‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 16 sur 106 · VU NÉRON · texte numérisé non relu

VU NÉRON

Néron, fils de Domitius (Enobarbus, premier mari d'Agrippine, implanté par la ruse et le crime dans la maison

(les César, va-t-il montrer plus de bon sens ou plus d'énergie que Claude, arrêter la décadence et donner à la parole plus de liberté? Qu'on en jujçe. Comme Caius, le nouveau prince, à peine adolescent, s'annonce sous d'heureux auspices. Appuyé sur la vertu de Burrhus et sur l'éloquence de Sénèque, il déclare au sénat « qu'il ne veut pas se faire l'arbitre de toutes les affaires, pour que quelques personnages puissants décident seuls, dans une maison particulière, du sort des accusés et des accusateurs *. » La conduite des empereurs précédents, du dernier surtout, est ainsi répudiée. En outre, le sénat rentrera dans ses premières attributions, et de fait nombre d'affaires furent soumises à l'arbitrage de l'auguste assemblée ; la loi Cincia, qui venait de faire tant de bruit sous Claude, est remise en vigueur, et le vieil esprit romain est satisfait 2. Il faut bien se faire pai'donner les forfaits d'Agj'ippine et sacrifier quelque chose à l'opinion. Mais, (juand le trône aura une base solide dans l'amour de la multitude et dans l'intérêt des affjanchis de jour en jour plus influents, on jettera le masque. La loi de majesté, dont Claude n'avait pas voulu faire usage, reprendra son cours, et les délateurs auront plus beau jeu que jamais. Le prince, que les médailles nous représentent avec tous les signes des basses passions, avec un cou gros, un front déprimé, un œil injecté de sang et une face rubiconde, voudra régner sans contrôle et satisfaire ses penchants. Le crime et la débauche, une avidité sans bornes, le porteront à tout oser. Le fer, le poison et le feu mèneront le gouvernail de l'État, et Locuste se fera le ministre de la toute-puissance en délire. Qu'estil besoin de détailler ce règne de boue et de sang? La mort de Britannicus empoisonné dans une orgie, le meurtre d'Agrippine ayec les détails qui se lisent dans Tacite, en

Ann.y XIII, 4. — * Jbid,, 5.

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