Œuvres de Pavillon, édition de La Haye
2. On sera singulièrement émerveillé lorsqu'on saura qu'un des candidats qui partageaient les voix, et auquel on préféra Pavillon comme de beaucoup supérieur, n'était autre que la Bruyère. On voit que les bévues des contemporains sont assez grossières et que la postérité fait bien de s'en mêler un peu.
3. Lloge de i)/. Pavillon prononcé par l'abbé Tallemant en 1705 à l'Académie des Inscriptions, dont Pavillon faisait également partie.
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FENELON (1693),
né au château de Fénelon, en Périgord, mort à
Cambrai (1651-1715).
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FRANÇOIS de Salignac de la Motte Fénelon a eu en même temps le génie le plus élevé et l'âme la plus sensible. Peu de grands écrivains ont produit autant que lui. ^*^^1 Le Traité de l'existence de Dieu, celui de /'Education des filles, les Lettres sur la religion, les Entretiens effectifs szir les principales fêtes de l'année, \ Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, tout ce qu'il a écrit a été inspiré par cette passion qu'il avait à un haut point : d'être utile à ses semblables. Il n'est pas jusqu'au Tèlémaque, chef-d'œuvre de goût et de poésie, qui ne renferme, sous sa forme païenne, d'excellentes leçons d'éducation chrétienne. Enfin, la Lettre à V Académie, les Dialogues sur l'éloquence, les Lettres sur Homère et sur les a?icietis lui mériteraient parmi les critiques de son siècle la première place, s'il n'en occupait pas une au premier rang parmi les plus grands esprits de tous les temps.
Écrivain, il est pour les écrivains un excellent modèle. Chrétien, il a été pour les chrétiens un magnifique exemple.
On trouvera dans la suite de ce recueil l'éloge de Fénelon, par La Harpe ; mais Fénelon, si admirable dans sa piété et son humilité, n'estil pas plus grand que l'éloge ?
DISCOURS PRONONCÉ LE 31 MARS 1693, PAR M. DE KÉNELON, ARCHEVÊQUE DE CaMBRAI, LORSQU'IL FUT REÇU A LA PLACE DE M. PELLISSON.
J'aurais besoin, Messieurs,de succéder à l'éloquence de M. Pellisson, aussi bien qu'à sa place pour vous remercier de l'honneur que vous me faites aujourd'hui, et pour réparer dans cette Compagnie la perte d'un homme si estimable.
Dès son enfance, il apprit d'Homère, en le traduisant presque tout entier, à mettre dans les moindres peintures et de la vie et de la grâce. Bientôt il fit sur la jurisprudence un ouvrage où l'on ne trouva d'autre
défaut que celui de n'être pas conduit jusqu'à sa fin ('). Par de si beaux essais, il se hâtait, Messieurs, d'arriver à ce qui passa pour son chef-d'œuvre, je veux dire \ Histoire de r Académie. Il y montra son caractère, qui était la facilité, l'invention, l'élégance, l'insinuation, la justesse, le tour ingénieux. Il osait heureusement, pour parler comme Horace ; ses mains faisaient naître les fleurs de tous côtés; tout ce qu'il touchait était embelli. Des plus viles herbes des champs, il savait faire des couronnes pour les héros ; et la règle si nécessaire aux autres de ne toucher jamais que ce qu'on peut orner, ne semblait pas faite pour lui. Son style noble et léger ressemblait à la démarche des divinités fabuleuses qui coulaient dans les airs sans poser le pied sur la terre. II racontait (vous le savez mieux que moi, Messieurs), avec un tel choix des circonstances, avec une si agréable variété, avec un tour si propre et si nouveau jusque dans les choses les plus communes, avec tant d'industrie pour enchaîner les faits les uns dans les autres, avec tant d'art pour transporter le lecteur dans le temps où les choses s'étaient passées.qu'on s'imagine y être, et qu'on s'oublie dans le doux tissu des narrations.
Tout le monde y a lu avec plaisir la naissance de l'Académie. Chacun pendant cette lecturecroit êtredans la maison de M. Conrart, qui en fut comme le berceau ; chacun se plaît à remarquer la simplicité, l'ordre, la politesse, l'élégance qui régnaient dans ses premières assemblées, et qui attirèrent les regards d'un puissant ministre(^);ensuitelesjalousieset les ombragesqui troublèrent ces beaux commencements; enfin l'éclat qu'eut cette Compagnie par les ouvrages des premiers académiciens. Vous y reconnaissez l'illustre Racan, héritier de l'harmonie de Malherbe; Vaugelas, dont l'oreille fut si délicate pour la pureté de la langue ; Corneille, grand et hardi dans ses caractères, où est marquée une main