d'un milliard environ. Cet immense capital appartenait légitimement en partie à l'Eglise : mais ta captation et les abus d'autorité n'avaient pas été étrangers à cette accumulation de richesses si contraire à l'esprit de renoncement. Le gouvernement de Juarez, obéissant au progrès qui repousse les biens de mainmorte, avait eu le grave tort de nepasagir avec

modération, de ne pas laisser aux établissements de bienfaisance, de charité et d'éducation, les ressources nécessaires à leur existence, de dépouiller l'Eglise des splendeurs du culte, et de ne pas pourvoir, dès le début, par un concordat, à la situation du clergé; de plus, les ventes des immeubles ecclésiastiques avaient été scandaleuses, et il importait aux intérêts du trésor comme à la dignité de l'État d'opérer la révision des contrats. Ce fut sur ce terrain de conciliation que lenouveaucommandant en chef, qui avait compris sagement tout le danger qu'il y aurait à revenir sur le passé dans une plus large mesure, entreprit de rallier les hommes de bonne volonté. Cette ligne de conduite avait d'autant plus de chances de succès que le général Bazaine arrivait au premier commandement précédé d'une réputation de bravoure très sympathique, même aux Mexicains, qui n'étaient pasinditierents à sa bonhomie accueillante et pleine de finesse. Ces derniers étaient surtout flattés d'entendre le général français parler la langue espagnole, qu'il avait apprise durant la dernière guerre d'Espagne.

Quelques coups de main vigoureusement menés contre des bandes de pillards ne tardèrent pas à ramener la conhance dans Mexico et les bourgades voisines. Ils faisaient bien augurer de la rapidité avec laquelle serait conduite, après les pluies, l'expédition qui se préparait pour repousser de l'intérieur les Juaristes et permettre aux provinces centrales de choisir un nouveau gouvernement. Malheureusement le conseil de régence donnait déjà le spectacle d'une division fâcheuse, à laquelle le général dut mettre un terme pour ne pas laisser sur ses derrières, pendant qu'il opérerait militairement, des ferments de discorde. La dissolution de la régence

fut mise en question ; elle fut repoussée par le général luimême, qui sentait que cet acte de vigueur pourrait jeter du discrédit sur l'origine des pouvoirs de Maximilien, et serait infailliblement exploité par les partisans de Juarez. Le président du conseil de régence, homme sage et désintéressé, dévoué à son pays, dont il avait mal compris les aspirations, parce qu'il lui supposait des vertus dont il est incapable, marchait dans la route tracée par le général Bazaine. Le second membre du conseil. Salas, vieillard inoffensif, l'y suivait comme son ombre. Mais l'archevêque de Mexico, qui avait su capter la confiance des Tuileries, contrecarrait de parti pris toutes les décisions salutaires, en colorant ses actes d'opposition systématique des nuances les plus douces. Le général, usant de la même tactique et d'accord avec Almonte, sans éclat, sans secousse, avec une habile politesse, lui lit comprendre qu'il cessait de fait d'appartenir au conseil de régence. Mexico ne s'en aperçut que par la disparition du poste d'honneur affecté au palais épiscopal.

Cette fâcheuse influence de Mgr La Bastidaune fois écartée, dès les premiers jours de novembre i863, notre armée, dispersée à l'avance en vue d'un mouvement enveloppant, reçut le signal de s'ébranler dans plusieurs directions convergentes. Les généraux juaristes Uraga, Doblato, Negrete et Comonfort avaient reformé des corps d'armée pour la défense delà République. En six semaines, l'ennemi était culbuté par la rapidité de notre marche. Le drapeau franco-mexicain sillonnait tous les hauts plateaux, depuis Morelia jusqu'à San-Luis, villes que Marquez et Mejia conquéraient brillamment à la future couronne ; depuis Mexico jusqu'à Guadalajara ou le général Bazaine, après six semaines de courses à

vol d'oiseau, entrait sans coup férir. Les lauriers de San-Lorenzo étaient encore verts. Partout à son approche l'ennemi lâchait pied. Ce fut une campagne toute de vitesse, de l'avis général , heureusement conçue , promptement terminée. Toutes les villes de l'intérieur, où nous reçûmes un accueil glacial, sauf à Léon, se prononcèrent peu à peu pour Tarchiduc (dont plusieurs ignoraient même le nom), avec la même facilité qu'elles se seraient déclarées pour un autre candidat que nous aurions appuyé du même déploiement de forces. Au mois de février 1864, le général Bazaine rentrait de nuit avec sa seule escorte dans la capitale, surprise d'un si rapide retour. Sa présence y était nécessaire pour contrebalancer les intrigues du parti clérical et de l'archevêque, qui avait jugé convenable d'excommunier pendant son absence l'armée française. Ce prélat en fut quitte pour lui donner publiquement sa bénédiction.

