‹ L'Eloquence académiqueChapitre 39 sur 65 · Allusion à la victoire de Fontenoy, du ii mai · texte numérisé non relu

Allusion à la victoire de Fontenoy, du ii mai

2. Crél)iIlon encouragé parla cour, venait de donner avec succès son Catilina.

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né à Montbard, mort à Paris (1707-1788). •■

EAN Louis le Clerc de Buffon avait débuté dans les lettres par une traduction de la Statique des végétaux de Haies (') et du Traité des fluxions^ de Newton. Après avoir présenté à l'Académie des sciences plusieurs mémoires remarqués, il fut, en 17 39, reçu membre de cetteCompagnie et nommé à l'Intendance du Jardin royal des plantes. Ce fut alors qu'il conçut le projet de se livrer à l'histoire naturelle. Nous n'avons pas à l'examiner ici comme savant, mais seulement comme écrivain. Si le premier a émis des théories hasardées, s'il a accepté comme justes des faits qu'une observation plus minutieuse a reconnus pour faux, le mérite de l'écrivain, du moins, est incontestable. Nul n'a chez nous écrit en prose d'une manière plus brillante; nul n'a su parler de la nature dans un langage plus élevé ; nul n"a revêtu la science naturelle de plus admirables formes. Seul Bernardin de Saint-Pierre lui serait comparable sous ce rapport. Celui-ci a plus de sensibilité, et celui-là plus de mesure. Tous deux sont des maîtres peintres.

Les principaux ouvrages de Buffon sont Y Histoire naturelle, la Théorie de la terre, l t/omme, l'Histoire des afiiinaux, des oiseaux et des viinéraux, enfin les Epoques de la nature, qu'il écrivit à soixantedix ans et qu'il avait di.x-huit fois recopiées.

En 1753, Buffon fut reçu de l'.Académie. Il ne remercia point par un discours rempli d'éloges comme la plupart de ceux que nous avons vus jusqu'ici ; il s'imposa un sujet et fit le fameux Discours sur le style. « En traitant du style, disait Grimm, M. de Buffon en a en même temps donné le modèle. »

Un grand écrivain, dans les questions de goût, a pour type involontaire son propre talent. Les grands écrivains n'en sont pas moins les meilleurs critiques à étudier. Chacun d'eux ne donne qu'un point de vue de l'art ; mais ces points de vue divers sont supérieurs, et en les comparant, vous avez l'art tout entier. Ainsi, sur l'éloquence, après Aristote, Platon, Cicéron, Tacite, Bossuet, Fénelon, il y avait quelque chose à dire encore pour un homme de génie qui ne leur

I. Et non de Hallez, ainsi qu'on l'enseigne si souvent. Il s'agit ici d'Etienne llales et nop d'Albert de Hallez qui vivait à peu près à la tnêine époque.

ressemble pas: ce sera le discours de Buftbn sur le style. Fort admiré de son temps, ce discours parut surpasser tout ce qu'on avait conçu jamais sur un tel sujet, et on le cite encore comme une règle universelle de goût. Ce n'est cependant que la confidence un peu apprêtée d'un grand artiste, et non la théorie de l'art dans sa belle et inépuisable variété ('). »

DISCOURS rROxNONCÉ a l'Académie française i'ak M. DE BUFFON, le 23 août 1753, lorsqu'il fut reçu,

A LA l'L.\CE DE M. LANGUET DE LA VILLENEUVE DE GERGV,

archevêque de sens.

Messieurs,

Vous m'avez comblé d'honneur en m'appelant à vous (^), mais la gloire n'est un bien qu'autant qu'on en est cligne, et je ne me persuade pas que quelques essais écrits sans art et sans autre ornement que celui de la nature, soient des titres suffisants pour oser prendre place parmi les maîtres de l'art, parmi les hommes éminents qui représentent ici la splendeur littéraire de la France, et dont les noms, célébrés aujourd'hui par la voix des nations, retentiront encore avec éclat dans la bouche de nos derniers neveux. Vous avez eu, Messieurs, d'autres motifs en jetant les yeux sur moi ; vous avez voulu donner à l'illustre Compagnie (^), à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir depuis longtemps, une nouvelle marque de considération : ma reconnaissance, quoique partagée, n'en sera pas moins vive. Mais comment satisfaire au devoir qu'elle m'impose en ce jour ? Je n'ai, Messieurs, à vous offrir que votre propre bien : ce sont quelques idées sur le style, que j'ai puisées dans vos ouvrages ; c'est en vous lisant, c'est en vous admirant, qu'elles ont été conçues; c'est en les soumettant à vos lumières qu'elles se produiront avec quelque succès.

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