‹ L'Éloquence politique en GrèceChapitre 11 sur 31 · V. On demandait à Démostbène : quelle est la pre · texte numérisé non relu

V. On demandait à Démostbène : quelle est la pre

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mière qualité de l'orateur? l'action. — Et la seconde? l'action. — Et la troisième? encore l'action. — Ce trait semble prouver surtout que Démosthène avait beaucoup soufl'ertdes imperfections de la sienne. Chez lui, l'action. « l'éloquence du corps » selon Cicéron, avait été assez longtemps défectueuse; de là des échecs qui l'avaient découragé d'abord : « Je suis de tous les orateurs celui qui se donne le plus de peine; j'ai presque épuisé mes forces à me former à l'éloquence, et avec cela, je ne ifUis me rendre agréable au peuple. Des matelots ignorants (allusion à Démade). des ivrognes occupent la tribune, ils sont écoutés, et moi l'on me dédaigne. » Le comédien Satyres connaissait la cause du mal et lui enseigna le remède. Il lui fit réciter, puis récita lui-même des vers d'Euripide. Démosthène fut frappé de la différence de l'effet qu'ils produisaient dans sa bouche et dans celle de son ami; il vit la puissance de l'art de la déclamation, et au prix d'une lutte opiniâtre, il réussit à l'acquérir, sans corriger toutefois son action d'une certaine impétuosité, objet des critiques d'Eschine.

A Rome, un orateur se permet les gestes les plus véhéments; il peut « toucher la terre » comme Antoine, sans blesser le goût des connaisseurs. L'Attique Eschine, hôte assidu de la palestre, reproche à son rival de ne l'avoir pas fréquentée : Démosthène y eût contracté la souplesse mesurée, la proportion harmonieuse des mouvements, cette grâce et dignité des attitudes si goûtée des Grecs. Au lieu de cela, il a conservé l'habitude des allures brusques et emportées : il ne monte pas à la tribune, il y « bondit; » il ne se présente pas à Vecclesia, il s'y élance. N'attendez pas de lui qu'il tienne la main sous son manteau, à l'exemple de Périclès, calme à la tribune et droit

iHfi lY.UXjI KNCK POIJTIOI E EN ClièCE.

comrruî hi slatiie d'MUi'nù. Il laisse à Solon ce maintien, image de la modération des anciens orateurs; ii prrf(^r(; (1(îs gestes déréglés comme sa conduite. A la tril)iJiie. il se jette à droite;, à gauche (•/.•V/./.q) ttscv.o'.vôjv aeaoTov); il se démène comme «. une bête lauve. »

Dans son Discours de réceiplion à l'Académie française, nulïon a (leint (l<; vives couleurs rélo(]uence d'action (jui « pjirle au corps, » et celle cpji. née de la pensée et de l'âme, parle à l'âme et à l'esprit. Démosthène, maître de ces deux éloquences, a uni l'entraînement de l'action à celui de la conviction raisonnée et de la passion. Qu'on se le figure à la tribune, animé d'indignation contre un misérable accusateur, tout plein des hautes pensées et des sentiments généreux dus au souvenir des ancêtres, tout entier enfin au double pathétique des gestes et du discours, et l'on pourra se faire une idée des transports que provo- (|uaient sur des Athéniens des morceaux semblables à celui-ci :

Tel fut le principe, le premier fondement de la réconciliation d'Athènes et de Thèbes, cités que, jusqu'alors, ces hommes avaient poussées à l'inimitié, à la haine, à la défiance... Pour moi, je porte la confiance jusqu'à dire : si l'on peut aujourd'hui indiquer un parti meilleur ou même autre que celui que j'embrassai, je m'avoue coupable. Oui, si l'on (lécouvre aujourd'hui une mesure dont l'exécution eut été alors plus avantageuse, mon devoir, j'en conviens, était de ne pas l'ignorer. Mais s'il n'en est pas, s'il n'en fut jamais, si à présent même on n'en peut révéler aucune, que devait faire le conseiller de la cité? Entre les projets praticables qui s'offraient, n'était-ce pas de choisir le meilleur? C'est ce que j'ai fait, Eschine, quand le héraut demandait : « Qui veut conseiller le peuple"! )) et non : c( Qui veut censurer le passé, » ou « Qui veut garantir l'avenir? » Dans un pareil moment, tu restais assis et muet dans nos assemblées ; moi, je montais k la tribune, j'y parlais. Mais si tu n'as rien dit alors, aujourd'hui du moins dis -nous quel autre langage je devais trouver, quelle

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occasion favorable j'ai négligé de saisir, à quelle alliance, à quelle démarche je devais plutôt engager les Athéniens.