Jamais, depuis 1821, date de son indépendance, des terres chaudes de l'Océan à celles du Pacifique, le Mexique n'avait joui d'un calme pareil à celui qu'il éprouva pendant les quatre mors qui suivirent cette campagne dans l'intérieur. Il y eut un moment de réaction favorable aux idées d'ordre et de bien-être qu'apportait avec elle l'armée française. Maximilien ne pouvait choisir un moment plus propice pour inaugurer son règne, s'il voulait rester sourd aux conseils de sa propre famille. Le général Bazaine avait fait beaucoup pour sa couronne.

Le 28 mai 1 864, à la grande joie du cabinet des Tuileries, qui avait craint un instant, par suite des résistances de l'archiduc, de voir s'écrouler l'échafaudage qu'il avait élevé si laborieusement, les nouveaux souverains débarquèrent à la

Vera-Cruz. On sait qu'ils y furent mal reçus. Cette ville de négoce, habituée aux gros bénéfices et aux dilapidations des douanes, devait voir avec peine inaugurer une ère nouvelle qui s'annonçait morale et honnête. Isolés au débarquement, les souverains firent leur entrée à Mexico, suivis de toute une race qui leur faisait brillant cortège. C'était là le vrai peuple qui eût sauvé et soutenu l'Empereur, s'il l'eût connu et apprécié !

A la voix du clergé, qui se flattait que le passage de Maximilien par la capitale du Saint-Siège avait assuré gain de cause à ses injustes prétentions, les Indiens s'étaient levés en masse , déjà dévoués, mais attentifs, avides de voir tomber des lèvres impériales une promesse de liberté et de réhabilitation : ils s'en retournèrent désespérés dans leurs pauvres ranchos.

Dès l'arrivée de Maximilien, un véritable parti impérialiste, sincère, plein d'enthousiasme, séduit par le charme personnel de leurs Majestés, se forma spontanément et librement. 11 y eut une heure où l'Empire, quoique la tâche s'annonçât difficile et périlleuse, eut des chances sérieuses d'avenir. C'était une heure inespérée pour le Mexique. Ni le prince, ni les sujets ne surent en profiter. Malgré les efforts d'une compagne pleine d'illusions plus tard cruellement perdues et douloureusement payées, dont le nom laissera une trace lumineuse dans ce malheureux pays, Maximilien, qui n'osait pas ce qu'il voulait, a commis des fautes nombreuses, parce qu'avec son caractère chevaleresque et indécis, il a persisté à se croire assis sur un trône d'Europe. Il a succombé sous le budget dont le mirage l'avait ébloui du haut de son palais de Miramar, Sous son sceptre débonnaire,

toutes les mauvaises passions, avec leurs appétits, ont repris le dessus. Il oubliait que la trahison circule dans le sang du Mexique. 11 fallait aux Mexicains un Louis XI ou un CromwcU, marchant droit à son but, songeant au pays avant de penser aux individus. Ce n'est pas armé du Bulletin des lois qu'il pouvait conquérir son royaume , mais bien toujours en selle, l'épée au côté. Il fallait parler aux yeux avant de s'adresser aux cœurs. L'Empire s'est atrophié faute de concentration, parce qu'il a voulu tout entreprendre en un jour. On civilise cent lieues carrées, où on peut appeler les bras, l'industrie et les bienfaits de la sécurité, -mais on ne civilise pas des déserts ouverts à tous les vents. Aussi l'armée française s'est-elle usée glorieusement dans ces immensités, sans profit pour la couronne dont elle eût désiré la prospérité, ne fût-ce que par patriotisme, pour voir justifier les immenses sacrifices d'hommes et d'argent engloutis dans ce gouffre mexicain. Car Juarez, on doit s'y attendre, roulera avec le Mexique dans l'abîme que l'intervention a creusé à jamais entre les deux partis. Peut-être que, livré à lui seul, grâce à un instinct de conservation, ce pays encore dans l'enfance aurait pu se moraliser et se développer à l'école du malheur. La France ne s'est pas faite en un jour. Combien de siècles lui a-t-il fallu depuis Charlemagne pour secouer la barbarie et le fanatisme, enfin pour s'organiser, et au prix de quelles convulsions? Nous sommes trop oublieux de l'histoire.

