‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 101 sur 106 · PART. VI. — XXV. AQDILIDS RÉGULUS · texte numérisé non relu

PART. VI. — XXV. AQDILIDS RÉGULUS

et des portraits; les ateliers ne sont pas occupés d*autre chose. Dernièrement, dans une réunion nombreuse, il a lu la vie de son iBls et de son fils enfant. Que ne pouvait-on pas attendre de cet homme, s'il eût tourné vers le bien cette persistance dans sa volonté ^ ! » C'est bien dans cette volonté opiniâtre et persistante que se trouve le secret de ces fortunes merveilleuses auxquelles parvenaient ces orateurs d'une éloquence, au demeurant, fort secondaire. Régulus avait beau avoir la poitrine faible^ Vair embarrassé^ la langue épaisse^ Yimagination lente et la mémoire nulle^ comme le lui reproche Pline; 11 n'en escamota pas moins, aux yeux de la foule, la réputation d'orateur. Que lui importait le mot assez joli d'Hérennius Sénécion, qui travestit à son sujet la célèbre défmition de Caton, en disant que Vorateur est un méchant homme, inhabile dans Vart de la parole ? Régulus avait un esprit de suite, un savoirfaire, un caractère, enfin, qui sont partout les plus sûrs garants du succès. Sa méthode oratoire n'était d'ailleurs pas si mauvaise. « Tu crois, disait-il un jourà Pline, que dans une cause il faut traiter tout les points; eh bien I moi, je saisis tout de suite mon ennemi à la gorge et je l'étrangle '. » Pline lui accorde ce mérite, bien qu'il ajoute que souvent il se trompait dans le choix de son attaque. Après sa mort, sous Trajan, mort dont il est impossible de fixer la date, Régulus excita les regrets de son adversaire luimême. « Je songe quelquefois à Régulus dans nos audiences, dit-Q. quelque part. Il estimait les lettres ; il savait craindre et pâlir ; il écrivait ses plaidoyers. Bien qu'il ne pût se déshabituer de se frotter d'essence l'œil droit, s'il parlait pour le demandeur, l'œil gauche, s'il parlait pour le défendeur ; de consulter les auspices sur l'issue de son plaidoyer, il n'en avait pas moins l'art de la parole en

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haute estime. De plus, il demandait un temps Ulimité pour les plaidoieries, et n'oubliait pas de ramasser un grand nombre d'auditeurs *. » Ce fut, en effet, surtout après la mort de Régulus que s'établit l'usage funeste à l'éloquence de ne demander et de n'en obtenir pour plaider qu'une ou deux heures, quelquefois même une demi-heure seulement.

Ce n'est pas, tant s'en faut, que Pline, loin d'excuser les torts de Régulus, eût pour son caractère la moindre considération, et, s'il s'exprimait en ces termes sur son compte, c'est qu'il avait le triste mais certain pressentiment que l'éloquence touchait à son agonie. Car, dans un autre passage, il nous découvre une nouvelle plaie de ces parleurs à gages, plaie malheureusement commune alors à tous les rangs de la société romaine ; nous voulons parler de la captation des testaments. « Véranie, femme de Pison qui fut adopté par Galba (celui même dont Montanus lui reprocha en plein sénat d'avoir payé l'assassin), était à l'extrémité. Régulus lui fit une visite et alla s'asseoir près de son lit, pour lui demander quel jour et à quelle heure elle était née. Elle lui dit l'un et l'autre. Régulus aussitôt compose son visage, fixe ses yeux, remue les lèvres et compte sur ses doigts. Vous êtes, dit-il, dans votre année climatérique ; mais vous guérirez. Pour plus de certitude, je vais consulter un aruspice, dont je me suis souvent fort bien trouvé. Il part, fait un sacrifice et jure que les entrailles de la victime sont d'accord avec les astres. Véranie, crédule comme on l'est dans le péril, demande son testament et fait un legs à Régulus. Bientôt le mal empire, et la malade s*écrie à son dernier soupir : Le scélérat ! le perfide ! le parjure ! et plus encore ^. » Juvénal, au reste, dont les Satires sont un commentaire éloquent des Annales et des

» VI, ?. —«Il, 20.

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