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Le 28 janvier

2. C'est là que se tinrent les réunions de l'Académie jusqu'à la Révolution. Ces réunions avaient lieu une fois la semaine.

3. Le jeton de pré-icnce était de 800 livres, puis il fut porté à 1200. Le secrétaire perpétuel touchait d'abord un seuljeton. En 1713, il en eut deux.

4. Voici à quelle occasion : Le cardinal d'Estrées, qui faisait partie de l'Académie dejiuis 1658, étant vieux et infirme, demanda un fauteuil au lieu de la chaise qui l'incommodait. Le roi voulut que tous les acailémicicns eussent des fauteuils, pour qu'on ne fit point entre eux de différence.

SUR L'ACADÉMIE FRANÇAISE

seulement donner quelques détails qui nous semblent nécessaires (').

L'Académie procédait au remplacement de ses membres par un double scrutin. Le premier servait à désigner le candidat qui serait présenté à l'agrément du roi. Si le roi approuvait le choix qu'on lui soumettait, un second scrutin affirmait l'élection. Avant 167 1, les séances de réception étaient privées; c'est à cette époque qu'elles furent rendues publiques.

Aux commencements de rAcadémie,le récipiendaire n'était point tenu, comme depuis, à prononcer un remercîment. En 1640, Patru ayant fait une harangue pour exprimer sa reconnaissance à ses nouveaux collègues, la mode en fut continuée.

Tout d'abord l'Académie présentait elle-même ses candidats, sans que ceux-ci eussent à solliciter leur admission à la compagnie. Arnauld d'Andilly ayant été nommé académicien, déclina l'honneur qu'on lui avait fait. Il fut décidé, pour que l'Académie ne reçût plus d'affront semblable, que les candidats se présenteraient dorénavant à l'élection.

L'article XIII des anciens statuts disait que « si un académicien faisait une action indigne d'un homme d'honneur, il serait, selon l'importance de la faute, interdit ou destitué.»

De la fondation de l'Académie jusqu'à la Révolution, l'exclusion ne fut prononcée que trois fois :

1° En 1640, contre Auger de Mauléon, l'un des quarante premiers nommés. D'après Richelet, il ne se serait pas bien acquitté d'un dépôt qu'on lui avait confié.

2° En 1685, « Furetière fut exclu de l'Académie parce qu'on l'accusait d'avoir profité du travail de ses confrères pour composer le Dictionnaire Universel q\x\ porte son nom. On vit dans cette occasion un procès intenté pour des mots. Furetière défendit sa cause avec vivacité ; mais les injures qu'il ajouta aux raisons la lui firent perdre. Son dictionnaire fut néanmoins donné au public quelques années après sa mort, et eut même plusieurs éditions. » (Sabatier.)

30 En 1718, l'abbé de Saint-Pierre publia des attaques très vives contre le gouvernement de Louis XIV. Il fut exclu à l'unanimité des voix moins une, celle de Fontenelle.

I. Voir Lalanne et Vapereau, chez qui nous avons puisé la plupart de ces détails.

NOTICE HISTORIQUE

L'Académie, comme toutes les institutions monarchiques, n'a pas échappé à la crise révolutionnaire, mais elle lui a survécu. Dès 1789, les élections furent suspendues. Ce fut la première atteinte portée aux privilèges et à la constitution de l'Académie qui, depuis sa fondation, n'avait éprouvé aucun changement. Barthélémy, l'auteur du Voyage d' Anacharsis, fut le dernier élu. En 1792, la compagnie était réduite à trentequatre membres. Montazet, archevêque de Lyon, mort à la fin de 1788, l'abbé de Radouvillers et le duc de Duras, morts en 1789, le comte de Guibert, maréchal de camp, qui mourut en 1790, et Ruthière, mort l'année suivante, n'avaient pas été remplacés, non plus que Séguicr et Chabanon, morts en 1792.

Alors les discussions politiques qui éclataient partout ailleurs, troublèrent au.ssi ces réunions toutes littéraires autrefois. Ceux qui tenaient pour l'ancien régime cédèrent petit à petit à la crainte ou à la violence. Le cardinal de Bernis, d'Harcourtet Choiseul-Gouffier, qui représentaient la France à l'étranger, se condamnèrent à un exil forcé, loin des horreurs qui menaçaient leur patrie. Boisgelin, Boufflers et Maury émigrèrent ('). Ceux qui avaient acclamé la Révolution avec d'autant plus d'ardeur qu'ils avaient contribué davantage à répandre les idées philosophiques dont elle était née, ne furent pas plus heureux que les autres. Pendant que Lamoignon de Malesherbes et le président de Nicoiaï allaient grossir le nombre des victimes de la Terreur, Condorcet, Chamfort et Bailly périssaient aussi, devenus la proie de ce saturnc qui dévorait ses propres enfants Q.

Le 5 août 1793, Ducis, Vicq d'Azyr, La Harpe et Bréquigny se séparèrent, confiant à Morellet, qui devait les mettre en lieu sûr, les registres de l'Académie. Trois jours plus tard, sur le rapport de Grégoire, parut un décret de la Convention .supprimant l'Académie. Les scellés furent apposés au local oii se tenaient les séances. Le 24 juillet 1794, paraissait un

1. Quelques académiciens se cachèrent en France ou en Suisse, notamment Marmontel, Montesquieu, fl'Agues^eau, .Sedaine et Barthélémy.