Mais que dis-je ? ou abandonne toujours le passé, personne n'en fait nulle part un sujet de délibération ; l'avenir seul ou le présent appelle les conseils d'un ministre. Alors des périls menaçaient la patrie ; d'autres déjà fondaient sur elle ; examine ma conduite au milieu de cette crise, et ne calomnie pas l'événement. Car, si la Divinité décide du succès des entreprises, la sagesse du conseiller se manifeste par le conseil même. Ne me fais donc pas un crime de ce que Philippe a vaincu ; l'issue du combat dépendait des dieux, non de moi. Mais que je n'aie pas pris toutes les mesures que pouvait suggérer la prudence humaine, que je n'aie pas mis dans l'exécution droiture, zèle, ardeur au-dessus de mes forces ; que mes entreprises n'aient pas été glorieuses, dignes d'Athènes et nécessaires, montrele-moi et viens ensuite m'accuser. Si le coup de foudre a éclaté plus fort que nous, que tous les Hellènes, que pouvais-je faire ? Un armateur a tout fait pour la sûreté de son vaisseau ; il l'a muni de tout ce qui semblait devoir le préserver; mais une tempête vient fjtiguer, briser coniplèlement les agrès : accusera-t-on cet homme du naufrage? Je ne gouvernais pas le navire, dirait-il ; et moi je ne commandais pas l'armée, je n'étais pas maître de la Fortune ; au contraire, la Fortune est maîtiesse de toutes choses.

Raisonne donc, Eschine, et ouvre les yeux. Si tel a été noti'e destin, quand les Thébains combattaient avec nous, à quoi fallait-il nous attendre s'ils n'avaient pas été nos alliés, mais les auxiliaires de Philippe, résultat pour lequel cet orateur avait épuisé toute son éloquence? La bataille livrée k trois journées de l'Attique jeta la cité dans un péril, une consternation extrêmes ; si elle avait été perdue sur notre territoire, que n'avions-nous pas ta redouter ! Pensez-vous que nous pussions encore subsister, nous réunir, respirer? Mais un jour, puis deux, puis trois nous offrirent bien des moyens de salut. Sans ce délai... Mais il !ie convient pas de parler des malheurs dont nous ont préservés quelque divinité tutélaire et cette alliance qui fut le rempart d'Athènes et dont tu es, toi, l'accusateur.

Tous ces détails s'adressent h vous, juges, et à ceux qui, hors de cette enceinte, nous entourent et m'écoutent. Car pour ce misérable quelques paroles nettes et précises suffisaient.

Si, lorsque Athf^nos (l(';lil)f';rait, l'avenir, Eschine, se dévoilait h loi seul entre tous, tu devais d(';s lors le révéler. Si tu ne le

prévoyais [i.is, tu es roiiiplfiMc de la même ignorance que les autres. Pourquoi donc m'accuscr, (juand je ne t'arcuse pas? Dans cette circonstance (je ne dis rien encore des autres), je lus citoyon nieillcur que loi ; car je me livrai à ce qui semblait <^tre l'intérêt commun, sans reculer devant aucun péril personnel, sans même y songer ; et loi, tu n'as donné aucun avis meilleur : autrement on n'aurait pas suivi le mien, et tu ne rendis en cette occasion aucun service. Au contraire, ce qu'aurait fait l'homme le plus dépravé, le plus hostile à sa patrie, tu Pas fait après l'événement. En même temps qu'Aristrate à Naxos, Aristolaos à Thasos, ces implacables ennemis de notre République, citent en jugement les amis des Athéniens, dans Athènes Eschine accuse Démosthène. Cependant celui qui épiait les infortunes do la Grèce pour en tirei- gloire, mérite de périr et n'a le droit d'accuser personne ; et l'honjme qui profite des mêmes circonstances que les ennemis de l'Etat, ne saurait aimer sa patrie. Tout le prouve en toi : ta vie, les actes, tes discours, ton silence. S'occupe-t-on d'une affaire qui importe à la cité? Eschine est muet; survient-il un revers, une disgrâce? Eschine parle. Ainsi, dans un corps atteint de quelque mal les fractures et les luxations se réveillent.

Mais puisqu'il insiste si fort sur l'événement, je vais avancer une chose qui peut-être semblera étrange (rafvâoolov). Au nom de Jupiter et des dieux, que nul ne s'étonne de ma hardiesse, mais considérez avec bienveillance ce que je dis. Quand l'avenir se serait révélé à tous, quand tous l'auraient prévu, quand toi, Eschine, tu l'aurais attesté, pubHé de tes cris et de tes vociférations, toi qui n'as pas ouvert la bouche, même alors Athènes ne devait pas se désister de la voie qu'elle a suivie, pour peu qu'elle tînt compte de sa gloire, de ses ancêtres, de la postérité. Aujourd'hui, en effet, elle paraît avoir échoué dans une entreprise, sort commun à tous les hommes, lorsque la Divinité l'ordonne ainsi. Mais alors, si après s'être estimée digne de commander aux autres, elle eût al3diquè cet honneur, on raurnit accusée d'avoir livré toute la Grèce à Philippe. Si elle avait abandonné sans combat ce que nos aïeux ont acheté au prix de tant de périls, qui ne t'aurait conspué, Eschine? Car le mépris ne serait retombé ni sur la République ni sur moi. Et de quels yeux, par Jupiter, regar-

