I. // PiantOy le Campo santo
sortira un jour du lit funèbre où elle attend l'heure de la résurrection. Quand viendra cette heure tant désirée, qu'elle se garde bien de demander l'appui d'un bras étranger ; qu'elle ne cherche jamais ailleurs que parmi ses fils son Roméo libérateur.
Les vœux de M. Barbier pour l'Italie étaient prophétiques. Nous en avons vu l'accomplissement. A lui tout seul Roméo aurait-il suffi à la tâche (')? Aurait-il pu se passer de l'appui que lui donna la « furie française » dans les champs de Palestro, de Magenta, de Solferino? Je glisse sur cette trop délicate question. Aussi bien, sommes-nous de ceux qui auraient voulu pouvoir applaudir sans réserve au réveil et à la résurrection de la Péninsule ('). Oui certes, l'Italie, toute l'Italie aux Italiens : il le fallait, et le sang de nos soldats n'a pas coulé en vain si, pour une part considérable, il a été la rançon de Venise et de Milan, trop longtemps victimes de la politique de compensations qui prévalut dans les
1. Les exigences du lieu ne permettaient pas à l'orateur d'en dire davantage. Mais émettre ce doute, poser cette question, en séance de l'Académie, c'était la résoudre... négativement. L'histoire, qui n'est pas tenue à tant de courtoisie, dit en effet que Roméo — le moins italien des princes d'Italie — n'aurait point suffi à la tâche : Palestro, Magenta et Solferino eussent été des désastres sans \a/u?ie française, comme Custozza et Lissa ont été de honteuses défaites quand l'Italie voulul/are da se, faire ses affaires elle-même.
2. Les catholiques n'eurent pas, en effet, cette joie de « pouvoir applaudir sans réserve » aux victoires françaises de Magenta et de Solferino. Avant même l'ouverture des hostilités Louis' Veuillot écrivait : « La France est appelée en Italie par des hommes qui regardent Orsini comme un héros, qui proclament que tous les trônes doivent être abolis, que la Lombardie prise aux Autrichiens n'est que la moindre chose à faire et que le Vatican est la vraie forteresse qu'il faut détruire. Tels seraient nos alliés nos seuls alliés, dans la guerre italienne. Pour notre part nous ne croyons pas à l'immensité des malheurs de l'Italie. Ses primes doux et itistes sont incomparahleinent plus libhattx que ceux qui s'' offrent pour lui imposer des lois qu'elle ne demande pas et lui ravir des usages auxquels elle est attach/e. Mais fut-elle aussi à plaindre qu'on le dit, sa plus grande infortune serait d'être livrée aux es.sais poliiiques et sociaux de l'armée de Garibaldi. >
Le 7 juilht 1859, Mgr Pie disait à son clergé en lui ordonnant des prières publiques: «Notre allié, ou plutôt notre client, c'est un gouvernement sacriltgement ambitieux et révolutionnaire, qui a mis la main sur les propriétés et sur les iibertés de l'Eglise et qui ne cesse de calomnier et de menacer la Papauté. Enlin la conséquence prochaine et fatale de cette collision, c'est le détrônement déjà effectué de plusieurs princes it-iliens que l'Eglise compte parmi ses enfants les plus dévoués, et c'est l'invasion des États même de l'Église. > Les événements n'ont que trop justifié ces pronostics: l'It.-.lie entière assujettie aux lois, aux impôts, au régime piémontais, en est venue à regretter le gouvernement de ses princes.
traités de 1815. Mais qui donc, au moyen âge, avait défendu avec la plus indomptable persévérance la cause sacrée de l'indépendance italienne ? Oui avait rallié autour de la bannière aux deux clefs l'effort national dont la vigueur finit par rejeter au-delà des Alpes les armées de Barberousse et de Frédéric 1 1 ? Pourquoi la reconnaissance des peuples n'est-elle pas égale aux services de leurs bienfaiteurs ? Au douzième siècle, l'Italie, sauvée de la domination allemande par un pape, donnait à une cité nouvellement bâtie le nom d'Alexandre III, et décernait à l'intrépide pontife le titre à jamais glorieux de «champion de la liberté italienne ». A l'heure présente, sans tenir compte des justes doléances de la grande famille catholique, elle réduit un des plus Italiens parmi tous les papes à la possession dérisoire d'un palais dont, hier encore, elle lui disputait l'administration. Vienne le jour où les Roméo de l'Italie affranchie et ressuscitée, désormais réunis dans le partage des mêmes droits et des mêmes devoirs, sauront concilier les exigences du patriotisme avec les réclamations des consciences catholiques, et voudront que, de tous les Italiens, le plus libre, depuis les Alpes jusqu'à l'Etna, et de l'Adriatique à la Méditerranée, soit l'homme providentiellement établi pour sauvegarder en ce monde la liberté sacrée des âmes (')! Peu d'années après son retour d'Italie, M. Barbier traversait la Manche et se rendait en Angleterre. Il rapporta de ce nouveau voyage le sujet d'un poème auquel on pourrait donner pour épigraphe ce vers de son ami Brizeux :
Honte à qui voit le mal sans que le mal le navre (-) !
1. Dans le pavillon do « l'Italie ressuscitée » dcl Risorgiiitenlû italiano, à l'exposition nationale de Turin ouverte par le roi Humbert en 1884, on voyait étalés la guitare de Mazzini, le bas que portait Garibaldi à Aspromoate quand il fut blessé par les troupes de Victor Emmanuel, les menottes d'Orsini, l'auteur de l'attentat contre Napoléon III. Cet impudent aveu de complicité entre l'Italie affranchie, les rebelles et les régicides, ne permet guère d'attendre d'elle la réalisation du vœu si élo(]uemment exprimé par Mgr Perraud, en faveur de la restauration du pouvoir temporel, condition indispensable de la liberté du Pape.