L'opinion publique s'est douloureusement émue de la discorde c^ui a éclaté la dernière année entre l'autorité impériale du Mexique et le commandement français. Il n'y a pas lieu de s'en étonner, s'il est vrai que des instructions éma-

nées de Paris, et remontant déjà à une année, prescrivaient d'obtenir de Maximilien une abdication presque forcée. Mais nous nous refusons à ajouter foi à un pareil bruit, dont la réalité serait si douloureuse. Cependant, il faut confesser que d'abord notre gouvernement a failli à ses engagements, en retirant ses troupes d'un seul coup et avant le délai fixé, devant les menaces des États-Unis; il laissait ainsi Maximilien brusquement désarmé. 11 avait commis une faute en promettant la prolongation de son intervention qui devait cesser dès l'entrée dans Mexico; il en avait commis une nouvelle, en ne tenant pas sa parole. Malgré cela , le maréchal eût bien mérité de l'Europe en assumant sous sa responsabilité une mesure de rigueur exceptionnelle, qui eût soulevé des clameurs, mais qui eût été sanctionnée par la raison et l'humanité. Lorsque Maximilien, éperdu, s'est rendu à Orizaba pour rentrer en Europe, obéissant ainsi à l'appel suppliant de l'Impératrice désabusée , il s'est rejeté dans la mêlée parce que les cléricaux lui avaient offert des secours trompeurs en soldats et en millions. A ce moment suprême, où le prince généreux se laissait pousser par son honneur dans un précipice entr'ouvert sous ses pas, évident pour tous les yeux, il eût été généreux d'enlever de vive force le compagnon de notre fortune devenue mauvaise, et de le rendre malgré lui à l'Autriche et à une princesse digne de tous les respects que méritent une grande infortune comme un beau caractère. On eût évité à Juarez et à l'Europe une lamentable catastrophe, qui a fait crier toutes les fibres humaines, jusqu'à imposer silence au langage de la froide raison. Triste dénouement de ce grand drame, dont les pages sont sanglantes ! Le 19 juin, sur le cerro de la campana qui domine

Queretaro, Maximilien a péri à sept heures du matin sous les balles qui frappaient en même temps ses généraux, Miramon, ancien président de la République, et Mejia, le premier général du Mexique, mort fidèle à son parti. Il v avait juste dix ans que le colonel Mejia entrait en triomphateur à Queretaro ! Marquez, qui détendait Mexico, a capitulé le 21. « Le 27 juin. » annonce le Moniteur lui-même, « Vera Cruz a été occupée sans désordres, et les troupes étrangères ont pu s'embarquer sans être inquiétées. » Les libéraux n'ont donc pas commis les excès qu'on redoutait, et, en trois mois, l'autorité de Juarez, réputée impuissante, s'est affirmée de nouveau sur tous les points du territoire mexicain. Il faut aujourd'hui reconnaître que ce gouvernement fugitif disposait de la majorité de l'opinion publique, puisqu'il a su trouver une armée du jour où nos soldats ont cessé de prendre part à la lutte. Juarez vient d'être réélu président. Là, à défaut d'autres griefs, serait la condamnation de cette longue expédition, que la liberté de la presse française aurait certainement modérée, sinon empêchée.