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derions-nous les étrangers qui se rendent à Athènes, aujourd'hui que les choses en sont au point où nous les voyons, et que Philippe a été nommé cliel' et maître absolu, si d'autres avaient combattu sans nous pour em})éclier cette honte, et cela (juand jamais, dans le passé, Athènes n'a préféré une sûreté sans gloire à d'honorables dangers ! Qui des Flellènes, qui des Barbares ignore que les Thébains, et les Lacédénioniens avant eux, au fort de leur puissance, et le roi de Perse lui-même auraient permis avec joie, avec gratitude h notre République de conserver ses possessions, de les accroître à son gré, pourvu qu'elle consentit à obéir, à laisser à un autre l'empire de la Grèce ? Mais apparemment les traditions nationales et le génie propre des Alhénieus d'alors leur taisaient repousser une telle conduite comme intoléraole, et nul, en aucun temps, n'a jamais pu persuader à Athènes de s'unir à la puissance injuste, de se faire esclave pour être en sûreté. Mais combattre pour la prééminence et l'honneur et la gloire au mépris du danger, voilà ce que dans tous les age^' '^lle a persévéré de faire ; et ces maximes sont à vos yeux si bc '^s, si conformes à votre caractère, que vous réservez vos plus magnifiques éloges à ceux de vos ancêtn s qui les ont pratiquées, et c'est à bon droit. Qui n'admireiait, en eflet, la vertu de ces honuiies capables d'abandonner ville et patiie, de se retirer sur leurs galères plutôt que de recevoir la loi? L'auteur de ce conseil, Thémislocle, ils l'élurent général ; (iyrsilos avait proposé de se soumettre : ils le lapidèrent; et vos feniines, la sienne, (^ar les Athéniens d'alors ne cherchaient ni un orateur, ni un général qui leur assurât une servitude heureuse ; ils ne voulaient pas de la vie, s'ils ne pouvaient vivre en liberté. En effet, chacun d'eux se croyait né non seulement pour son père et pour sa mère, mais encore pour la patrie. Où est la différence? l'homme qui se croit né pour ses seuls parents attendra la mort du destin, de la nature; le citoyen (jui se croit né aussi pour la patrie mouna volontiers plutôt que de la voir esclave, et les insultes et les outrages iinj)osés par la nécessité à une ville asservie lui seront plus affreux que le trépas.

Si donc j'osais dire que c'est moi qui vous ai engagés à avoir des sentiments dignes de vos ancêtres, il n'est personne qui n'eût le droit de me reprendre. Mais je déclare que ces belles résolutions vous appartiennent, et je nmntre (pi'avant

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moi la fU'puhlifjiic rtait aniriu'c df vos pfns<^ps g/'nj'Tniisfs ; seul<ifficiit j'iijoiilc (jiio, (Inris tout cv (iirello a fait, une pari aussi revient à mes services, dépendant Eschine accuse mon administration tout entière; il vous iFrile contre moi, il m<' signale comme l'auteur de vos périls, de vos alarujes ; il veut me priver d'une couronne, honneur d'un moment, mais c'est vous ravir à vous les éloj^es de tout l'avenir. Oui, si condamnant Ctésiplion, vous dcclaiez par là que ma politiipje n'a jias été la meilleure, vous paraîtrez avoir failli et nofi pas avoir succombé à l'aveugle malignité du sort. .Mais non, .\lliéniens, non, vous n'avez pu faillir en bravant les dangers pour la liberté et le salut de tous : j'en jure par ceux de nos ancêtres qui, les premiers, affrontèrent les hasards à Marathon, par ceux qui se sont rangés en bataille à Platée, par ceux qui ont combattu sur mer à balamine, à Artémisium, et par beaucoup d'autres vaillants hommes couchés dans les monuments publics. La ville, les jugeant dignes du même honneur, les a tous ensevelis de la même manière, et non pas seulement les heureux et les vainqueurs. Ce fut justice, car l'œuvre des hommes de cœur, tous l'avaient accomplie ; mais leur sort fut celui que la divinité avait assigné à chacun.

Et après cela, homme exécrable, misérable scribe, afin de me ravir l'estime et la bienveillance des Athéniens, tu as parlé, toi, de trophées, de combats, d'exploits anciens, souvenirs dont la cause n'avait nul besoin. Mais moi, qui venais exhorter la République à se maintenir au premier rang, quels sentiments, histrion de troisième ordre, devais-je apporter à la tribune? Ceux d'un conseiller de bassesses? la mort eût été mon juste partage. Vous non plus. Athéniens, vous ne devez pas juger dans le même esprit les causes privées et les causes publiques. Dans les affaires qu'amène la vie de chaque jour, considérez les lois et les faits particuliers ; s'agit-il d'une décision d'Etat? ayez devant les yeux les principes de vos ancêtres, et qu'en entrant au tribunal pour juger d'un intérêt public, chacun, avec le bâton et la tessére, (symboles de sa charge) croie prendre le génie d'Athènes, s'il pense que son devoir est de faire des choses dignes d'elle. Mais cet hommage rendu incidemment (sjxttsgwv) aux exploits de vos aïeux, m'a fait omettre quelques décrets et quelques faits ; je reprends donc mon récit où je l'avais laissé (Discours de la Couronne).

