‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 104 sur 106 · PART. VI. — XXVI. HELVIDIUS PRISGUS · texte numérisé non relu

PART. VI. — XXVI. HELVIDIUS PRISGUS

était propre à tous les emplois, dédaigneux de la fortune, opiniâtre au bien et inaccessible à la crainte ^. Peut-être, et Tacite, malgré l'intimité qui le liait à cette illustre famille, ne manque pas de le laisser entrevoir, peut-être étaitil trop avide de bruit et de renommée ; le désir delà gloire n'est-il pas la dernière passion dont se dépouille un sage ? Impliqué, nous Tavons vu, dans la ruine de Thraséas, Helvidius en fut quitte pour la relégation. A l'avènement de Galba, il essaya de tirer d'Éprius Marcellus, délateur de son beau-père, une vengeance méritée ; mais le sénat, peu favorable à son éloquence aussi emportée que son caractère, ami d'ailleurs du repos quand même, étouffa l'affaire, l'an 69. Galba, de son côté, ne se sentait pas assez solide pour s'occuper du sénat et de ses divisions ; Helvidius, toutefois, resta jusqu'au bout fidèle à ce prince et rendit même, non jsans danger, les derniers honneurs à son cadavre gisant sur la place publique *. Sous Othon et sous Vitellius, objets probablement de son mépris, Helvidius laissa passer l'orage. Mais, à l'arrivée de Vespasien, son ardeur et son activité se réveillèrent. Ce fut alors surtout que se révéla son principal défaut de conduite, une franchise maladroite et déplacée, oô obv xatpÇ, suivant la juste remarque de Dion. Quoique le nouveau pouvoir l'eût élevé à la préture, il ne fit jamais rien, je ne dis pas pour flatter, mais pour témoigne la moindre déférence à l'empereur : il se mit à le critiquer hors de propos et en toute occasion 3. « Les préteurs du trésor, se plaignant de la détresse de l'État, avaient demandé qu'on mit des bornes aux dépenses publiques. Le consul désigné, vu l'importance de la question et la difficulté du remède, voulait attendre la décision du prince. L'affaire revient au sénat, dit alors Helvidius. Mais, quand on alla aux voix, un tribun du peuple s'opposa à ce qu'on

4 Tac, Hist^ IV, 5. — • Plut., Gai., Î8. — » Dion, Vesp.

prît une décision en l'absence de l'empereur *. » Si l'on se rappelle la lutte qu'il avait engagée depuis peu contre Éprius Marcellus, là noblesse et le franc-parler, mais aussi la rudesse malhabile de son discours, on ne s'étonnera plus d'un pareil insuccès ; Vespasien avait beau ne pas ressembler aux despotes qui l'avaient précédé, il fallait encore avec lui du savoir-faire, et c'est ce dont manquait totalement Helvidius. Ainsi, quelques jours après cette série d'échecs, il proposa au sénat de relever aux frais de l'État le Capitole, incendié dans la lutte que soutint contre les partisans de Vitellius le propre frère de Vespasien, et de se faire aider par le fisc. Les plus sages des sénateurs ne répondirent pas à son appel et la proposition ne passa point; mais les ennemis d'Helvidius en gardèrent le souvenir. Vespasien, dès son entrée à Rome, fit de son autorité rebâtir ' le Capitole avec les cérémonies d'usage, et Priscus y parut . comme préteur, mais sans regagner la confiance du maître. Moins adroit ou moins heureux que le philosophe Démétrius, le gendre de Thraséas était, en outre, animé de sen» timents républicains. « Helvidius et Thraséas, dit Juvénal, buvaient à la santé de Brutus et de Cassius, dont ils célébraient l'anniversaire *. « Moins absolu que Tibère ou que Néron, Vespasien ne poussait pourtant pas jusque-là son amour pour la liberté ; il aurait cependant fermé les yeux, si ses ministres n'y eussent mis bon ordre. Helvidius, d'ailleurs, détestait Vespasien, et sa haine se traduisait en invectives presque quotidiennes. Il détestait encore plus les courtisans de Vespasien, et c'est ce que le prince ne pouvait lui pardonner. Un jour donc les tribuns mirent en accusation Helvidius, qui fut condamné sans difficulté et livré aux licteurs. La mort d'Helvidius est une tache pour la mémoire de Vespasien, et le trouble que manifesta le prince,

* Tac, Hist,^ IV, 0. — « Sa/., v, 3C.

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