‹ L'Eloquence académiqueChapitre 58 sur 65 · I. Préface des Silves, 1863. — 2. M. de Laprade · texte numérisé non relu

I. Préface des Silves, 1863. — 2. M. de Laprade

3. Dans un des passages que nous avons dû retrancher à regret l'orateur caractérise en ces termes In «langue forte cl colorée» de Barbier de iSjo^qui méprise les règles et sejotiedes ionvcnaiiies... qui ne recule <levant aucune témérité; ijui jette comme une mitraille les hyperboles audacieuses, les /w(7^'t'j;7Vi/wtVJ<7«/'/«/a/t.fi>, c'est assez dire que le <(cynisnie des mots et des images » rend la lecture de Barbier dangereuse pour la jeunesse.

finit par des hymnes et elle parle le langage chaste et recueilli de la prière.

Oui, en vérité, ^I. Barbier gardera dans l'histoire littéraire du dix-neuvième siècle une place d'honneur.

L'amour persévérant de la justice; la tendre pitié du cœur pour les opprimés ; une instinctive répulsion vis-à-vis des abus de la force ; le mépris des caprices de l'opinion ; une courageuse indépendance d'attitude et de langage en face de ceux qui dispensent le crédit et les faveurs de la fortune, telle est, résumée dans ses traits principaux, la physionomie morale de son œuvre poétique inséparable de son caractère.

Ces exquises qualités, auxquelles il faut joindre l'amour de l'art et le sentiment religieux des beautés de la nature, renfermaient au plus haut degré ce que Tertullien a si bien appelé « le témoignage de l'âme instinctivement chrétienne ».

A vrai dire, pendant longtemps M. Barbier avait plutôt envisagé les applications sociales du christianisme qu'il ne s'était préoccupé de sa surnaturelle et divine autorité.

Mais la parfaite droiture de son âme et l'élévation de ses sentiments étaient pour lui une préparation évangélique dont les résultats ne pouvaient être douteux. Contemporain de quelques-unes des plus violentes secousses imprimées à la France par les révolutions politiques, observateur attentif des conséquences morales de ces révolutions, il ne lui fut pas difficile de comprendre que, loin de s'exclure et de se combattre, la religion et la liberté sont faites pour se prêter un mutuel appui, et que, plus le citoyen possède et exerce de droits, plus l'intérêt social exige qu'il rattache à une sanction religieuse et éternelle l'accomplissement de ses devoirs.

M. Barbier n'était pas homme à reculer devant les conséquences pratiques de ses convictions. Comme il

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l'avait dit en terminant un de ses plus récents ouvrages, il voulait que le livre « fût bien rempli ». C'est qu'en effet, Messieurs, ce qui importe le plus au poème de la destinée humaine, c'est l'épilogue.

Le 3 janvier 1882, avant de quitter Paris, où il ne devait plus revenir, il écrivit une lettre que j'ai été autorisé à faire connaître. Elle est ce dernier rayon d'un beau soir qui présage pour le lendemain une lumineuse aurore.

« Né dans la foi catholique, apostolique et romaine, « j'entends et veux mourir dans cette foi de ma nais- « sance, que je regarde comme la formule la plus com- « plète du christianisme.

« Le christianisme est pour moi la vérité religieuse, « et me parait absolument nécessaire à l'éducation du « peuple et à la conduite morale des sociétés hu- « maines. »

Cinq semaines après, le poète touchait au terme de sa longue et paisible carrière.

Il venait de recevoir les suprêmes secours de la religion dont il s'était proclamé si nettement l'humble disciple. Le moment de la mort approchait. Avant de rendre son âme à Dieu, il prononça un nom et il exprima un vœu, en les associant au souvenir reconnaissant qu'il gardait à l'Académie.

Aujourd'hui, Messieurs, grâce à votre bienveillance, ce vœu se trouve accompli ; et, en confirmant par votre choix le suffrage de M. Barbier mourant, vous m'avez rendu deux fois cher l'héritage que vous m'avez confié.

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^^^^HOMAS, disait madame Necker, exagère toujours ses O ^^ expressions; ses expressior.s exagèrent ses idées, et ses

^^ idées exagèrent ses sentiments; mais ses sentiments sont ^ justes et vrais.» Thomas voulait en effet toujours agrandir les objets, et Diderot, l'opposant à La Harpe, disait de lui qu'il mettait tout en montagnes, et l'autre tout en plaines. On sait aussi le mot de Voltaire se moquant de son style ampoulé : « Nous ne dirons plus galima/ias, mais bien gali-Thoinas. »

Malgré les défauts nombreux de Thomas, il est impossible de ne point lui accorder une place importante dans ce recueil de discours académiques. Les éloges nombreux qu'il a écrits, et qui tous furent couronnés, sont après tout de fort beaux morceaux d'éloquence. Celui de Marc-Aurcle, que nous donnons ici, passe pour être son chef-d'œuvre. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer ce que ce genre a d'un peu faux et de déclamatoire. Comparé à l'éloquence de la chaire, le discours académique, si parfait qu'il soit, lui est tout à fait inférieur.

Thomas, outre les éloges de d'Aguesseau, de Duguay-Trouin, de Sully, de Descaries, etc., a écrit l'Essai sur les éloges où il passe en revue l'éloquence chez tous les peuples, « sorte de poétique du genre auquel il s'est livré toute sa vie ».

Thomas fut reçu académicien le 22 janvier 1767. Il succédait à Hardion, précepteur de Mesdames de France-

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