Tel est le développement que Démostliène appelle

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le paradoxe de son discours. Deux raisons nous ont engagé à ne pas le détacher du cadre qne lui a donné l'auteur. Ce serment immortel plus honorable à Démosthène, selon le cardinal Duperron, que si l'orateur eût ressuscité les guerriers dont il évoque le souvenir, n'est pas un morceau élo(iuent mis en lumière à la lin du discours, comme la prosopopée d'Eschine. C'est une digression, une sorte de parenthèse non préméditée en apparence, et qui semble jaillir spontanément de l'âme de l'orateur. Cicéron, Mirabeau l'auraient sans doute réservé pour la péroraison; Démosthène. artiste profond, s'en est gardé. Ce trait donne une idée de la savante économie de ses grands discours. De plus, isoler l'apostrophe aux héros de Marathon, c'est l'affaiblir. Il faut l'amener, comme a fait l'orateur luimême, et marquer la progression du crescendo sublime dont le coup de tonnerre: Oo (là zobc, h Mapa6à)vt...est le point culminant. Après cet éclat de foudre, l'orateur par degrés s'apaise. Démosthène semble obéir à l'inspiration qui le gouverne, comme les flots de la mer obéissent à la force qui les soulève et les aplanit. En réalité, il demeure en pleine possession de son génie; tout en paraissant suivre docilement les mouvements de son âme, il les dirige. Jupiter éclaircit le ciel et tonne à son gré : il en est de même de Démosthène, olympien lui aussi, mais non plus à la façon de Périclès ; car il laisse éclater une véhémence de passions, de paroles et d'action que Périclès a ignorée. 11 a les élans du lion qui bondit sous le fer qui l'a percé; il appelle à lui tous les dieux, toutes les déesses de l'Attique, et Apollon Pythien contre le dévol impur qui ose le traiter de sacrilège. Il interrompt une citation pour lui lancer une imprécation fulminante ; il l'écrase avec mépris : « Que les dieux, que les Athéniens ici

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piésciits t(;|)('i(l(;nlini.s(';r;iljl('iii(;iil. iiiiscnible. iiiccliaut citoyen, méchant actoiir ! »

(Juand iJenys d'IIalicarnasse lisait une page d'isociate. il sentait comme l'impression d'iinf? huile limpide coulant doucement à travers son oreille. Il crovail <;nleiidre, iiripassihle, riiarnionie calme d'un cli;ini sj)ondaï(jU(; sui- le mothî dorien. I*rend-il un discour> de D63mosthèn(i ? l'enthousiasme le saisit. Il est agité, en tout sens, des passions diverses qui maîtrisent le cœur humain ; « il ressent les transports des prètre> de Cyhèle. » Du temps de iMutarque. on voyait au Prytanée. « à droite, en entrant, ^ un portrait de Démosthène l'épée à la ceinture. Cette épée est llamboyante aux mains de Démosthène à la tribune ; elh* est l'attribut du roi de l'éloquence, comme au premier cercle de V Enfer du Dante, elle consacre le commandement d'Homère, « le poète souverain. »

VI. La modestie est une pudeur (jue les anciens ont en général peu connue. « Je suis le pieux Énée dont la renommée a publié la gloire par delà les astres. >• A qui lui demande son nom et sa race, le fils de Vénus, inconnu en Libye, est obligé de redire les échos de cette renommée supra-sidérale. Par sa vanité ingénue, Cicéron était digne de vivre aux temps héroïques. Justement fier d'un consulat d'où son enthousiasme poétique datait la renaissance de Home, le vainqueur de Catilina veut chanter ses propres louanges sur tous les tons, en prose et en vers {Ad Attir cum, I, 19). Isocrate. timide rhéteur, se louait luimême avec une assurance intrépide ; il se vantait d'avoir, dans le Panégyrique, éclipsé ses devanciers, vaincu et découragé d'avance tous ses rivaux. L'auteur de VAntidosi^ pouvait impunément faire au lecteur les confidences de son orgueil ; bon gré mal gré,

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il lui aurait fallu, à la tribune, imiter la discrétion de Démosthène.

