CLAUDE
A un prince ftmeux «uocède, grâce au hasard et à la eorraption exercée pour la première fois sur l'armée, mi prince faible, que Hiistoire^'est peut-être trop hâtée de qualifier d'imbécile. Montaigne *, avec cette humeur gauloise qui le distingue, le traite sans façon d'animal et de bête, pour sa conduite envers Messaline, il est vrai. L'oncle de Caius, Claude,^ était flls du premier Drusus et d'Antonia, tenant ainsi tout à la fois à la maison d'Auguste et à celle d'Antoine. Il avait reçu de la nature un corps d'une taille avantageuse et bien proportionnée ; mais de longues et fréquentes maladies affligèrent son enfance, au point d'altérer profondément sa constitution physiqtie et intellectuelle; c'était^ d'après sa mère, l'ouvrage bizarre de la nature en délire. Objet de mépris pour sa famille comme pour son entourage, Claude passa son enfance et une partie de sa jeunesse confiné à la campagne, où il contracta la passion du vin et du jeu. Son éducation ne fut cependant pas aussi négligée qu'on l'a dit. Mais, les maladies d'un côté, les nàauTais traitements de l'autre lui infligèrent de bonne heure cette faiblesse et cette timidité, qui, jointes à l'ivresse, firent plus tard son maibeur et celui de l'empire. La faiblesse ne saurait être une exéuse, sans doute ; mais, sans vouloir réhabiliter Claude, peut-être doit-on plutôt le plaindre que le haïr, et VApocolocynthosis témoigne plutôt de la verve et de l'esprit de Sénèque que de sa droiture et de sa philosophie.
Claude, en effet, avait, quoi qu'on en ait dit, un esprit
1 III, c.
ko L ÉLOQUENCE SOUS LES CÉSARS.
propre aux sciences et môme aux affaires, et, s'il avait eu le bonheur d'ôlre mieux entouré, il n'est pas impossible qu'il eût laissé un grand nom. Par malheur, et c'est là son crime aux yeux de la morale et de la postérité, il fut toute sa vie l'esclave des affranchis, classe dès lors funeste et qui ne devait s'éteindre qu'avec l'empire lui-même ; quand on a nommé Calixte, Narcisse, Pallas, Vitellius, on a nommé la bassesse, l'audace et la scélératesse menées. Le hasard ne servit pas mieux Claude du côté des femmes ; sans parler des trois premières, que dire de Messaline après Juvénal, d'Agrippine après Tacite ? Femmes perverses toutes deux autant qu'impudiques, qui commirent, de connivence avec les affranchis, les forfaits qui pèsent sur la mémoire de Claude, et qui périrent victimes de leurs propres excès. Les deux règnes précédents peuvent seuls faire comprendre qu'un peuple ait pu supporter un tel régime ; et Cassius Chéréa voulait ramener et la république et la liberté ! Noble folie, qui aura quelques imitateurs encore ; mais qui ne montre pas dans ses auteurs une vue nette des choses d'alors. Comme sous Tibère, comme sous Caligula, d'ailleurs, le peuple, la piebs, fut ménagé, gorgé de jeux et de pain : la tyrannie ne frappa jamais qu'en haut lieu, et, il faut le répéter, presque toujours à l'insu du prince. Claude, en effet, malgré les vices que nous lui reconnaissons, avait un cœur noble, généreux, bien intentionné tout au moins : plus d'une de ses réformes atteste une pensée juste, humaine quelquefois. C'est lui qui abolit en Gaule les sacrifices druidiques ; lui qui épura le sénat sans le corrompre ou l'opprimer. Fidèle à la loi, il ne décida que par elle, et n'usa de son pouvoir que pour mitiger les peines et les amendes. Le premier depuis Auguste, il permit la gloire et le mérite à ses lieutenants. Sur le trône il conserva la simplicité de sa vie privée, et souvent fit honte à la bassesse, en refusant les honneurs qu'on lui déférait.