OVID
Parmi les noms célèbres qui ont des droits aux éloges publics et aux hommages des peuples, il en est que l'admiration a consacrés, qu'il faut honorer sous peine d'être injuste, et qui se présentent devant la postérité environnés d'une pompe imposante et des attributs de la grandeur. Il en est de plus heureux qui réveillent dans les cœurs un sentiment plus flatteur et plus cher, celui de l'amour ; qu'on ne prononce point sans attendrissement; qu'on n'oublierait pas sans ingratitude ; que l'on exalte à l'envi, non pas tant pour remplir le devoir de l'équité, que pour se livrer au plaisir de la reconnaissance ; et qui, loin de rien perdre en passant à travers les âges, recueillent sur leur route de nouveaux honneurs, et arriveront à la dernière postérité précédés des acclamations de tous les peuples, et chargés des tributs de tous les siècles.
Tels sont les caractères de gloire qui appartiennent aux vertus aimables et bienfaisantes, et aux talents qui les inspirent. Tels sont ceux du grand homme que la nation célèbre aujourd'hui par la voix de ses orateurs, et sous les auspices de sa première Académie. Fénelon est parmi les gens de lettres ce que Henri IV est parmi
les rois. Sa réputation est un dépôt conservé par notre amour, et son panégyriste, quel qu'il soit, est surpassé d'avance par la sensibilité de ceux qui l'écoutent. Il n'est peut-être aucune classe d'hommes à qui l'on ne puisse offrir son éloge, et qui ne doive s'y intéresser. Je dirai aux littérateurs : Il eut l'éloquence de l'âme, et le naturel des anciens; aux ministres de l'Église: il fut le père et le modèle de son peuple ; aux controversistes : Il fut tolérant, il fut docile ; aux courtisans : Il ne rechercha point la faveur, et fut heureux dans la disgrâce ; aux instituteurs des rois : La nation attendait son bonheur du prince qu'il avait élevé ; à tous les hommes : Il fut vertueux, il fut aimé. Ses ouvrages furent des leçons données par un génie ami de l'humanité à l'héritier d'un grand empire. Ainsi je rapprocherai l'histoire de ses écrits de l'auguste éducation qui en fut l'objet ; je le suivrai de la gloire à la disgrâce, de la cour à Cambrai, sur le théâtre de ses vertus épiscopales et domestiques ; et je puis remarquer d'avance comme un trait rare, et peut-être unique, que l'honneur d'être compté parmi nos premiers écrivains, qui suffit à l'ambition des plus beaux génies, est le moindre de Fénelon.