Le discours de la Couronne est une apologie ; l'orateur en sent les périls et dans l'examen, si honorable 1^ pour lui, de son administration, il s'efface le plus possible; s'il désire être couronné au théâtre, c'est dans l'intérêt même d'Athènes : « La proclamation au tliéàtre ne sert-elle pas les intérêts de ceux qui l'accordent? Tous les témoins de cette récompense se tournent au service de la patrie, et louent moins le mérite qui la reçoit que la gratitude qui la donne. » A mesure que l'orateur avance dans la justification de son ministère et qu'il se rend maître de la sympathie de l'auditoire, il ose être moins réservé; mais que de circonspection encore ! Au moment où les juges vont prononcer la sentence, l'orateur veut faire oublier les mouvements de fierté même légitime qui ont pu lui échapper, il ne se prévaut plus que du mérite d'avoir été « honnête citoyen. » Voisine de l'émulation, l'envie devait se produire aisément dans une cité passionnée pour l'égalité, où tous avaient les mêmes droits, les mêmes ambitions, et où nul n'était ni assez haut ni assez bas pour ne pas être susceptible d'éveiller des sentiments jaloux. Le citoyen désigné à l'envie par l'éclat d'une gloire singulière avait un seul moyen de se la faire pardonner de ses compatriotes : c'était de les y associer. L'orateur du discours de la Couronne a usé de cet artifice et il a été absous.

La tâche de l'orateur était difficile à Athènes : tous y avaient leur franc-parler, excepté le conseiller sincère. « La franchise est un droit commun dans notre cité, à ce point que vous l'avez étendu aux étrangers et aux esclaves. L'on voit ici l'esclave plus libre dans son langage que le citoyen dans quelques autres répu-

l)li(|lJt'.^ : iiiiii.s ((îlLcî lihiîiLc vous l'avez cornplôU^iMMil l»;iiiiii«; (le la tribune. » Aussi les démagogues s'abais seiit-ils devant l;i niultitude, dispensatrice des grâces, l»()iir la maîtriser et jouir.

Que désirez-vous? quel décret proposer? que faire afin df* vousromplaiic ' V... l'our vous désabuser, Athéniens, n'cii croyez pas mes paroles, mais laites ce simple raisoimement : Kst-il un seul orateur qui, montant à la tribune, ait jamais dit : '^ Je me présente, citoyens, avec l'intention de me saisir d'une partie de vos finances et non de servir vos intérêts. » Non, assurément ; mais tous protestent de leur désintéressement, de leur patriotisme et se parent de nobles motifs. D'où vient donc, je vous le demande, ()ue le Peuple (ju'ds chérissant tous tendrement, n'est pas plus heureux aujourd'hui qu'autrefois, tandis que ces hommes qui ont toujours parlé pour vous et jamais pour eux, ont passé de l'indigence à la richesse? c'est, Athéniens, qu'ils disent vous aimer, alors qu'ils n'aiment qu'eux-mêmes {53^ Exordé).

Dans telle circonstance *, Démosthène a usé du détour familier aux sermonnaires de la Cour de Louis XIV; il a félicité les Athéniens de qualités dont il les sait dépourvus, afin de les encourager à les acquérir. Mais, d'ordinaire, loin de flatter, il réprimande en ami véritable. — Le peuple d'Athènes. « jadis tuteur de la liberté commune, » est tombé bien bas. A la merci de sa mollesse, il juge de sa force par son embonpoint, de la vigueur de la République par l'abondance des marchés. Les -places regorgent de provisions de toute espèce ; tout ce cpii flatte les sens s'y

* Aristophane, Chevaliers. — Cléon : « Cher Peuple, juge une seule cause par jour, c'est assez ; puis va au bain, mange, avale, dévore; voilà les trois oboles. Veux-tu que je te serve un bon plat?... Quand tu te moucheras, Peuple, essuie les doigts à ma tète. — Le Charcutier : Non. à la mienne î «

» Contre Leptine; Didot. p. 260. | 139 et suiv.

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donne rendez-vous des divers points de la Grèce ; mais pour les provisions essentielles, linances de l'État, dévouement des alliés, désintéressement dans les charges publiques, courage à la guerre, « c'est une indigence digne de risée. »

— Oui, mon ami, les affaires extérieures vont mal, mais à l'intérieur, quelle prospérité ! — Qu'a-t-on à me montrer à l'appui? des créneaux reblanchis, des chemins réparés, des routes, des bagatelles! Mais jetez donc les yeux siu" les administrateurs de ces futilités : les uns ont passé de la misère à l'opulence, les autres de l'obscurité à la splendeur; quelquesuns se sont bâti des maisons plus magnifiques que les édifices publics. Enfin, plus la fortune de l'État s'est abaissée, plus celle de ces hommes a grandi. Où est la cause de ces désordres? Jadis le peuple, osant aller ci la guerre en personne, était le maître de ses gouvernants, le dispensateur de tous les biens. Chaque citoyen s'estimait heureux de recevoir de sa main un honneur, une magistrature, quelque avantage. Aujourd'hui, c'est le contraire. Les gouvernants sont les maîtres des biens, tout se fait par eux ; et vous, peuple, on vous coupe les nerfs, on vous mutile dans vos richesses, dans vos alliés ; vous voilà devenus des comparses, bons seulement à faire nombre : trop heureux si ces hommes vous distribuent l'obole du théâtre, ou vous amusent de processions religieuses avec banquets sacrés; et, pour comble de lâcheté, quand ils vous donnent votre bien, vous les en remerciez comme d'une grâce. Ils vous tiennent emprisonnés dans vos murs, ils vous amorcent, vous apprivoisent et vous manient à leur gré. Or, jamais fierté juvénile et généreuse hardiesse animèrent- elles des hommes fa(:onnés à une vie mesquine et humiliée ? {S'- OJynthienne).

