I. Le chancelier Séguier
dissipées, faire avorter leurs desseins ; nous voyons l'ordre et le secret faire réussir tous les nôtres. Enfin,, ils ont vu souvent la honte des traités ternir la gloire de leurs armes; et nous voyons toujours nos victoires couronnées par la gloire de nos traités.
Nous savons tous à qui nous devons ce merveilleux changement ; mais que le glorieux état où il nous a mis, ne nous fasse pas le méconnaître : nous serions encore le même peuple si nous avions encore les mêmes maîtres, et il n'est point de nation qui ne fût devenue ce que nous sommes si elle avait eu le bonheur d'avoir un prince comme le nôtre. Quand la fortune de temps en temps nous a fait perdre de grands hommes, a-t-elle interrompu le cours de nos victoires, a-t-elle retardé nos entreprises, ou plutôt n'a-t-elle pas prouvé par là que le destin de la France ne dépend uniquement que de la tête qui la gouverne ? Ces mêmes vertus que nous admirons, que les peuples les plus éloignés révèrent et que nos voisins n'ont pu voir sans crainte ou sans envie, c'est à vous, Messieurs, à les couronner ; et quand vous m'appelez pour partager avec vous ce noble et difficile emploi, quoique convaincu de ma faiblesse, animé dans ce moment par votre présence et ravi de l'honneur que vous me faites, je ne désespère point de marcher un jour sur vos traces, quand vos lumières, votre exemple et vos leçons m'auront donné assez de force pour vous suivre.
NOTE
Il nous semble curieux, puisque nous venons de donner le discours qu'Etienne Pavillon prononça à l'Académie, d'y ajouter quelques éloges qu'on en fit. Cela montrera qu'on peut être un grand homme pour son temps, sans que la postérité veuille ratifier un jugement trop hâtif ou trop intéressé.
vi II y avait longtemps que la réputation et les ouvrages de M. Pavillon avaient fait désirer à tous ceux qui composaient l'Académie française de le mettre de leur corps; mais sa modestie et
l'empressement qu'il avait de songer plutôt à ses amis qu'à lui-même, les avaient empêche's jusque-là d'y satisfaire
K L'assemblée était fort nombreuse et composée d'une infinité de
personnes d'une très grande distinction Le discours qu'il fit
était si beau et fut prononcé d'une manière si noble, que les auditeurs ne se lassaient point de marquer, par leurs applaudissements, la satisfaction qu'ils en recevaient ('). »
« Je n'oublierai pas ici la manière extraordinaire et nouvelle dont il fut mis à l'Académie française. Je lui avais souvent dit qu'une place dans cette célèbre Compagnie lui convenait extrêmement, surtout puisqu'il n'était guère occupé ; mais sa modestie le retenait, et les sollicitations qu'il croyait nécessaires l'en avaient toujours détourné. L'Académie se trouva balancée entre deux personnes qui partageaient les voix, et formaient deux partis qu'on ne pouvait accorder. Je ne sais par quel instinct il me vint dans l'esprit de parler de M. Pavillon; mais dès que je l'eus nommé, il se fit un applaudissement général; on abandonna les deux partis auxquels on paraissait si attaché, et tout se réunit en un moment en faveur d'un mérite qui parut supérieur à tout autre (^). Cette élection peu usitée étonna tout le monde, et M. Pavillon, à qui j'en portai la nouvelle, en fut lui-même dans une surprise qui n'est pas croyable
« La postérité n'examinera guère si M. Pavillon était assidu à l'Académie; mais elle jugera par ce qui reste de lui qu'il devait être un des plus grands ornements de cette Compagnie {^). »
Etienne Pavillon était neveu de Pavillon, évêque d'Alet. Dans l'éloge qu'il prononça, Brûlart de Sillery, évêque de Soissons, qui lui succédait à l'Académie, s'exprime ainsi au sujet de son prédécesseur :
« Y eut-il jamais dans aucun homme un plus grand fonds de probité? La vérité, la religion faisaient son caractère. 5>