‹ L'élévation et la chute de l'empereur MaximilienChapitre 4 sur 22 · DO · texte numérisé non relu

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fonderie avait disparu et la capsulerie ne pouvait rien pour la fabrication.

Quatre cents ouvriers français, en quelques mois, avaient réorganisé tous les ateliers de Molino del Rey remis en pleine activité, et fournissaient munitions, armes et matériel aux diverses places fortes, ainsi qu'aux colonnes mobiles opérant avec l'armée. Pendant l'hiver de i863 à 1864, cinquante bouches à feu étaient mises en batterie sur les fortifications de Mexico. Quinze mille fusils, apportés de tous les coins du territoire soumis, étaient distribués aux troupes mexicaines ainsi qu'aux centres de population désireux de s'armer pour la défense de leurs foyers contre les bandes de partisans. Les deux divisions de Mejia et Marquez, dont les cadres avaient été épurés et réconfortés, avaient repris la campagne avec des soldats bien payés, habillés à neuf et régulièrement équipés.

Un des premiers actes de Maximilien fut de charger le général en chef Bazaine, en qui il avait une haute confiance, de la reconstruction du système militaire, qu'il était urgent de mettre en rapport avec les vrais besoins et les ressources présumées de l'empire. C'était une tâche difficile, qui exigeait un esprit de suite et d'unité soutenu, si on voulait assurer un succès durable. Jaloux de répondre avec franchise à l'appel de l'empereur, le général lui fit connaître le même jour les dispositions militaires qu'il allait prendre pour la pacification du pays ; mais, en môme temps, il lui parla un langage net, qui ne devait lui laisser aucun doute sur le véritable rôle de l'action française. Plusieurs villes avaient déjà supplié Maximilien, par l'organe de leurs préfets politiques ou de leurs chefs supérieurs, de leur accorder l'appui

permanent des garnisons françaises. C'était un devoir de prémunir dès l'origine le souverain contre dépareilles tendances, qui devaient forcément, si elles étaient encouragées, accroître l'inertie des populations et l'égoïsme local. Assurées d'avance de leur sécurité à l'ombre de notre drapeau, elles se seraient habituées à une tutelle désastreuse, qui aurait eu pour résultat certain d'enlever à notre armée disséminée sur tous les points du territoire les moyens d'opérer en forces compactes et en temps opportun. Le seul système efficace pour relever et entretenir le moral des habitants consistait à faire sillonner le pays par des colonnes mobiles , qui, rayonnant dans tous les sens en se donnant la main, prêteraient appui aux villes et aux haciendas, leur fourniraient des armes et les aideraient même à installer leurs moyens de défense. Tel était le plan que le général en chef adoptait :

Mexico, 4 juillet 1864.

Sire,

J'ai l'honneur d'informer Votre Majesté que je crois le moment venu de faire parcourir par des colonnes mobiles le pays montagneux, compris entre Tulancingo, Zacuatilpan, Llanos de Apam, Perote et Jalapa, et qui s'étend au Nord jusqu'à Huexutla, et à l'Est jusqu'à Tampico.

Ce pâté montagneux, divisé en plusieurs sierras d'un difficile accès, est peuplé de centres assez importants. Des bandes nombreuses infestent la Sierra, mettent à rançon les populations, gênent les communications et sèment le désordre et l'inquiétude dans ce pays où elles entretiennent l'anarchie. Mon intention serait de faire partir de Mexico une colonne légère française d'environ six cents hommes de toutes armes, de Pachuca une seconde, moins forte, et enfin de Jalapa, et plus tard de Perote, une troisième colonne de troupes mixtes.

Ces colonnes mobiles, traversant la Sierra dans tous les sens, refouleront les dissidents, donneront aux populations le temps de s'armer et de s'organiser pour la défense, et relèveront leur moral, trop facilement abattu.