Le poète des Chevaliers avait déjà exprimé les mômes pensées avec une vigueur encore plus hardie. Le général Démosthène annonce au marchand de boudins Agoracrite l'oracle qui l'appelle à supplanter Cléon dans la faveur du peuple. — Dewosthhie : « Félicité, richesse, puissance, aujourd'hui tu n'as rien, demain tu auras tout, chef de l'heureuse Athènes. — Ayora-

IDC) l/f^.LO0i;E!SCE POIJTIOIK EN CKàCE.

crilr : (jiic ik' iik; laisscs-tii laver raes tripes et ven- (Uv iiKîs lioiidins, iiii lieu (U; t<; mo(jiier de moi? — l>é. : 0 riiril)(''cil<; ! tes tripos ! Vois-tu ces j^radins (;li;ii'j^'és (i(; pc^iiph^ ? — A(/. : Oui — /V. ; Tu seras leur maille à tons, le maître du marché, des poils, du Pnyx ; tu fouleras aux pieds le Sénat, tu pourras casser les généraux, les charger de chaînes, les jeter en prison, et tu feras la débauche au Prytanée. — A(j. : Moi? — Dé. : Oui. toi. Mais tu ne vois pas toutencoF'e; monte sur ton éventaire et regarde toutes ces iles qui entourent Athènes — Ay. : Je les vois. Kh bien? — Dé. : Ces entrepôts, ces navires marchands? — Ag. : Oui, sans doute. — Dé. : Est-il un mortel plus heureux que toi ? Tourne encore l'œil droit vers la Carie, et le gauche vers Chalcédoine. — A(j. : C'est donc un bonheur de loucher? — Dé. : Non, mais c'est toi qui vas trafiquer de tout cela. » — Aristophane revient à la charge dans les Guêpes contre les grugeurs du bon peuple, leur dupe. « Ces gens-là extorquent aux alliés des cinquantaines de talents par la menace et l'intimidation. Et toi, tu te contentes de grignoter les miettes de ta propre puissance... Pour prix de tant de fatigues et sur terre et sur mer, on ne te donne pas même une gousse d'ail pour manger avec tes petits poissons ; et pourtant tu es leur maitre. »

La comparaison de Démosthène et d'Aristophane est ici tout à la louange de l'orateur. Démosthène ouvre les yeux du peuple sur les malversations et les procédés de corruption de ses gouvernants : son but est de leur ôter tout crédit, de rétablir l'ordre dans l'administration et les vertus civiques dans les cœurs. Aristophane ameute le menu populaire contre les détenteurs de la puissance publique, sans essayer de le rendre meilleur. Il veut faire rendre gorge aux con-

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cussionnaires, intrigants repus des deniers de l'État, à seule fin de gorger le peuple à son tour. Demandet-il en effet à voir la richesse publi(jue tourner «à la prospérité d'Athènes? non, mais k la jouissance universelle : « S'ils voulaient assurer le bien-ôtre du peuple, rien ne leur serait plus facile. Nous avons mille cités qui nous paient maintenant tribut ; qu'ils ordonnent à chacune d'elles de nourrir vingt Athéniens, et nos vingt mille citoyens ne mangeront que du lièvre, ne boiront que le lait le plus pur; et sans cesse couronnés de guirlandes, — au milieu de parfums suaves comme l'exemption du service militaire. — ils jouiront des délices auxquelles leur donnent droit et le grand nom de leur patrie et les trophées de Marathon » (Guêpes). Démosthène n'entend pas ainsi le rôle de censeur public ; libre de passion de parti, il ne flagelle pas telle catégorie de citoyens au profit d'une autre ; il fait le procès à la cité entière. 11 n'excite pas de basses convoitises, mais des sentiments généreux. Les audaces d'Aristophane étaient sans péril : il perce les démagogues de ses traits en s'abritant derrière l'avidité envieuse de la multitude : il tient le langage qui fera plus tard le crédit des amis de Philippe : vive la paix à tout prix et la bonne chère à bon marché ! Démosthène brave le ressentiment des Athéniens ; il se désigne lui-môme à leurs coups, quand il les blesse pour les guérir. La Fontaine conseille à celui qui fréquente la Cour du lion de n'être

Ni fade adulateur ni parleur trop sincère.

et de répondre quelquefois « en Normand. » Avec le lion populaire Démosthène, au besoin, dédaignait les biais, il n'avait rien du courtisan. On n'ose pas toujours dire la vérité aux princes : parfois ils ne la mé-

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rit(inl ^îiirii'. Les bons citoyeii> la «lisent aux |)eij|)les : mais v('ij|«'Fit-ils toujours en prolittT?

