GALBA, OTHON, VITELLIUS
Néron, haï des grands et méprisé des armées, avait amené la révolte de Vindex et de Galba. Rome alors devient le jouet de toutes les ambitions et d'une soldatesque indisciplinée, chez laquelle les gratifications de Claude et les prodigalités de son successeur avaient éteint le sentiment du devoir et de l'obéissance. Nous passerions volontiers sur une pareille époque, où l'éloquence n'a rien à voir, si ce n'était Galba, dont le nom, tout au moins, mérite une mention spéciale. C'est celui d'une famille d'orateurs qui remonte aux beaux jours de la république.
Le premier et le plus fameux de ces orateurs, Servius ou Sergius Galba, vécut à l'époque des Scipion, dans le courant du second siècle avant Jésus-Christ. L'éclat de son nom ou plutôt de son éloquence lui valut la préture de la Lusitanic, vers l'an 161 et le consulat vers l'an 144. Vaincu dans un grand combat par les Lusitaniens révoltés, il perdit, d'après Paul Orose *, tout son corps d'armée, et s'échappa de ce désastre presque seul. A quelque temps de là, les vainqueurs, d'eux-mêmes ou grâce aux menées de Galba, offrirent de se soumettre, au nombre de 30,000, s'il faut en croire l'estimation sans doute exagérée de l'histoire. Galba feignit d'accueillir leurs offres, et, sous prétexte de traiter avec eux, les fit tous cerner et massacrer par ses soldats. Ce massacre fit naturellement grand bruit à Rome : le sénat s'en émut, et Caton, le représentant rigide mais honnête du vieil esprit romain, parla contre l'assassin avec sa vigueur accoutumée. L'affaire fut portée devant le peuple
irrité. Galba, pour se défendre, eut recours à ses armes ordinaires, l'émotion et le pathétique. Nous ne savons pas s'il parvint à se laver de son crime, et nous aurions peine à le croire, malgré M dureté iiatîve de ce tribunal de conquérants. Ce que nous savons par le Brutus de Cicéron, c'est qu'il se mit à fondre en larmes et que, pour mieux attendrir ses juges, il prit entre ses bras ses enfants en bas âge, et le fils orphelin de son parent C. Sulpicius Gallus, dont le souvenir glorieux fit impression sur l'assistance. Il se plaça lui et ses fils sous la protection du peuple qu'il institua sur-le-champ le tuteur de ses enfants, comme si la sentence eût étédéjà rendue contre lui, « Voilà, dit ailleurs Cicéron* par quels mouvements sublimeà, tragœdtiSjGdlha échappa au ressentiment et à la haine du peuple. » Cicéron, qui nous donne les détails de ce procès, les avait lus dans une œuvre aujourd'hui perdue de Faccusateur lui-môme, de Caton, scriptum reliquit Cato ^, Le fait n'admet donc pas le moindre doute. Ce n'est d'ailleurs pas le seul qui témoigne chez Servius Galba d'une éloquence irrésistible. Laissons, à ce propos, la parole à Scévola ou plutôt à Cicéron au même endroit : c Je me souviens d'avoir, à Smyme, entendu raconter à P. Rutilius Rufus que, dans sa jeunesse, un décret du sénat avait attiré l'attention des consuls sur un crime abominable. Dans un de ses bois il s'était commis un meurtre, où des personnes de distinction avaient été tuées ; les esclaves de ces personnes, voire môme quelques-uns de leurs enfants en étaient soupçonnés. Le sénat chargea les consuls de Taffaire. Lélius plaida pour les accusés devant les chevaliers avec son soin et son élégance habituels. Les consuls renvoyèrent le jugement à un autre jour. La seconde fois Léliuis mit encore plus de soin et d'éloquence dans sa plaidoierie; mais les consuls renvoyèrent la sen-
* De Orat.^ 1 . — « Bruius.