Maximilien est tombé sous le coup du décret d'octobre i865 qu'il avait signé et lancé contre tout homme pris les armes à la main, décret qui répugnait à sa nature généreuse, mais issu fatalement des flancs de la guerre civile. En vertu de ce terrible décret, les généraux réguliers Arteaga et Salazar furent passés par les armes. La violence appelle les représailles ! Le cœur se serre à cette pensée poignante que le condamné de sang royal n'a pas eu la consolation d'échanger un dernier regard avec son auguste compagne ; les adieux suprêmes des deux généraux juaristes ne sont pas moins touchants. Qu'une sainte pitié jette le même crêpe funèbre sur

ces trois tombes, où reposent assurément les victimes de grands sentiments. Maximilicn a payé de son sang sa confiance dans l'appui de notre gouvernement, son dévouement stérile, mais sincère, à son peuple d'adoption; Arteaga et Salazar sont tombés en soldats disputant le sol national à l'invasion. Juarcz a certes perdu une grande occasion d'étonner l'Europe par un acte de clémence, signe caractéristique des torts, qui l'eût réconcilié avec les cours de l'Europe; mais, à coup sûr, cet acte de clémence n'eût pas sauvé la vie à Maximilien, et l'eût coûtée à Juarez. Qui connaît le pays et ses passions sauvages, arrivées ces derniers temps au paroxysme^ n'en peut douter un seul instant.

Aujourd'hui, où nous possédons les documents relatifs à la dernière année du règne de l'empereur du Mexique, nous allons en retracer l'histoire, et, à l'aide de certitudes, imposer silence aux commentaires. La discipline repoussait ce soupçon que le maréchal de France, honoré à juste titre de la confiance de l'Empereur jusqu'au terme de l'évacuation, et dont les actes, pendant cette dernière période, ont donné lieu à. mille appréciations diverses, eût fait exécuter d'autres ordres que ceux qui émanaient directement du souverain. Il importait donc fort à la dignité de notre gouvernement de démontrer, dans des publications plus sérieuses que les paroles de M. Rouher, que, dans l'espoir de réorganiser à la hâte un nouvel ordre de choses et en vue de prévenir les désordres profonds qui allaient succéder ù notre évacuation, il n'avait pas conspiré la chute de Maximilien après avoir conspiré son élévation. Puisqu'il a gardé le silence, nous voulons dire la vérité. Cette et de historique a surtout pour but de préciser

et d'attribuer à chacun des acteurs de ce drame sanglant, qui a pour titre « l'Intervention française, » la part de responsabilité qui doit lui incomber. Celle qui concerne finalement Maximilien, et qui va se dégager de ce nouvel examen des événements accomplis, expliquera devant le tribunal de l'histoire les fautes et les malheurs de cet infortuné souverain. En effet, en présence de nombreux documents d'une incontestable authenticité, deux points principaux vont, dès le début du règne impérial, apparaître à travers le voile que nous allons déchirer, et grandiront à l'horizon mexicain jusqu'au dénouement fatal. D'une part, se révéleront la versatilité, l'indécision et l'aveuglement de Maximilien, animé pourtant des plus généreux sentiments, qu'il scellera volontairement de son sang royal, après avoir été surpris par le brusque abandon de notre gouvernement ; de l'autre, éclateront la rude franchise, la loyauté soutenue et le dévouement du concours apporté au second empereur du Mexique par le commandement militaire français.

Pour bien comprendre la marche des événements qui ont signalé la dernière période mexicaine depuis 1866 jusqu'à 1867, il n'est pas sans intérêt de jeter un rapide coup d'œil en arrière sur la conduite de la politique des cabinets français et mexicain.

Du jour où le gouvernement français invita l'archiduc Maximilien à monter sur le trône que la fameuse jz/nfa des notables lui avait élevé à Mexico sous l'égide de notre drapeau, l'empereur Napoléon 111, qui se flattait d'avoir atteint son premier but, la régénération du Mexique par Vinfluence de la race latine, jugea l'heure favorable pour exiger les satisfactions dues aux intérêts de nos nationaux. Ce

fut à cet effet, qu'après l'acceptation de l'archiduc, qui eut lieu le lo avril 1864, fut conclu le traité de Miramar, « destiné en même temps à régler le passé et à nous investir des avantages conquis par nos armes. Par cette convention, la France s'était obligée à maintenir au Mexique des forces militaires dans des conditions déterminées. Le nouveau souverain s'engageait en retour à payer, aux termes et d'après les modes indiqués, les frais de cette occupation; il s'engageait, en outre, à nous rembourser les dépenses de l'expédition, et à indemniser les Français dont les souffrances l'avaient provoquée. »

Ce programme officiel était donc net, exempt de toute équivoque. Maximilien en comprenait d'avance l'entière portée. Il allait régner au Mexique et gouverner avec l'appui de la France, et, en échange de cette protection, il promettait de faire hcinneur aux engagements qu'il avait souscrits envers notre pays. De son côté, l'empereur Napoléon, pour prix de sacrifices militaires passés et futurs, obtenait le droit de poursuivre le remboursement des indemnités stipulées par le traité de Miramar et de provoquer dans un délai de trois mois l'examen sérieux des créances de nos nationaux, tout en faisant preuve de modération. Il devait donc compter sur le concours du jeune prince dont l'ambition surexcitée et favorisée par ses armes avait rêvé et trouvé une couronne.