VII. Kschino cxallait les ancrlres pour mieux déiii- ^M<'r l)(';mostli('ii<' : Drmosthrne c<';lf'*hrait l'AtlM'THvs de ThémisLocle et de .Milti;id«; aliii d'élever rAtliènes de son siècle à leur liaiiteiii" : <^ Toute harangue adressée à une illustre Hépuhliijue doit jjaraitre au-dessus de l'oratcMir et se mesurer, non à l'importance d'un seul citoyen, mais à la majesté d'Athènes. » Fidèle à .sa miixime. Démosthène a toujours soutenu la cause de riionneur de sa patrie. Adversaire des politifjues « faux monnayeurs » dont les conseils tendaient à altérer le caractère national, il a travaillé à lui conserver sa pureté, depuis le discours contre Leptine (355) jusqu'a])rès le jour de Chéronée, où « le soleil de la (iièce s'est éteint. » 11 ne parle pas à des Siphniens. à des Cytimiens ou à des gens de cette espèce, mais à un peuple que sa gloire oblige à de hautes prétentions, à de mâles desseins. Céder àPliiiiiipe. quand la dignité des ancêtres se dresse aux yeux des Athéniens pour les obliger à l'émulation de leurs vertus, plutôt mourir que de donner un tel conseil ! La haute opinion qu'un peuple a de lui-même est un des éléments de sa force. Démosthène entretient ces sentiments tiers au cœur de ses contemporains : il veut les maintenir à leur propre niveau en les élevant au-dessus des autres hommes : ils étaient dignes jadis de commander : (ju'ils se montrent dignes aujourd'hui de ne pas servir !

Athènes comptait plus d'un citoyen frappé surtout des imperfections de sa constitution et disposé à louer cà son détriment celle de Sparte, prévention assez commune : on est blessé des défauts de son gouvernement ; on n'aperçoit que les qualités des gouver-

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nements voisins. Leptine, Jiostile aux immunités, alléguait que Lacédémone ne donnait point de récompense pareille. C'est l'occasion pour Démostliène de judicieuses réllexions sur l'imitation des coutumes étrangères. En eflet, chaque peuple a son génie, partant ses mœurs, ses lois. Cliacpie système politique a ses avantages, <à la condition que tous les règlements y concourent au même but et s'inspirent du même esprit. Telle loi bonne dans un pays devient mauvaise dans un autre, si au lieu d'y trouver des lois alliées et sympathiques, elle s'y voit dépaysée comme parmi des étrangères. Moins imitateurs de leurs voisins qu'imités par eux, les Athéniens étaient fiers de l'originalité de leur constitution, image de l'originalité de leur génie. Aussi avaient-ils raison de maintenir entre leur génie et leurs lois l'accord qui en facilite l'exécution et en garantit la durée ^

Démostliène ne ferme pas les yeux sur les défauts de la constitution démocratique, mais il ne veut pas qu'on invoque l'abus pour proscrire l'usage. Quelle institution humaine ne donne accès aux abus ? Il est aisé de tromper le peuple (Contre Leptiné) : est-ce une raison de le déclarer incapable ? Au géomètre de choisir le géomètre, au pilote d'élire le pilote : telle était l'une des maximes favorites de Platon, insinuant (ju'aux philosophes seuls il appartient de gouverner les hommes. Aristote goûte peu cette opinion; — si les individus isolés ne valent pas le savant spécialiste, tous réunis vaudront mieux ou, au moins, autant que lui. (Nul n'a jamais eu plus d'esprit que M. de Voltaire, si ce n'est M. tout le monde); et puis, dans bien des

' Contre Leptine, Didot, p. 254, | iOo et sq. — Thucydide, II, 37 ; Esprit des lois, Y, 1 ; XIX, 5.

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cas, l'iirtisto n'est pas le meilleur aj»pr<'*cialeijr de son œuvre. I/architecte sera content de la maison qu'il a hruie ; le |)(^re de famille (jiii riiabile pourra IV'tre moins. « Le meilleur juge d'un festin n'est pas le cuisinier, mais le convive V » Méconnaissons donc la compétence des majorités, » si une multitude dégradée ne les compose. » I/un des avantages du pouvoir du plus grand nombre, c'est qu'on ne le verra jamais sciemment agir contre son intér<^t. Au contraire, l'intérêt du monarque et celui des sujets sont difTérents (5^ OUjuthieiiné).