Mais il n'est pas possible de constituer des garnisons permanentes françaises. C'est ici le lieu d'exposer à Votre Majesté la fâcheuse tendance qu'ont toutes les populations de ne se croire en sûreté qu'à l'abri de nos baïonnettes. Chaque fois que nos troupes se sont présentées dans une localité et y ont séjourné quelque temps, soit par suite des nécessités de la guerre, soit pour faciliter aux habitants les moyens de s'organiser, d'établir quelques travaux de défense, de construire un réduit, etc., il m'a fallu lutter contre les demandes incessantes des autorités locales, qui déclaraient que le départ des troupes serait le signal de représailles cruelles de la part de leurs ennemis, auxquels les habitants ne sauraient résister.

Je ne puis accéder à toutes ces demandes, parce qu'il n'est point possible de disséminer l'armée et de lui enlever ainsi sa principale force, la cohésion, et surtout parce qu'il m'a paru indispensable que les populations s'habituassent à compter sur leurs propres moyens, et non à s'endormir dans une sécurité factice, due à la présence de nos soldats.

Votre Majesté a déjà reçu de nombreuses demandes de garnisons. Les préfets politiques, les commandants supérieurs euxmêmes, ont représenté à l'Empereur la nécessité de faire telle ou telle opération militaire dans le rayon de leur action, chacun ne voyant ainsi que la portion du territoire qu'il a dans les mains.

Mais le commandement en chef tient seul les fils de cette trame compliquée et peut seul juger, non-seulement de l'opportunité du moment où une opération peut être entreprise, mais encore de la convenance qu'il y a à combiner tous les mouvements, de façon à arriver à un résultat certain et à ne rien compromettre nulle part.

J"^i cru de mon devoir de prémunir Votre Majesté contre ces tendances dues à un sentiment de zèle exagéré et d'égoïsme local et même contre la timidité des populations qui ne manqueront pas d'envoyer des adresses et des délégués pour obtenir des garnisons.

L'exemple de Tulancingo, celui de Chapa de Nota et de quelques autres villes qui ont été armées par nos soins, qui se sont retranchées et qui se sont organisées pour la défense, prouvent qu'avec de la bonne volonté et avec de l'énergie les populations doivent suffire à la défense des villes de leur territoire. Je n'épargnerai rien pour développer ces deux sentiments et pour inspirer de la confiance en eux-mêmes aux habitants des villes et des haciendas. Je leur fournirai des armes et les aiderai dans l'installation de leurs moyens de défense ; mais il ne me sera point possible de leur laisser des garnisons.

Le rôle des colonnes mobiles est de remplacer ces garnisons. Leur effet est bien plus puissant, et le moral de la troupe étant toujours en raison directe des etî'ectifs, la discipline et l'esprit militaire ne soutTriront ainsi aucune atteinte.

B.\ZAINE.

L'empereur approuva l'exposé de ce plan, qui était le fruit d'une expérience acquise, et aussitôt des colonnes légères furent lancées à travers le pays rebelle, qui s'étend de Tulancingo, à la Huasteca, jusqu'aux rives du Panuco, pâté montagneux et boisé, aux gorges et aux pentes abruptes et aux pitons escarpés, connu sous le nom de Sierras.

On s'occupa dès lors activement de la réorganisation de l'armée mexicaine, massée à ce moment en deux grosses divisions: celle du général Marquez opérant dans le Michoacan, au sud de Mexico, et celle du général Mejia, qui avait pris position au nord, dans la ville de San-Luis, enlevée

hardiment à l'armée libérale après un combat sanglant. Pendant plusieurs mois , des commissions permanentes poursuivirent la révision des brevets des officiers de tous grades. En présence d'états-majors et de cadres excessifs, ruineux pour le trésor national, cette mesure était impérieuse ; elle souleva des tempêtes et fut le germe de défections inévitables, parce que bon nombre de généraux et de colonels s'étaient improvisés tels -de leur propre autorité, à la tête de bandes recrutées pour exercer la rapine sur les grandes routes. Pendant ce temps, la moitié de l'armée francomexicaine s'ébranlait aussi vers le Nord. L'ordre était parti du quartier général français, impatient d'affirmer l'autorité de Maximilien, d'entreprendre une sérieuse campagne pour refouler jusqu'à la frontière américaine Juarez et son gouvernement, installés dans la capitale du Nuevo Léon, à deux cents lieues environ de Mexico. Quoique pourchassé, toujours vaincu, le président de la République mexicaine restait inébranlable, résolu à ne pas laisser tomber son mandat légal.

