I. Et plus tard, tous les trois mois
NOTICE HISTORIQUE
fonctions dureraient un an. Le directeur et !c chancelier seraient désignés par le sort. De plus on nomma un secrétaire ; cette dernière charge était conférée à vie.
Valentin Conrart fut le premier secrétaire perpétuel de l'Académie française. Habert, Malleville, Giry, Boisrobert, Godeau, de Sérisay, Gombaud, Faret, Chapelain et Desmarets, tout ce groupe de gens de lettres que nous avons vus chez Conrart, furent des quarante premiers académiciens. Racan.le disciple favori de Malherbe ; Maynard et d'Arbaud de Porchères, deux autres héritiers de Malherbe, celui-là de sa précision et de son élégance, le second de quelques-uns de ses livres seulement, furent reçus dans la docte assemblée. Ils y représentaient leur maitre. Balzac, le prince de l'éloquence de son temps ; Voiture, la coqueluche des ruelles et de l'hôtel Rambouillet, et enfin Vaugelas, qui devait si fort contribuer à la perfection de la langue française par les Revmrqjies (\\x'\\ publia depuis, étaient des choix qui s'imposaient. Saint- Amand et Leroy de Gomberville étaient en assez belle réputation pour faire partie de l'Académie. Colletet, un des cinq poètes qui collaboraient aux tragédies du cardinal, dut apparemment à Son Éminence d'être reçu dans la nouvelle compagnie. Enfin, comme si rien ne devait manquer à l'institution qui venait de s'établir, pas même l'honneur de se voir estimée avant d'avoir rien fait, Pierre Séguier, alors garde des sceaux, demanda d'être inscrit sur le tableau des académiciens ; et son exemple fut aussitôt suivi par du Chastelet et Bautru, conseillers d'État, par Servien, secrétaire d'£tat,et Montmort, maître des requêtes (').
L'Académie ne tarda pas à faire connaître le but qu'elle se proposait. « Rien ne semble plus manquer à la félicité du royaume, disait-elle, que de tirer du nombre des langues barbares la langue que nous parlons. Déjà plus parfaite que pas une des autres vivantes, cette langue pourra bien enfin succéder à la latine, comme la latine à la grecque, si on prend plus de soin qu'on n'a fait jusqu'ici de l'élocution. Les fonctions
I. Les autres académiciens furent lîardin, Bascher de Méziriac, , Auger de Mauléon, Cauvigny-Coloniby, .Sirmond, Baro, Baudouin, Cl. de l'Ktoile, Laugier- Porchères, G. Habert, Boissat, Silhoa, Cureau de la Chambre, Bourzeys et D. Hay du Chastelet.
SUR L'ACADEMIE FRANÇAISE
des académiciens seront de nettoyer la langue des ordures qu'elle a contractées, ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du Palais et dans les impuretés de la chicane, ou par les mauvais usages des courtisans ignorants, ou par l'abus de ceux qui la corrompent en l'écrivant, et de ceux qui disent bien dans les chaires ce qu'il faut dire, mais autrement qu'il ne faut. »
Pour remplir le programme qu'elle se traçait, l'Académie s'occupa de la publication d'un Dictiojinaire de la langue française. Elle se mit à l'œuvre dès l'année 1638.
En signant les statuts de l'Académie, Richelieu avait effacé l'article qui portait que « chacun des académiciens s'engageait à révérer la vertu et la mémoire de Monseigneur leur protecteur », Malgré cette modestie, il exigeait impérieusement qu'on respectât ses volontés. Il avait dit: « J'aimerai l'Académie comme elle m'aimera. » C'était dire qu'il protégerait l'Académie selon qu'elle aurait pour son protecteur des sentiments qui le pussent satisfaire.
Les craintes qu'avaient exprimées Malleville et Sérizay au sujet de l'indépendance de l'Académie, n'étaient point sans fondement. Elles devaient se justifier lors de la publication du Cid de Corneille.
Sur les instances de Boisrobert et de Scudéry, dont l'envie était puissamment secondée par la jalousie de Richelieu, l'Académie fut chargée d'examiner l'œuvre contestée. L'Académie avait montré quelque hésitation à prendre parti, mais le Cardinal avait fait savoir qu'il « désirait ».
Une commission fut formée le 6 juin 1637 pour juger le Cid. Elle se composait de Chapelain, de Bourzeys et de Desmarets.
Chapelain, l'auteur de l'ode à Richelieu, l'auteur dur
Qui, de son lourd marteau martelant le bon sens, A fait de mauvais vers douze fois douze cents ;
Bourzeys, abbé de Saint-Martin, auquel Voltaire a faussement attribué le Testament politique de Richelieu, et qui n'eut d'autre mérite que d'écrire les statuts de l'Académie ; enfin Desmarets de Saint-Sorlin, aussi fameux par sa fécondité que par la stupéfiante bienveillance dont le Cardinal encouragea
NOTICE HISTORIQUE
ses inepties ; Desmarets, l'élucubrateur des Délices de l'Esprit, dont on disait justement qu'ils devaient s'appeler les Délires ; tous trois créatures dévouées du grand Armand : voilà les arbitres à qui l'on confiait la mission de critiquer Corneille !
Les sentiments de V Académie sur le Cid parurent en 1637 î ils furent rédigés par Chapelain. Germain Habert avait été commis au soin d'éplucher la versification du premier chefd'œuvre de notre scène dramatique.
Bien que les commissaires nommés par l'Académie eussent trouvé « que le sujet du Cid était mauvais ; que la pièce péchait dans son dénouement; qu'elle était chargée d'épisodes inutiles ; que la bienséance y manquait en beaucoup de lieux ; qu'il y avait dans le Cid beaucoup de vers bas et de façons de parler impures ; » Richelieu ne fut point content du jugement qu'on avait rendu pour lui plaire. Sans qu'elle s'en doutât, l'Académie avait fait une critique judicieuse ; Corneille ne pouvait qu'y gagner ; le Cid s'augmentait de toute la gloire que l'envie ajoute encore aux belles choses.
Le cardinal de Richelieu mourut en 1642. L'Académie se trouvait sans protecteur, lorsque, au mois de décembre de la même année, Pierre Séguier pria ses collègues de vouloir tenir leurs séances dans son hôtel.
A la mort du chancelier Séguier ('), Louis XIV se déclara protecteur de l'Académie, lui donna un logement au Louvre(='), une bibliothèque, des jetons de présence ('). En 1676, le roi ordonna que six places fussent réservées aux académiciens ; qui voudraient assister au spectacle à la cour. Vers le même j temps, Louis XIV commanda à l'intendant du garde-meuble de faire placer quarante fauteuils (^), à l'usage des académiciens, dans la salle où ils avaient leurs réunions.
Nous ne pouvons pas, dans une notice qui doit surtout être brève, faire un abrégé de l'histoire de l'Académie. Nous allons