Démostliône n'a pas, sur tous les points, jugé ses concitoyens avec impartialité : « Votre bon naturel vous engage à ne pas vous agrandir, à ne point usurper la domination : mais vous empêcbez tout autre de la saisir; s'il l'a surprise, vous la lui ravissez. Enlin vous êtes ardents à faire obstacle à l'ambitieux qui convoite l'empire, et à entraîner tous les peuples à la liberté. » Athènes appelait les peuples à la liberté parce qu'elle se fortifiait elle-même en se faisant des alliés des gouvernements populaires. Mais n'a-t-elle jamais abusé de l'hégémonie, et la dureté même de son autorité n'a-t-elle pas été une des causes de sa défaite par Lysandre ? Ce ne sont pas les arts d'Athènes, ni même ses plaisirs, qui l'ont perdue dans sa lutte avec Sparte, mais le poids d'une tyrannie intolé-

* Politique, III, 6. La multitude est meilleure, en général, que les individus; « un repas à frais communs (spavo;) est toujours plus splendide que celui dont un seul fait la dépense

L'eau est d'autant plus incorruptible qu'elle est en plus grande masse. » Dans la Morale à Nicomaque^ X, 10, | 4, Aristote déclare la foule incapable de raison, de vertu : il la frappe de déchéance. Le politique a cassé la sentence du moraliste.

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rable à ses alliés, et la hauteur de prétentions que ne justifiaient pas toujours sa sagesse politique ou ses vertus. Athènes a régné sur la Grèce durant soixante et treize ans, Lacédémone pendant vingt-neuf. Thèbes, après Leuctres, recueillit leur héritage. Aucune des trois cités ne sut mériter de le conserver. Les Thébains s'étaient rendus insupportables par leur orgueil de parvenus. Maître de l'Acropole d'Athènes, Lysandre, vêtu en sacrilicateur comme le ministre des vengeances divines, avait immolé de sa main le général athénien Philoclès, signal de regorgement des trois mille prisonniers. Athènes fut plus humaine relativement dans l'usage des droits de la guerre, mais que de crimes encore à lui reprocher ! En se décimant tour à tour, les cités prépondérantes avaient préparé les voies au Macédonien. Sous prétexte de veiller avec un soin jaloux au maintien d'une sorte d'équilibre hellénique, elles avaient sacrifié la concorde, c'est-à-dire la force nationale, à la passion de l'égalité.

Nul n'a jamais souffert, disait Démosthène, que la cité investie de l'hégémonie abusât de son pouvoir, et tous aujourd'hui laissent Philippe pillei" et mutiler la (irèce à son gré.

Les Hellènes ont pu souffrir de la domination de Sparte et de la nôtre ; mais du moins leurs injustes maîtres étaient des enfants de la Grèce. Nos fautes pourraient se comparer aux dissipations d'un fils légitime d'opulente maison : on le blâme, on l'accuse, mais on ne saurait méconnaître sa qualité de (ils, ni ses droits à l'héritage dont il abuse. Mais qu'un esclave ou un enfant supposé perde et dissipe une fortune étrangère, combien plus révoltante, ô Hercule, et digne de colère serait une telle conduite aux yeux de tous! Et ces sentiments ne sont pas les nôtres à l'égard de Philippe et des spoliations de cet homme qui n'est pas Grec, qu'aucun lien n'unit aux Grecs, qui n'est même pas un barbare d'illustre origine, mais de cette

202 l/l^l-OyiENCF, POMIHJCR RN GKF.CK.

mis^iralilo Man'-doirie on Ton nv. pouvait pas mAme jadis arhe-

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Oui, II) Macï'doinft était dédaignée avant Philippe* ; fMiilipf)r' était faiblf ot potit au détnit ; niais il fst devenu ^'land à la faveur des divisions on la famille lielléni(]ue a gaspillé ses forces, ot grâce aux inimitiés défiantes de cités opprimées plus longtemps et |»liis impérieusement par Athènes que par tonte autre. Le joug de Philippe, adroit politique, n'eiïrayait pas des villes fatiguées de dominations tyranni(jues. d'autant plus insupportables fjue la communauté d'origine et l'égalité des droits excitaient dans le cœur des sujets une jalousie plus envenimée. Démosthéne s'indigne de voir un barbare user impunément de licences refusées en Grèce à des Grecs: il ne peut soulTrir l'idée qu'Athènes soit jamais capable, après une longue et glorieuse suzeraineté, d'abdiquer le protectorat des Hellènes. Ces sentiments du patriote se comprennent, mais a-t-il au même titre le droit de s'étonner de la demi-indifférence des peuples témoins d'un conflit entre deux maîtres dont le plus redouté n'était pas l'étranger? Aux plus belles époques de l'histoire grecque, le sentiment national n'avait pas été unanime. Que devait-ce être après plus d'un siècle deluttesintestines, de blessuresréciproques, de lassitude et de dépérissement moral ? Athènes avait sauvé la Grèce des Barbares : elle en fut récompensée par la royauté consentie du monde hellénique : mais elle abusa de son pouvoir, et le jour, où elle se vit en face de Philippe, elle se trouva seule. Son héroïsme dans le présent, son despotisme dans le passé concouraient à faire le vide autour d'elle. A l'heure dernière Thèbes lui tendit la main, mais il était trop tard. Le reste de la Grèce ou avait été forcé de subir la loi macédonienne, ou l'avait acceptée doucement. Rarement

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les peuples ont un sort différent de celui (ju'ils méritent, et, en dépit de la fatalité, excuse facile, ils sont, comme les individus, les premieis artisans de leur fortune.

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