ACTE III, SCÈNE II
l'un près de l'autre!... Mon chéri, tu te tourmentes...
LOUIS
Edith... une nuit... une nuit en Lorraine, dans notre cagna, j'avais écouté longtemps mes deux camarades qui échangeaient des souvenirs... Oh! de petites choses très banales... Mais chacune de leurs phrases commençaient par : ma femme. Et leurs yeux étaient si beaux!... Je me taisais. A la fin, je suis sorti. Il faisait une nuit pleine de brouillard... J'ai dépassé les fils de fer... Rien ne bougeait, ce soir-là. Et dans ce silence, dans cette solitude étranges, je t'ai vue ! Tu étais dans ton lit, assise, courbée, tu m'écrivais sur tes genoux... Parfois tu levais ton anxieux visage, plein de ma pensée... Je te voyais si bien, ma pauvre petite chose fidèle et palpitante ! Et, tout à coup, j'ai entendu ma voix qui disait tout haut : « Ma femme... » C'était la première fois !... Ma femme, ma femme!... Ah! quel appel jailli des profondeurs de mon instinct vers cette intimité divine, vers tout ce que je n'ai pas connu ! Je suis resté jusqu'au matin, dans cette lugubre plaine, peuplée de vivants invisibles et de morts — avec toi.
Oui, toute la nuit, avec toi, ma femme... Toute cette nuit... la nuit de nos noces.
EDITH
Louis, tu pleures... Pourquoi pleures-tu?... C'est la faiblesse? (Et comme a secoue la tête.) Si ! Mais si ! Tu t'es trop agité... la fièvre monte...
(Elle s'est levée.)
LOUIS
Viens près de moi !
EDITH, qai recule.
Mon petit Louis, tu me regardes si tristement... Ton infirmière aussi m'a regardée avec pitié...
LOUIS
Viens, ma petite.
EDITH
Oh! j'ai trop peur... On me ment... Tout le monde ment! Moi aussi je mens, car j'ai peur depuis que je suis là !
LOUIS
Viens.