AVERTISSEMENT
« Il est aisé de voir par quelle fatalité presque tous ces discours académiques ont fait si peu d'honneur à ce corps. Vitium est temporis potittî quam hominis. L'usage s'est insensiblement établi que tout académicien répéterait ces éloges à sa réception : on s'est imposé une espèce de loi d'ennuyer le public. Si on cherche ensuite pourquoi les plus grands génies qui sont entrés dans ce corps ont fait quelquefois les plus mauvaises harangues, la raison en est encore ■ bien aisée : c'est qu'ils ont voulu briller, c'est qu'ils ont voulu traiter nouvellement une matière tout usée.
« La nécessité de parler, l'embarras de n'avoir rien à dire, et l'envie d'avoir de l'esprit, sont trois choses capables de rendre ridicule même le plus grand homme. Ne pouvant trouver des pensées nouvelles, ils ont cherché des tours nouveaux et ont parlé sans penser, comme des gens qui mâcheraient à vide et feraient semblant de manger en périssant d'inanition.
« Au lieu que c'est une loi dans l'Académie française de faire imprimer tous ces discours par lesquels seuls elle est connue, ce devrait être une loi de ne les imprimer pas ('). »
Assurément le reproche que fait ici Voltaire se trouve fondé. Il n'est point demeuré vrai cependant, et depuis le Discours sur le style de Buffon, nombre de beaux discours ont été prononcés à l'Académie.
Nous ferons pourtant remarquer que ce n'est pas là qu'il faut habituellement chercher des chefs-d'œuvre. Ils y sont rares et se peuvent facilement compter. Autant l'éloquence de la chaire est chez nous abondante et élevée, autant celle de l'Académie est ordinairement stérile et sans grandeur.
Malgré cela nous avons cru que ce recueil ne serait pas sans intérêt. On y trouvera des discours purement académiques et qui sont des remerciments ou des compliments. Nous avons choisi ceux dont les auteurs ont un nom dans notre littérature, pensant que l'on pourrait bien avoir pour ceux-ci quelque curiosité. A côté d'eux on lira les discours d'auteurs moins connus, mais qui ont successivement marqué dans les lettres françaises, et dont les œuvres n'ont pas été sans influence sur les progrès de notre langue. Enfin,
': ^^-"^l'^^de Voltaire — {Lettres sur les Aitf^lais, X-XV^). \V)ltaire après avoir ainsi critiqué cet usage, pensa donner l'exemple de l'innovation en traitant pour son discours de réception une question littéraire : De Vinfluence de la poésie sur le :^énic des laiii^ues. Avant lui, la Bruyère et Montesquieu avaient bien trouvé moyen d'innover.