‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 14 sur 106 · PART. 1. — VI. CLAUDE · texte numérisé non relu

PART. 1. — VI. CLAUDE

Pour ce qui concerne la justice et l'éloquence, objet plus spécial de ces recherches, son rôle ne fut pas non plus indifférent. Maisj pour mieux l'apprécier à ce point de vue, laissons l'empereur, qui dut la mort, en Tan 55, à un plat de champignons servi par sa femme, plat après lequel il ne mangea plus rien, dit Juvénal *, ou à la plume empoisonnée du médecin Xénophon, et remontons à la vie du prince, avant qu'un prétorien ne l'eût tiré d'un coin obscur du palais pour en faire le maître du monde.

Nous l'avons dit ; pour se consoler de ses disgrâces domestiques, le jeune Claudius eut recours à l'étude. Là, du moins, on ne peut guère taxer son esprit d'imbécillité : Suétone, dans la biographie qu'il nous en a donnée,Tacite et Dion, dans les discours qu'ils lui prêtent, les Tables de Lyon enfin nous montrent, sinon un orateur, certainement un érudit, un lettré de mérite. « Que je meure, ma chère Livie, écrivait Auguste à sa femme, si je ne suis pas étonné' que ton petit-fils Tibérius puisse me plaire quand il déclame ! Je ne vois pas comment celui qui parle, loqvatur, si peu distinctement, sait dire, dicere, si clairement ce qu'il doit dire ^. » Auguste fait ici allusion à un bégayement de naissance, que Sénôque n'a pas laissé passer inaperçu, mais que l'étude modifia plus tard, puisque Claude prit souvent la parole en public, au sénat comme au barreau ; un pareil jugement dans la bouche d'Auguste prouve de reste des éludes oratoires assez avancées. Dans le chapitre précédeht, Suétone avait dit déjà que, dès l'enfance, Claude s'était adonné avec grand soin à l'étude des arts libéraux, et que même il écrivit dans tous les genres qu'il étudia. C'est ainsi que, sur les conseils de Tite-Live, qu'il semble avoir pris pour l'un de ses maîtres, il publia quarante-trois livres sur l'histoire romaine. Qu'Auguste ait chargé Tite-

1 V, 149. — « Suet , Claude^ 4.

Live de diriger réducation du petit-ûls de Livie, ce que l'on admet assez généralement, ou que l'illustre historien n'ait été que son ami ; toujpurs est-il que Tite^Live fit de Claude un homme instruit et lui donna le goût des lettres. Se promenant, un jour, dans son palais, le prince entend des cris, en demande la cause ; c'était une lecture que faisait Nonianus ; il s'y rendit aussitôt. La littérature grecque lui était aussi familière que la Uttérature latine. « Plus d'une fois, au sénat, il répondit en grec aux ambassadeurs étrangers. Souvent môme, au tribunal, il cita des vers d'Homère *..» Les tribunaux étaient, du reste, l'objet de ses faveurs ; à l'exemple d'Auguste et de Tibère, il aimait à y passer de longues heures comme témoin, plus souvent comme juge; mais Une sut pas, comme eux, y faire respecter sa dignité. Le grand malheur de Claude est d'ôtre ridicule : il est long, se tient mal ; sa figure, affadie par les excès 'de la table ou de l'ivresse, est toujours somnolente ; sa lèvre inférieure est pendante et distille une salive perpétuelle', et ses yeux sont éteints. De plus il est débonnaire, bon enfant, si je puis ainsi dire, et les avocats en abusent, a Quelquefois il s'endort sur son siège de juge, et c'est à peine si les cris prémédités des orateurs parviennent à le réveiller ». » Suétone nous a transmis un détail plus caractéristique encore. « J'ai appris de nos anciens, dit-il, que les avocats abusaient de la patience du prince, au point de le rappeler quand il descendait du tribunal, et de le retenir par le pan de sa toge, voire môme quelquefois de le prendre par le pied *. » Bien que le fait ne soit pas donné comme authentique et qu'il puisse être exagéré, il n'en est pas moins une preuve de plus de ce manque de dignité, de cette faiblesse coupable que nous avons déplorée plus haut. Mais celte

1 Suet., Claude, 4?. — « Juv., Sat., vi, C23. — » Suet., Claude, 23.

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