Pour prix de leurs services, certains chefs de notre armée se voyaient déjà calomniés auprès du souverain , et les ministres, jaloux de notre influence méritée, se faisaient en haut lieu les interprètes de plaintes passionnées, émanant de plusieurs préfets politiques hostiles , qu'ils avaient eu soin de nommer eux-mêmes dans les provinces, pour se ménager une chance de salut dans l'avenir. Au mois de septembre 1864, les délations, portées aux oreilles de l'impératrice Charlotte, dont le caractère ardent pouvait s'en affecter, redoublèrent d'acrimonie. Le général en chef, prévenu, n'hésita pas à en référer à l'impératrice elle-même, et

lui dénonça loyalement ces intrigues des hauts fonctionnaires comme aussi fâcheuses pour les intérêts de la couronne que pour notre propre dignité.

Mexico, 24 septembre 1864.

A S. M. iimpératice.

Madame,

Le général en chef signale de nouveau à Sa Majesté les plaintes qu'il a eu plusieurs fois à exprimer contre des rapports exagérés, pour ne pas dire mensongers, établis par des fonctionnaires haut placés dans l'administration.

Les commandants militaires n'agissent que sous la direction du général en chef. Les mesures exceptionnelles, les amendes imposées aux populations et même aux individus ont été appliquées par ordre et d'après les règles établies et dans un but qui ne saurait être désavoué par le commandement.

Ces agitations, entretenues par l'esprit de parti, sont consacrées par des événements regrettables à tous égards et dont la responsabilité ne saurait être attribuée qu'aux agents dont la faiblesse ou l'incapacité pourraient être signalées sans trop de sévérité.

Les derniers faits accomplis à San-Angel, où des bandits armés sont venus enlever, au centre de la ville, des armes et des munitions enfermées à l'aventure dans une maison non gardée, prouvent surabondamment que l'autorité civile ne veille point et s'endort dans une sécurité déplorable, sinon dans une complicité ■ coupable.

Les populations elles-mêmes, dont le zèle et le dévouement sont exaltés par certains fonctionnaires, font constamment défaut au moment d'agir, et cela tient certainement au manque d'énergie et d'initiative de ceux qui, par leur position, devraient

les engager, sinon les entraîner par leur exemple, à la résistance.

Les dernières nouvelles que je reçois de Zacuatilpan me dépeignent cette ville comme abandonnée par ses habitants, fuyant avec les bandes que poursuivent une poignée de nos soldats.

Cet état de choses est déplorable, et je ne saurais trop insister auprès de Votre Majesté pour qu'une circulaire fût adressée aux populations, répandue à profusion, afin d'engager chacun à rester chez soi, à défendre ses foyers ou tout au moins à ne pas les abandonner...

C'est avec le plus profond respect, Madame...

Bazaine.

Pièces en main, il fut prouvé que nos commandants militaires n'avaient agi partout que d'après les ordres régulièrement exécutés et que leur conduite ne pouvait être qu'approuvée. Malheureusement, la fidélité des autorités impérialistes ne s'élevait pas à la hauteur de la droiture des officiers français.

