‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 103 sur 106 · HELVIDIUS PRISCUS · texte numérisé non relu

HELVIDIUS PRISCUS

Les délateurs que nous venons de passer en revue constituaient ce que nous appellerions aujourd'hui le parti du gouvernement ; nous avons déjà fait connaître les orateurs qui leur étaient opposés, et qui, depuis Tibère, se recrutaient surtout parmi les philosophes. En face de cette puissance exorbitante des Césars, qui avait tout absorbé, et de cette dégradation morale qui ne respectait plus ni principes ni lois, où trouver, en effet, un centre de résistance, si ce n'est dans la philosophie, qui ne pouvait renier ni ses dogmes ni ses droits, parce que c'étaient les droits et les dogmes de la conscience humaine. Il fallait du courage, à

n*en pas douter, pour les soutenir ; mais les âmes d'élite avaient, pour se défendre, une arme que le despotisme le plus insensé ne pouvait leur ravir. Cette arme, on le devine, c'était le suicide, admis et prêché par toutes les écoles et dont Tépicurien Pétrone avait usé comme le stoïcien Thraséas. On ne s'étonnera donc pas des progrès de cette manie, si Ton songe que c'était l'unique ressource de l'innocence, et que les excès du pouvoir amènent infailliblement chez les nobles cœurs les excès de la vertu, si les deux mots pouvaient aller ensemble. Parfois aussi le parti philosoplii(iue avait des prétentions excessives et jugeait mal des circonstances. Nous en avons une preuve dans le gendre même de Thraséas, dans Helvidius Priscus, qui va clore pour nous cette liste déjà longue des orateurs de l'empire.

Helvidius Priscus, Italien d'origine, était né à Terracine, d'un père ancien primipilaire ; jeune encore, son esprit distingué se plongea tout entier dans les hautes études de l'éloquence et de la philosophie ; l'une et l'autre allaient alors assez souvent de pair. Ce n'était pas, comme pour tant d'autres, afin de cacher sous un nom spécieux sa paresse et son oisiveté, qu'Helvidius étudiait avec cette ardeur qui lui était naturelle : il voulait à la fois et se prémunir contre les vicissitudes du sort et se préparer au maniement des affaires publiques. Il s'attacha donc aux maîtres du Portique qui ne plaçaient le bien que dans la vertu, le mal que dans le vice. Sa nature intelligente et cultivée le rendît de bonne heure apte aux magistratures, objet de sa juste ambition. Nommé questeur, il entra dans la maison de Thraséas dont il épousa la fille Antéia Fannia, et dont il. partageait les doctrines philosophiques. Ce qu'il imita de préférence dans son beau- père, ce fuft l'indépendance de caractère, en dépit de laquelle il atteignît au rang de sénateur. Citoyen, mari, gendre, aihi modèle, Helvidius

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