Malgré sa mobilité d'esprit, Maximilien possédait un cacactère entier. Déjà, pendant la régence instituée à Mexico, il donna lui-même, de son château de Miramar, l'impulsion qu'il croyait nécessaire pour préparer son avènement au trône. A peine eut-il accepté provisoirement la couronne

(3 octobre i863) qu'il en prit effectivement possession, quoiqu'à distance ; il envoya, dès cette époque, des instructions précises à M. Almonte, président de la régence; plus tard même, après qu'en signant le traité de Miramar, il l'eût nommé lieutenant de l'empire, il continua de lui signifier de loin ses volontés, et il faut reconnaître que du premier coup ces dernières se révélèrent, sinon vraiment ennemies, du moins peu soucieuses des intérêts français ; car, dans l'intervalle de six semaines qui s'écoulèrent entre l'acceptation définitive de Maximilien et son débarquement au Mexique (29 mai 1864), le marquis de Montholon, ministre de France à Mexico, qui avait mission de presser le régent d'aviser au règlement des créances françaises, vint se heurter alors contre cette réponse évasive de M. Almonte : « Je ne puis rien : il faut que Je prenne les ordres de Sa Majesté, qui est à Miramar, et que je consulte M. Gutierrez de Estrada, qui se trouve à Rome. » Il était étrange que le cabinet mexicain, qui depuis longtemps déjà puisait ses inspirations en Europe, n'eût encore rien arrêti, même de préliminaire, au sujet d'une question urgente, dé;à mûrement débattue entre les deux souverains, et qui tenait en suspens de nombreux intérêts !

A peine l'P^mpereur eut-il touché le sol de sa nouvelle patrie, qu'oubliant la gratitude (faute trop souvent reprochée aux princes), il écarta la plupart des personnages du parti dit conservateur ou clérical, qui avaient aidé l'intervention, et s'empressa de constituer un ministère avec des éléments hostiles au nom français, se disant parti national, persuadé qu'il paraîtrait de bonne politique de répudier dès l'origine, aux yeux de son peuple, une trop grande communauté d'ac-

tion avec notre gouvernement. C'est ainsi que le parti militant, qui avait tenu la campagne en arborant le premier le drapeau impérial, fut décimé par des éliminations presque brutales. Le colonel de gendarmerie La Peîïa, deTulancingo, qui avait rendu de sérieux et périlleux services, fut méconnu, ainsi que les chefs Galvez et Argueyes. Les premiers généraux furent peu à peu écartés, exilés en Europe ou frappés de discrédit: l'éloignementdu fidèle Mejia lui-même, resté plus tard le seul véritable ami de la mauvaise fortune, fut mis en question. L'armée, les préfectures et les gardes rurales se recrutèrent d'hommes perfides, qui préparèrent en secret la défection et neutralisèrent les efforts de nos troupes, dès le principe des opérations.

Pourtant, le général en chef Bazaine, se renfermant strictement dans son rôle militaire, n'avait pas perdu de temps et n'avait ralenti en rien les mesures favorables au nouveau régime, dont il avait préparé le succès depuis dix mois. Continuant l'œuvre du maréchal Forey qui, dès l'entrée de nos régiments à Mexico, avait prescrit la restauration de l'arsenal et de la fonderie de canons de Chapultepec, il avait apporté tous les soins à l'armement de la capitale et de ses abords ; il avait étendu ces mêmes mesures défensives aux capitales des États de l'intérieur occupées par nos forces et par les troupes mexicaines. A son arrivée dans la première ville de la république, l'armée française avait trouvé le service de l'artillerie entièrement désorganisé, le matériel délabré et hors d'état de fonctionner, les magasins au pillage, l'arsenal sans un outil, les machines en partie démontées, en partie livrées à des particuliers en remboursement de leurs créances contre le gouvernement. L'outillage de la

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