I. Chapitre premier : Des ouvrages de fesfrit
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La troisième édition date de 1740, la quatrième de 1762, la cinquième de 1798, la sixième de 1835, et enfin la septième de 1874.
Vers 1690, l'Académie avait également entrepris la publication d'une grammaire française. Elle fut composée par l'abbé Regnier-Desmarais, troisième secrétaire perpétuel ; elle parut en 1705.
En 1835, l'Académie commença la publication d'un dictionnaire historique ; la première livraison futpubliéeen 1858, la seconde en 1867. On a calculé méchamment que, en y allant de ce train, l'ouvrage pourrait être terminé dans 3289 ans (').
Peut-être trouvera-t-on intéressantes quelques indications au sujet des prix académiques. Le premier prix décerné par l'Académie, celui d'éloquence religieuse, fut fondé par Balzac. Balzac mourut en 1654. Jusqu'en 1671, divers empêchements survinrent qui mirent obstacle à la volonté du fondateur. Cette année-là un concours eut lieu, et ce fut Madeleine de Scudéry, l'auteur du Grand Cynis et de Clélie, alors âgée de soixante-quatre ans, qui remporta le prix par son discours : De la louange et de la gloire ; qu'elles appariiennent à Dieu en propriété et que les Jioninies en sont ordinairement les usurpatejirs. Ce prix fut une médaille d'or de la valeur de trois cents francs, représentant d'un côté saint Louis et de l'autre une couronne de lauriers et la devise de l'Académie : « A Vhnmortalité. » En 1758, sur la motion de Duclos, le sujet du concours fut changé, et l'éloge des grands hommes remplaça l'éloquence religieuse.
Pellisson avait créé un prix de poésie que l'Académie décernait, comme le prix d'éloquence, tous les deux ans. A la mort de Pellisson, en 1693, les académiciens en firent les fonds jusqu'en 1699. A cette époque, M. de Clermont-Tonnerre, évêque-comte de Noyon, légua à ses collègues une
I. On a souvent plaisanté l'Académie sur sa lenteur à publier le Dictionnaire. Dès l'origine de l'Académie, un des premiers membres de la Compagnie, ce même Boisrobert que nous avons vu chez Conrarl et familier de Richelieu, écrivait l'épigramme suivante :
Las ! tous ensemble, ils ne font rien qui vaille ;
Voilà six ans que sur l'F on travaille ;
Et le destin m'aurait fort obligé
S'il m'avait dit : Tu vivras jusqu'au G.
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somme dont les intérêts serviraient à l'entretien de ce prix. Il y avait mis pour condition que l'éloge de Louis XIV serait le sujet du concours. L'Académie tint bon jusqu'en 1753 : mais à ce moment, enfin fatiguée des mêmes choses, elle prit sur elle de varier le sujet.
Pendant un temps, l'usage était que l'Académie soumît au roi les sujets proposés au concours (').
Les prix étaient décernés en séance solennelle le 25 août, jour de saint Louis.
Outre les prix d'éloquence et de poésie que l'Académie décerne alternativement d'année en année, au concours et sur un sujet proposé par elle, elle distribue également d'autres prix fondés par de généreux donateurs pour l'encouragement des lettres : le prix Monthyon (18,000 fr.), destiné aux ouvrages les plus utiles aux mœurs ; les prix Gobert (9,000 et 1,000), Thérouanne (4,000 fr.), réservés aux meilleurs travaux historiques ; les prix Bordin (3,000 fr.), Marcellin, Guérin (5,000 fr.), affectés aux ouvrages de haute littérature ; le prix Langlois (j,5oo fr.), destiné à la meilleure traduction d'un chef d'œuvre littéraire étranger : le prix Archon-Despérouses (4,000 fr.), réservé aux ouvrages de philologie française ; le prix Vitet (6,000 fr.), fondé pour être employé par l'Académie (i comme elle l'entendra dans l'intérêt des lettres» ; le prix Lambert, en faveur d'écrivains, méritant l'intérêt, ou de leurs veuves: tous ces prix sont annuels et, sauf les prix Gobert, peuvent être répartis entre plusieurs lauréats, L'Académie décerne aussi le prix biennal de Jouy (1,500 fr.}, à la meilleure étude de mœurs comtemporalnes ; le prix biennal Monbinne (3,000 fr.), destiné à venir en aide aux écrivains ou aux professeurs tombés dans l'infortune ; le prix biennal Maillé Latour-Landry, fondé pour encourager un débutant dans la carrière des lettres ; les prix Tliiers (3,000 fr.), et Halphen (1,500 fr.), attribués tous les trois ans, l'un au meilleur livre d'histoire, l'autre à l'œuvre littéraire la plus élevée au point de vue moral ; le prix triennal Guizot
I. «J'ai rendu compte au roi de ce que vous m'avez écrit concernant le sujet proposé pour le prix de l'Académie ; Sa Majesté l'ayant approuvé, ce billet n'est que pour vous le faire savoir et vous assurer en même temps que je suis, Monsieur, entièrement à vous. » Lettre Je Pontchartrain à tablé Régnier des Marais, secrétaire perpétuel.
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{3,000 fr.), décerné à une œuvre d'histoire littéraire ; le prix triennal Jules Janin (3,000 fr.), à la meilleure traduction d'un ouvrage latin; enfin le prix quinquennal Botta (5,000 fr.), réservé au meilleur ouvrage, publié en français, sur la condition des femmes, et le prix Jean Reynaud (10,000 fr.), donné tous les cinq ans et intégralement, à l'œuvre originale la plus remarquable qui aura paru dans cette période de temps.
Mais le plus connu des prix décernés par l'Académie est le prix de vertu, fondé par Antoine Jean-Baptiste Auget, baron de Monthyon. Xé à Paris en 1733, le baron de Monthyon devint conseiller d'État et fut successivement intendant d'Auvergne et de Provence. C'est en 1783 qu'il fonda le prix de vertu. Il devait être accordé à un Français pauvre qui aurait donné l'exemple d'un dévouement et d'un désintéressement remarquables. La rente attribuée à cette récompense était alors de 600 fr. La Révolution supprima ce prix en même temps qu'elle supprimait l'Académie, et le généreux philanthropefutmême forcé d'émigrer. En 1815, à son retour en France, le baron de Monthyon rétablit le prix qu'il avait créé et qui porte encore son nom : mais ce ne fut qu'en 18 19, le 24 août, qu'il fut réellement et définitivement établi. Le baron de Monthyon est l'auteur de quelques écrits, entre autres d'un Eloge de l Hôpital. Il mourut en 1820. Le 25 août de l'année suivante Lacretelle prononça un discours à l'Académie sur la vie du baron de Monthyon.
Ontre le prix Monthyon, dont la valeur est aujourd'hui de 8.000 francs, pouvant être donnés intégralement ou partagés en plusieurs récompenses, l'Académie décerne également, tous les ans, le prix Souriau (1,000 fr.), les prix Marie Lasnes (6 médailles de 300 fr.), le prix Gemond (1,000 fr.), le prix Laussat (350 fr.), et un prix anonyme de 1,000 fr., destinés à récompenser les actes de courage, de dévouement et de piété filiale ; enfin, tous les trois ans, elle distribue les arrérages delà somme de 200,000 fr. qui lui a été léguée par la duchesse d'Otrante, née de Sussy, pour être affectée au même objet que la fondation Monthyon.
Toutes ces récompenses, prix littéraires et prix de vertu, sont décernées en séance publique de l'Académie, après un Rapport du Secrétaire perpétuel, sur les concours de l'année,