Maximilien semblait ne pas s'émouvoir de ces symptômes fâcheux. Venu de Miramar avec un bagage de lois arrêtées d'avance, qu'il appelait « ses statuts » , imbu d'idées préconçues, il travaillait sans relâche sur le papier, édictant d'excellents décrets, qui s'arrêtaient à l'état de lettre morte entre les mains de ses ministres, réunissant et présidant de nombreuses commissions françaises dont les efforts étaient condamnés d'avance à la stérilité, faute d'une direction unique et vigoureuse. Car l'empereur, qui n'était pas armé pour la lutte d'une énergie soutenue, envisageait toutes les questions au point de vue théorique, sans poursuivre opiniâtrement leur mise à exécution. Il oubliait le tempérament et les habitudes de ses sujets pour ne .se souvenir que du

caractère des fonctionnaires européens. Il ne s'apercevait pas qu'il devait être à la fois la tête et le bras de la nation. Pourtant ni les avis, ni même les remontrances ne lui étaient épargnés.

Dès l'abord, l'empereur n'avait pas compris que la race indienne n'était appelée à former le meilleur levain de la régénération pour son peuple, qu'à la seule condition de devenir libre du péonage^ el en même temps, propriétaire d'une partie du sol laissé à l'abandon par l'incurie de l'Etat. Pourtant le trône comptait un valeureux champion dans le général Mejia, Indien comme Juarez lui-même, comme le fameux Porfirio Diaz, le futur défenseur d'Oajaca. Ces individualités ne devaient-elles pas fixer l'attention de la couronne? Néanmoins, le quartier général se vit forcé d'appeler la sévérité de l'empereur sur les persécutions dont certains membres de cette caste digne d'intérêt étaient les victimes de la part des autorités mexicaines.

Mexico, i6 novembre 1864.

Sire !

J'ai reçu hier un nommé Manuel Medel, sous-préfet et excommandant militaire de Tepcji de la Seda, qui vient d'être destitué par M. Pardo. préfet politique du département de Puebla. Je ne connais .Manuel Medel que par la réputation d'honnêteté et d'énergie qu'il s'est acquise dans le pays. S. E. le maréchal Forey a cru devoir, à propos de la vigoureuse résistance qu'il a opposée aux juaristes, nommer Manuel Medel chevalier de la Légion-d'Honneur. Medel est un Indien pur sang, au type énergique et aux allures un peu timides cependant de cette race. Il proteste de son dévouement à l'Empire, de ses bonnes intentions et invoque son passé pour témoigner en faveur de ses principes.

Je ne sais quels motifs M. Pardo a pu avoir pour le destituer, et j'en réfère à Votre Majesté qui, en écoutant un serviteur, le seul Indien de la classe civile qui porte les insignes de la Légiond'Honneur, pourra se convaincre de la vérité et apprécier les faits sous leur véritable jour...

Bazaine.

Cet acte, commis au nom de l'empereur, avait refroidi bien des dévouements.

Les finances devaient être une question de vie ou de mort pour l'empire naissant. Du jour où il avait touché le sol mexicain, Maximilien aurait dû envisager froidement, sous toutes ses faces, le monstre qui devait le dévorer. Mais il avait apporté de bien grandes illusions surla puissance financière de son pays d'adoption, et sur ses ressources minières. Il avait cru que l'apparition du drapeau français dans les villes éloignées du centre suffirait pour rétablir la circulation des forces vitales ; et du haut de sa résidence de Chapultepec, où il allait enfouir prématurément de grosses sommes pour la restauration du palais et la construction d'une route destinée à le relier à la capitale, il n'apercevait pas au nord et au sud ses propres troupes prêtes à manquer de solde et à se mutiner en présence de l'ennemi.

Six mois déjà s'étaient écoulés depuis l'inauguration de son règne, que l'empereur recevait une note française, datée de la fin de novembre 1864, qui lui signalait des retards fort préjudiciables aux intérêts de son empire. Sur son désir, tout un service financier avait été appelé et envoyé de France. A l'issue d'une conférence où Maximilien avait réuni son ministre de la guerre, le secrétaire d'Etat des finances et le maréchal Bazaine, afin d'aviser aux mesures

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