PART. I. — V. CALIGULA
GALiQULA (37-41 ap. J-C).
Fils de Germanicus et de la première Agrippine, Caius, que par affection les. soldats de son père ayaient surnommé Caligula, vint, en yertu du testament de Tibère, se présenter aux suffrages du sénat et du peuple, à Vàge de vingt-cinq ans. Corps disgracieux et contrefait, âme basse et féroce, qui avait pu assister d'un œil sec au meurtre de sa mère et de ses frères, Caius débuta pourtant comme les bons princes, pour légitimer, au moins en apparence, le choix intéressé du défunt empereur. A Rome, son premier acte fut de prononcer en public l'éloge funèbre de son père adoptif ; mais il s'étendit de préférence sm* les mérites d'Auguste, de Germanicus, sur les siens propres, «c La vivacité d'une douleur trop récente ne lui permettait pas, disait-il, de s'étendre sur l'éloge de Tibère. » Était-ce haine ou remords? L'un et l'autre peut-être. Quelques joui's après, pour remercier le sénat, le peuple et l'armée de leur empressement à. le reconnaître, il leva la défense de lire les ouvrages de Labiénus, de Crématius Cordus et de Cassius Sévérus. La liberté va refleurir peut-être, et la tribune, depuis longtemps muette, retentir encore une fois de nobles accents ! d'autant plus que les comices, abolis par Tibère, sont rétablis et l'élection des magistrats rendue au peuple. En outre, la plaie du règne précédent, la loi de lèse-majesté, va disparaître ;... de nom ; car, au lieu de dépendre du sénat, l'accusé sera jugé, exécuté militairement ; la délation ira son train ; mais l'ancien épouvantail aura du moins disparu momentanément. Par malheur, la scène change tout à coup : le tigre, qui par les mains de Macron a tué le dernier empereur, montre les griffes. Le
sang coule à ilols : amis, femmes, parents, rien de sacré pour Caius ; il ne veut pas de remontrances, il est maître, il est dieu ; ou plutôt il est fou, fou de nature ou d'accident, peu importe. De plus il est avide d'argent, depuis qu'il a dépensé dans des orgies Invraisemblables les sages économies de Tibère. Mais la dernière de ses nombreuses femmes, Césonie, celle dont les filtres avaient, dit-on, altéré la raison du César, échappa au sort commun en faisant étrangler le monstre par Cassius Chéréa.
Êh bien ! ce monstre, dont l'œil hagard et enfoncé, dont la tète massive trahit de reste la folie, n'était pas tout H fait sans valeur littéraire. Quoique élevé dans les camps, à la suite de son père, son éducation ne fut pas négligée, et peut-être ne doit-on pas s'en rapporter à Suétone, quand il dit que, « de tous les arts libéraux, c'est à l'instruction littéraire, à l'éloquence qu'il apporta le moins de soin *. » Ces mots sont en contradiction avec la suite du passage : facundus et promptus; surtout quand il fallait parler contre quelqu'un. Dans la colère, les mots, les pensées lui arrivaient en foule ; sa voix elle-même réfléchissait alors le sentiment qui l'animait : elle montait haut et se faisait entendre de loin. « Il allait dégainer le glaive de ses veilles, disait-il sous forme de menace, lorsqu'il allait prendre la parole. » Autre preuve d'un apprenti orateur, qui ne devait pas tout à l'improvisation : « Il s'était fait une habitude de répondre aux discours qui avaient réussi, de préparer chez lui Vatlaque et la défense des accusés célèbres qui devaient être traduits devant le sénat ; quand leur cause était appelée, il les chargeait ou leur venait en aide, suivant que sa veine avait été plus heureuse d'un côté que de l'autre *. » La Curie n'était pas un assez grand théâtre pour ses exploits oratoires : « Un édit invita l'ordre équestre
t Calig., bZ.--^ Jbid.