2. Bailly, comme on sait, mourut sur l'cchafaud. Condorcet s'empoisonna dans sa prison, à Bourg-la- Reine. Chamfort, arrêté sur l'ordre du Comité de salut public, mourut des blessures qu'il s'était faites pour échapper à une condamnation.

SUR L'ACADÉMIE FRANÇAISE

autre décret confisquant les biens des académiciens et les déclarant propriété nationale (').

La Terreur n'avait duré que trop longtemps. Lorsque la réaction se fit, un besoin d'apaisement se produisit, et l'on voulut aussitôt relever quelques monuments parmi tant de ruines. La Constitution du 3 fructidor, an III (22 août 95), par son article 298, établissait, (<• pour toute la République », un Institut national chargé de recueillir les découvertes et de perfectionner les arts et les sciences. La loi qui réglementait l'instruction publique fut votée le 23 octobre de la même année. L'Institut comprenait plusieurs classes, dont la troisième, celle de littérature, se divisait en huit sections. Les sections de grammaire et de poésie tenaient à peu près la place de l'ancienne Académie.

Ce n'était pourtant que sous le Consulat, qu'à force de négociations, Suard et Morellet devaient obtenir la réorganisation de l'Académie, dont, avec Delille, Saint-Lambert, Ducis, Bernardin de Saint-Pierre et deux ou trois autres, ils étaient les seuls survivants. Le 3 pluviôse, an XI (22 janvier 1803) parut un décret consulaire qui réformait l'Institut sur de nouvelles bases. L'Académie n'y reprenait point son nom ni son rang; elle n'était que la seconde classe, celle de langue et de littérature française ; mais, du moins, elle revivait, composée comme jadisde quarantemembres et pouvant ressusciter quelques-uns des usages d'autrefois (-).

1. On sera curieux, pensons-nous, de savoir ce que devinrent ceux des académiciens que nous n'avons point cités. Lemierre et le M'*' de Beauvais moururent de mort naturelle en 1793. Ce genre de mort était alors assez rare pour qu'il soit noté. Loménie de Brienne mourut d'apoplexie, le lendemain de son arrestation ; Florian, peu de temps après sa délivrance de prison. Delille fut exilé à Bâle et ne revint que sous le Consulat. Le duc de Nivernois mourut en 1794. Les autres enfin firent partie de l'Institut,

2. Voici comment se composait la 2e classe de l'Institut à cette époque : i"Académiciensayant fait partie de l'Académie avant la Révolution :d'Aguesseau,

de Boisgelin, de Boutîlers, Ducis, de Bissy, Delille, Bernardin de Saint-Pierre, Roqu'elaure, Suard et Morellet.

2" Membres de l'Institut, sections de grammaire et de poésie, nommés par la Constitution de l'an III: Volney, Lebrun, Garât, Cambacérès, Cabanis, Naigeon; Merlin, .Sieyès, Collin d'IIarleville, M. J. Chénier, Target, Fontanes, Lacnéeile Cassac, abbé Villar, Domergue, Andrieux, Rœderer et Sicard.

3" Membres nommés depuis le 3 fructidor, an III, et avant la réorganisation de l'an XI: Bigot de Préameneu, Legouvé, Cailhava, de Neufchâteau et Arnault.

4" El enfin membres nommés à la suite du décret de l'an XI : Lacretelle, Portails, Maret, Lucien Bonaparte, Devaines, de Ségur et Régnault de Saint-Jean d'Angéiy.

10 NOTICE HISTORIQUE

Enfin la Restauration restitua à l'Académie tousses privilèges, lui rendit le nom qui l'avait illustrée, ainsi que ses anciens statuts, et la replaça au premier rang dans l'Institut. Par mesure politique, l'ordonnance du 24 juillet 18 15 éliminait onze membres, parmi lesquels quatre furent exilés : Maret, duc de Bassano, A. V. Arnault, Regnault de Saint-Jean d'Angély et Lucien Bonaparte. Pour remplacer les académiciens expulsés, onze nouveaux membres furent nommés, deux par l'Académie, et neuf par le roi ; ils prirent rang en 18 16.

Malgré les troubles et les bouleversements qui l'ont atteinte, l'Académie française est, de toutes les sociétés savantes, celle qui a subi dans son organisation le moins de changements. Elle se gouverne d'après les mêmes règlements et les mêmes statuts que par le passé.

La grande œuvre de l'Académie, le projet qu'elle avait eu dès sa formation, était la publication de son Dictionnaire de la langue française. Elle se montrait même assez jalouse de ses travaux, pour qu'elle entendît que personne n'en profitât. Nous venons de voir que l'exclusion de Furetière ne fut prononcée qu'à cause du dictionnaire ; l'Académie ne pouvait admettre qu'un homme parvînt plus tôt à achever ce que quarante immortels n'avaient pu faire.

Ce n'est qu'en 1696 que parut la première édition du Dictionnaire de l'Académie. Ne faut-il pas voir une allusion à ce travail en société, dans ce passage des Caractères qui parurent peu d'années auparavant : « L'on n'a guère vu jusqu'à présent un chef-d'œuvre d'esprit qui soit l'ouvrage de plusieurs, etc.. (')?»

Cette première édition était en deux volumes in-folio. Les mots y étaient rangés par racines ; tous les mots dérivés venaient par ordre à la suite de leur primitif Henri Estienne, dans son Thésaurus linguae graecae, avait adopté la même disposition.

Dans la deuxième édition, en 1718, l'Académie, qui avait commencé la révision de son dictionnaire depuis 1700, y introduisit des modifications importantes; les mots furent cette fois placés par ordre alphabétique.

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