‹ L'élévation; piece en trois actes, représentée pour la premiere fois le 8 juin 1917, sur la scene de la Comédie-FrançaiseChapitre 105 sur 108 · ACTE III, scèrre ii · texte numérisé non relu

ACTE III, scèrre ii

EDITH

Tu seras obéi, mon cher aimé si tendre! J'en prends l'engagement.

LOUIS

Ah ! tu me donnes un grand repos ! (Elle tient

la main de Louis. Un silence. On ne perçoit que les sanglots étouffés d'Edith, et une chanson, un air connu, qui entre par

la fenêtre, vaffuement.) Tu entends?... tu les entends, les blessés, les rescapés, les petits gars... les héros? Ils chantent... Ils vont repartir et ils chantent. Écoute... c'est une chanson de Mayol...

(Un silence.) Ccs VOix de Soldats!... (Un silence. Edith pleure désespérément. Louis, d'un tendre geste aveugle, attire

la pauvre tête.) Ne pleurc pas, ma petite fille ! Personne ne meurt!... Entends, Edith, le chant de notre immortalité ! (Un silence, j Je ne t'ai jamais écrit certaines choses... c'est ennuyeux de parler de soi... mais je veux que tu saches pourquoi j'ai donné ma vie. Pendant la Marne... c'était le 8 septembre, au petit matin... un capitaine à qui je demandais la position de l'ennemi m'a répondu : « Les Boches, mais ils ont foutu le camp! » Et moi, j'ai éclaté en sanglots. J'ai su plus tard tout ce que ces larmes apportaient de renouveau. A travers mes années d'oubli et

de fanure, ma jeunesse accourait, mes enthousiasmes... J'avais douté... j'avais tremblé que la nuit ne couvrît le monde! Et non... pas du tout!... elle brillait toujours, ma France... patrie capricieuse et tourmentée, mais patrie des patries, source des âmes, d'où la liberté et l'amour des hommes ont jailli par la terre entière!... Edith, il faut, il faut que la France soit victorieuse!... Son talon, qui a démoli les prisons du monde, une à une, anéantira le bagne monstreux de la Guerre, où deux cents millions de forçats innocents, hommes et femmes, pleurent

et meurent! (il s'arrête essoufflé. Sourdement :) Je SUis tombé pour cela! (Un silence. Plus bas:) Oui, la

guerre est horrible... Pourtant, elle a tiré du cœur humain autre chose que sa boue éternelle... des flammes, les plus hautes flammes! Mon adorée, ne maudis jamais mon sacrifice ! Tout se tient... Sans ce grand élan, notre amour neût pas été.

EDITH, redressi'e.

Louis, tu es beau!... tu es beau et je te remercie! Tu me lègues une sublime raison d'exister. Comme tu as fait le don de toi, le don fraternel, je m'off'rirai ! Je serai la sœur de toute

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